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LE FORGERON DU VILLAGE

A l’ombre du grand marronnier travaille .le forgeron du village. C’est un maître homme que notre forgeron , avec ses mains puissantes et nerveuses ; les muscles de ses bras noircis sont forts comme des barres de fer.

Ses longs cheveux noirs sont crépus, sa figure est couleur de tan ; sur son front perle l’honorable sueur du travail. Il gagne ce qu’il peut ; mais il a le droit de regarder Tome XLIV. — Juin 1876.

en face le monde tout entier, car il ne doit rien à personne.

De semaine en semaine, du matin jusqu’au soir, on entend le ronflement de son soufflet , les coups lents et cadencés de son lourd marteau qui retombe sur l’enclume: on dirait le tintement de la cloche du village, à l’heure où le soleil descend sur l’horizon.

Les enfants qui reviennent de l’école s’arrêtent à la porte pour regarder dans la forge. C’est si amusant de voir lefeudelafournaise, d’entendre le ronflement du soufflet, d’attraper au vol les étincelles brûlantes qui jaillissent sous le marteau , comme les brins de paille sous le fléau des batteurs de blé !

Le dimanche, il s’en va à l’église. Assis entre ses garçons, il écoute le sermon du pasteur ; il écoute aussi la voix de sa fille, qui chante avec les autres jeunes filles du village, et son cœur se réjouit.

Mais , pour lui , entendre la voix de cette enfant, c’est comme s’il entendait la voix de la mère, qui chante en paradis ! Alors , sans qu’il le veuille , sa pensée se reporte vers celle qui est couchée dans son tombeau. Du revers de sa rude main calleuse il essuie une larme au bord de ses yeux.

Voilà comme, à travers les labeurs, les joies, les chagrins, le forgeron s’en va cheminant sur la route de la vie. Chaque matin voit commencer une nouvelle tâche que le soir voit terminée. Avoir entrepris et achevé , c’est avoir bien gagné le repos de la nuit.

Merci, mon brave ami, merci de la leçon que tu m’as donnée. Oui, ta forge est l’image de la vie ; c’est à la fournaise de la vie que nous travaillons notre destinée ; c’est sur l’enclume retentissante de la vie que nous donnons la dernière forme à chacune de nos pensées, à chacune de nos actions, après qu’elles ont passé par le feu ! (*)

LE SIGNE DE CAÏN

NOUVELLE

Suite. — Voy. p. 119, 186.

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