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LES FAÏENCES DE ROUEN

Fin.

La décoration à style rayonnant et à lambrequins subsista longtemps à Rouen; mais, vers le milieu du dix-

huitième siècle, les fabriques se multiplièrent, et la nécessité de produire vite et à bon marché fit bientôt adopter un nouveau mode de décor qui demandait une moins grande pureté de dessin, et permettait l’emploi de motifs reproduits au moyen de poncifs et empruntés de nouveau aux porcelaines orientales ; mais là encore l’originalité se fait sentir, et ces motifs sont plutôt interprétés que copiés servilement.

La fabrique de Guitlebeaux ou Guillihaud notamment se distingue par la variété de ses sujets : des Chinois, des pagodes, des paysages fleuris, occupent le fond des plats et des assiettes, dont la bordure, à dessins quadrillés verts et rouges , accompagnés de fleurs détachées ou en bouquets, est du plus gracieux effet.

Mais le goût purement français reprend bientôt le dessus, et les artistes rouennais s’inspirent pour décorer leurs œuvres du genre rocaille , si fort à la mode dans la dernière moitié du règne de Louis XV. L’application de ce décor dans la céramique de cette époque consiste dans une ornementation à bordure irrégulière et dans l’emploi, comme ornementation intérieure, de carquois et de torches enflammées , de trophées d’armes ou d’instruments de musique, d’arcs, de flèches, etc. Le décor dit au carquois est surtout celui qui doit être considéré comme le type d» ce genre.de fabrication.

L’ornementation subit bientôt une nouvelle et dernière transformation, et l’on voit apparaître le décor à la corne, qui, d’après la quantité de pièces conservées dans les musées et les collections. particulières, dut jouir d’une grande |

vogue. Ce décor est formé par une sorte de corne cl’ abondance d’où s’échappent des tiges de fleurs accompagnées d’insectes et de papillons peints généralement en couleurs vives et crues, où le jaune et le rouge dominent. Les peintres rouennais l’ont varié à l’infini, et la corne ellemême subit de nombreuses transformations jusqu’au jour où la fabrication de la faïence fut abandonnée définitivement, c’est-à-dire jusqu’à l’époque où l’emploi de la porcelaine dure commença à se généraliser, et où le traité de commerce conclu en 1794%vec l’Angleterre permit l’introduction en France de la vaisselle en demi-faïence ou te7're de pipe.

Quelques fabricants, voulant lutter contre le goût nouveau, tentèrent sur faïence l’imitation des peintures sur porcelaine; mais ils reconnurent bientôt l’infructuosité de leurs efforts, et à Rouen comme à Nevers les manufactures de faïences cessèrent complètement d’exister au commencement de notre siècle.

Dans ce rapide exposé de la fabrication à l’un des centres les plus^ importants de la production céramique en France, nous n’avons pu qu’esquisser les principaux caractères de l’ornementation à différentes époques. Rouen a fait cependant quelques autres tentatives, parmi lesquelles nous mentionnerons surtout les belles et rares pièces décorées d’arabesques se détachant sur fond jaune ocré, et les plats à fond bleu-lapis rehaussés de décors blancs et jaunes, qui avaient acquis une si grande célébrité aux fabriques de Nevers. Mais ce qui est surtout remarquable, c’est la grande variété d’objets que les ma-

nufactures de Rouen ont produite. 11 semble que la matière docile se soit prêtée à toutes les combinaisons, et la faïende a été employée pour tous les objets d’usage domestique ou de décoration : bustes , gaines , consoles , chambranles de cheminée, lampes d’église, petites commodes, encriers, râpes à tabac, globes terrestres et célestes, crucifix, brocs à cidre, etc., Rouen a tout fabriqué, et ses décorateurs savaient orner ses différents produits

Faïence de Uùuen. — Sucrier; décor a fuud jaune ocié. Dessin d’Édouard Garnier.

d’une façon toujours appropriée à leurs formes, avec une fécondité d’invention qui n a jamais été surpassée . aussi plusieurs fabriques cherchèrent-elles à attirer les artistes roiiennais et à imiter un genre de décoration qui jouissait d’une si grande vogue. Sinceny et Quimper surtout curent des manufactures qui rivalisèrent avec Rouen sans pouvoir l’égaler. La Hollande elle-même, qui avait fourni à l’industrie normande ses premiers modèles, fut forcée de

Faïence de Rouen. — Fontaine applique; décor polychrome. De.sain d’Édouard Garnier.

lui emprunter ses beaux décors à lainhref^uius , auxquels elle ne sut cependant pas conserver leur caractère, ni surtout la vigueur d’exécution qui les distingue.

NOUVEI.LE.

Suite. — Voy. p. 50.

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