ORIGINE DES MANUSCRITS ARABES DE LA BIBLIOTHÉÜUE DE L’ESCURIAL
La longue occupation de l’Espagne par les Arabes doit faire naturellement supposer qù un grand nombre de volumes orientaux ont pu rester dans les anciens dépôts de la Péninsule. Les beaux manuscrits de la Bibliothèque de l’Escurial semblent avoir une autre origine, et leur entrée dansle vaste palais édifié par les ordres de Philippe II date d’une époque beaucoup plus récente.
En l’année 1623, un roi du Maroc, connu sous le nom de Mouley Zidant, avait rassemblé une riche bibliothèque, et, par suite des troubles survenus dans ses Etats, 1 avait fait transporter avec des meubles précieux dans le petit port de Safi. Mouley Zidant était un véritable bibliophile.
Contraint de quitter Safi pour se transporter dans une autre portion du Maroc, il confia sa riche collection de manuscrits à un patron marseillais, avec injonction de la transporter au port d’Agader, plus connu sous le nom de Santa- Gruz. Notre Provençal, chargé des nombreux volumes rassemblés par le sultan, pensa, sans aucun doute, qu il pouvait manquer à la parole donnée à un souverain mécréant, et que ce serait œuvre pie que de dérober ces livres. Au. lieu de se diriger sur Agader, il mit le cap sur Marseille ou sur Toulon ; malheureusement, il fut rencontré en mer par D. Juan Fajardo, qui croisait alors le long des côtes de la Barbarie. Les beaux livres de Mouley Zidant devinrent la proie de l’Espagnol, qui les envoya cà Madrid. De là, on les dirigea sur l’Escurial, où tant de richesses du même genre se trouvaient déjà accumulées. Les années s’écoulèrent et notre bibliophile couronné ne pouvait se consoler de la perte de ses livres ; c est ce qu apprit à ses dépens un capitaine français , le chevalier de Razilly , qui vint débarquer imprudemment dans le lieu de sa résidence, s’y croyant autorisé par des lettres écrites en arabe qu’il n’avait pas comprises.
Le brave mais imprudent Razilly, accompagné de trois capucins de la rue Saint-Honoré, fut retenu dans Safi, et il ne recouvra sa liberté, sous caution de marchands fi ançais , qu’en promettant au souverain arabe 1 intervention directe du roi de France auprès dû roi d Espagne poui qu’on lui rendît ses précieux manuscrits. Le chevaliei de Razilly avait promis plus qu’il ne pouvait tenir. Mouley Zidant vécut jusqu’en l’année 1630, mais il ne revit aucun de ses précieux volumes.