‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 569 sur 712 · TREIZIÈME, QUATORZIÈME ET QUINZIÈME SIÈCLES · texte numérisé non relu

TREIZIÈME, QUATORZIÈME ET QUINZIÈME SIÈCLES

Les pèlerinages à Jérusalem, nombreux dès le septième siècle , les croisades , depuis la fin du onzième siècle jusqu’au milieu du treizième, ne furent pas sans influence sur l’e.xtension des connaissances géographiques. Le contact des chrétiens, pendant cent cinquante ans, avec les Arabes de Syrie et d’Egypte, alors plus civilisés à beaucoup d’égards que les Français, les Anglais, les Allemands, etc., concourut surtout à ouvrir les esprits au goût de l’étude. On fit, par exemple, des versions latines des traductions arabes des auteurs grecs, et il s’ensuivit des progrès dans la géographie comme dans les autres sciences.

Une autre voie de voyages s’ouvrit avec la nécessité d’établir des rapports pacifiques avec les Mongols, qui, à partir de 1206, commandés par Tchinghiz-Khâkhan, ou Grand khan des khans, envahirent une grande partie de l’Asie et du nord de l’Europe. Deux ambassades envoyées par le pape Innocent IV à Ogodaï, successeur de ce terrible conquérant, ou plutôt à ses lieutenants, Batou, campé sur les bords du Volga, et Batchou, établi en Perse et en Arménie, eurent pour résultat deux relations (*), celles des religieux franciscains Ruysbroek (Rubruquis), et Jean Plan- Carpin.

Mais le plus grand voyageur du treizième siècle est le Vénitien Marco Polo, qui partit, en 1271, avec son père et son oncle, explora l’Asie occidentale, la Tartarie et la Chine, où il administra, comme gouverneur, l’une des neuf provinces de la partie méridionale de ce vaste pays qu’on appelait le Manghi. Il revint à Venise, en 1295, par la Perse, l’Arménie et Constantinople.

La relation de Marco Polo, d’abord accueillie avec méfiance, n’a fait que gagner en crédit avec les siècles. Le nom de cet homme supérieur peut être placé à côté de celui de Christophe Colomb. Ses descriptions formèrent longtemps en Europe, dit M. Vivien de Saint-Martin, le fonds de la géographie et de la cartographie de l’extrême Orient (.*).

Il faut mentionner, à la suite de Marco Polo, les voyages

{') Voy. notre tome II , et les tomes XXIIl , XXIV, XXVII , XXVIII { avec miniatures du Livre des merveilles ) , ainsi que notre tome II des Voyageurs anciens et modernes.

P) Une grande partie du deuxième volume des Voyageurs anciens et modernes est consacrée à ce voyage.

de l’Arménien Haïtoun (1254), de Ricold de Monte-Croce, de Juan de Monte-Corvino (1289-1306), et, au quatorzième siècle, ceux d’Oderi'c de Frioul (1317), Jean de Cor, archevêque de Sollthànieh, Jourdain Catalan de Séverac, Pascal de Victoria, Jean de Marignola, Pegoletti (*), et Jean de Mandeville, qui ne mérite créance que pour une partie de sa relation.

En 1403, Henri III de Castille envoya comme ambassadeur à Timour (Tamerlan), résidant à Samarkand, Ruy Gonzalez de Glavijo, qui, en 1406,^ écrivit une relation intéressante de son voyage.

Un Vénitien, Nicolao Conti, vingt ans après, parcourut la Syrie, le désert qui borde au sud le cours dePÉiiphrate, le fleuve jusqü’à son embouchure, le golfe Persique, la côte occidentale de l’Inde, encore inexplorée dans ses détails, plusieurs îles du grand archipel, et quelques parties du Manghi (Chine).

Vers le même temps, un pèlerin français, gentilhomme bourguignon, Bertrandon de la Brocquière, traversa obliquement l’Asie Mineure, et. écrivit son itinéraire qui mérite d’être lu.

Un Flamand , Guillebert de Lannoy, voyagea pendant plus de cinquante ans, en Europe, en Asie. Sa vie a l’intérêt d’un roman (^).

Dans la dernière moitié du quinzième siècle, on n’a guère à signaler que les voyages de trois Vénitiens : Caterino Zeno, Josapha Barbare et Ambrogio Contarini (1471 à 1474), envoyés par le sénat de Venise vers le souveraiin de la Perse, Ousoun-Hassan.

Pendant cette période du treizième au quinzième siècle, les cartes géographiques ou les éléments de cartographie, qui avaient commencé à se succéder assez lentement depuis le dixième siècle, deviennent moins rares et déplus d’importance ; bornons-nous à en citer les principales : ■ — la Mappemonde anglo-saxonne de Richard de Haldingham (première moitié du treiziéme siècle) ; — ^ le Liher de regionibus mundi de Roger Bacon (seconde moitié du treiziéme siècle) ; le Liber cosmographicus d’Albert le Grand (même époque); l’œuvre encyclopédique de Vincent de Beauvais (1250) ; V Imago mundi du cardinal d’Ailly (1410); la Margarita philosophica de Reisch (fin du quinzième siècle) ; la Carte de Marine Sanudo (1321) ; la Mappemonde catalane (1375); la Mappemonde du Musée Borgia (première moitié du quinzième siècle) ; la Carte de fra Mduro (1458-1470); les Portulans (^) vénitiens, génois, etc.; les ouvrages géographiques d’Æneas Silvius (le pape Pie II, milieu du quinzième siècle) ; le poème géographique de Berlinghieri (1480).

Un immense mouvement intellectuel s’était manifesté au milieu du quinzième siècle : deux grands événements surviennent et sont comme deux portes qui s’ouvrent pour donner issue à l’activité des esprits ; ce sont : l’imprimerie, découverte vers 1440, et l’émigration grecque, qui suit la prise de Constantinople par les Turcs, en 1453. On vit paraître, eh 1468, Pline ; en 1469, Strabon ; en 1471 , Mêla ; en 1473, Solin ; en 1475 et en 1478, des traductions de Ptolémée (cette dernière édition avec cartes d’après les manuscrits); en 1477, Denis le Périégète.

Mais cette esquisse de l’histoire de la géographie au quinziéme siècle serait singulièrement incomplète si l’on ne se remettait en mémoire les grandes explorations portugaises sur la côte occidentale d’Afrique, et si l’on ne ren-

(*) Voy., .sur ces voyageurs, les Mémoires de la Société de géographie de Paris, t. IV, 1839.

P) Les Voyageurs belges du treiziéme au seizième siècle, par Jules de Saint-Génois. \

P) Portulan, description des ports de mer, etc. — Piur les cartes anciennes reproduites dans notre recueil, voy. la Table de quarante années.

dait hommage au prince Henri le Navigateur, dont l’impulsion éclairée fait non-seulement renouveler les expéditions des frères Vivaldi (fin du treizième siècle), celles des marins-de Dieppe au quatorzième, mais poursuivre 1 etude patiente, courageuse, qui conduit du cap Bojador (1433), du rio do Ouro, du cap Blanc doublé en 1443, de l’embouchure du Sénégal et du cap Vert doublé en 1446, du cap Mesurado en 1462, à l’Ogovaï (1471), au Zaïre (1484-85), et enfin au cap des Tempêtes ou de l’Espérance, découvert par Bartolomeo Diaz (1486).

G est à la suite de ces mémorables travaux que res-

plendit Ij plus grande et la plus merveilleuse des découvertes géographiques : celle de l’Amérique.

La suite à une autre livraison.

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