BONNES PENSÉES
Les bonnes pensées produisent dans l’âme la plus grossière, lors même quelles n’y pénètrent qu’un instant, l’effet d’un pur soleil dans l’obscure demeure du pauvre. Elles l’assainissent, elles la parent, elles la remplissent de grandes et sereines clartés, dont la trace reste à jamais ineffaçable. Gréard.
LES YEUX
Fin. — Voy. p. 14-, 135.
Ce qui frappe d’abord dans les yeux des reptiles , c’est leur fixité. Les muscles qui chez nous dirigent le glohe de l’œil et lui donnent sa prodigieuse mobilité, sont peu développés chez la plupart des reptiles.
En outre, leurs paupières sont lentes à se mouvoir. Los crocodiles et les tortues en possèdent trois comme les oiseaux. Chez les grenouilles et les crapauds, les deux premières paupières sont peu développées, c’est la troisième, celle que nous avons appelée membrane clignotante chez les oiseaux, qui sert presque seule à l’animal.
Les lézards n’ont, pour ainsi dire, qu’une paupière percée en son milieu d’une fente que l’animal peut élargir à
sa fantaisie. Cette fente est tellement petite chez le caméléon, qu’on ne lui voit que la prunelle.
Les serpents n’ont pas de paupière du tout; chez eux, l’œil est simplement recouvert d’une peau transparente et sèche. Il en résulte, dans le regard, une impassibilité qui fut peut-être la cause de leur réputation de sagesse. Ce regard n’estpourtant pas dépourvu d’expression. Ceux qui ont tenu dans leurs mains des vipères vivantes savent quels sentiments bas et haineux leurs yeux semblent indiquer, et combien est justifiée la locution regard de vipère.
L’iris des reptiles est le plus souvent d’un beau jaune d’or. La pupille est linéaire, comme celle du chat, chez le crocodile, etlosangique chez les grenouilles. Elle est ronde chez la tortue, chez les lézards ordinaires et diez le caméléon.
Les yeux de ce dernier animal méritent de nous arrêter un instant. Ce sont de gros globes saillants sous la peau qui les recouvre entièrement, excepté au niveau de la pupille. Les caméléons jouissent de la propriété singulière de diriger leurs yeux dans des directions différentes, l’un regardant en haut, par exemple, tandis que l’autre regarde en bas.
Fig. 5. — (Eil du caméléon.
On sait que les caméléons changent de couleur pour adopter le plus souvent celle des objets sur lesquels ils sont placés. Cette propriété extraordinaire, que quelques autres reptiles et quelques poissons possèdent aussi, mais à un moindre degré, était déjà connue du temps d’Aristote. Les philosophes et les rhéteurs, qui comparaient au caméléon certains hommes doués d’un caractère trop facile, furent amenés à exagérer le pouvoir singulier de ce reptile bizarre.
Une expérience récente de M. Georges Pouchet montre que les yeux sont les premiers promoteurs de ces variations de couleur. Cet expérimentateur ayant arraché les yeux à des caméléons et à différents poissons qui parlagent"avec eux la propriété de changer de teinte, ces animaux devinrent tout noirs, et ne quittèrent plus ce funèbre costume. Disons en passant qu’une expérience plus récente encore, présentée à l’Institut , au mois de janvier 1875, par un de nos jeunes savants les plus éminents, M. Paul Bert, est venue compléter celle de M. Pouchet, en prouvant que si les yeux sont les premiers incitateurs du changement de couleur, le système nerveux est aussi un agent essentiel de ce phénomène. 1^. Bert ayant coupé sur des caméléons le nerf qui animait des membres , cette partie de l’animal devint et resta noire.
Dans l’œil des poissons, comme dans celui des serpents, les paupières sont remplacées par une peau transparente, qui descend au-devant de la cornée en y adhérant. Cette absence de paupières n’est pourtant pas générale à tous les poissons, car le requin a une paupière, et la raie présente un rudiment de membrane clignotante.
La pupille des poissons est à peu prés contractile. Leur cristallin est sphérique ; nous savons que cette forme est
nécessaire pour permettre la vue dans l’eau. La boule transparente qui constitue le cristallin s’applique exactement contre l’iris en avant, et n’est séparée que par un trèspetit intervalle de la rétine. Il en résulte que l’œil des poissons, au lieu de former un globe comme chez les mammifères , a une forme très-aplatie. Il est souvent maintenu dans cette forme par un cercle, soit cartilagineux, soit osseux, contenu dans la sclérotique, et assez semblable à celui que nous avons vu chez les oiseaux. Il y a même plusieurs poissons dont l’œil est enchâssé sur un pédicule osseux ; ce qui donne à ces yeux une grande force de résistance contre
aa. Sclérotique. — Ih. Choroïde. — cc. Rétine. — d. Nerf optique. — f. Cristallin. — rj.- Chambre antérieure. — h. Cornée. — i. Peau amincie. — kk. Pédicule osseux.
les violences extérieures et en même temps une trèsgrande mobilité.
Il est un poisson qui semble au premier abord doué de quatre yeux. On l’appelle anableps; on le rencontre dans la rivière de Surinam (Guyane anglaise). Si ces quatre yeux étaient réellement distincts, une pareille anomalie renverserait une des lois les plus constantes de la zoologie. Mais une analyse plus attentive montre que les deux yeux
Fig. 1. — Œil de l’anableps.
qui sont à chaque côté de la tête, quoique présentant chacun une cornée et une pupille distinctes, n’ont à eux deux qu’un cristallin et qu’une rétine , et sont constitués en somme par un seul œil dont la pupille et la cornée se sont dédoublées.
On a remarqué que les poissons voyageurs ont l’œil plus lin que ceux qui ne quittent point le rivage où ils sont nés ; qu’au contraire, les poissons qui vivent dans la bourbe ont un œil très-imparfait et quelquefois même absent. Telles sont la myxine et Vaptérichte décrites par M. Duméril. Ces poissons sont absolument aveugles, et pourtant ils ont conservé des rudiments d’yeux ; ce sont deu^ points noirs cachés sous la peau comme pour indiquer simplement la pince des yeux.