‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 572 sur 712 · LA ROUE DES CARRIÈRES · texte numérisé non relu

LA ROUE DES CARRIÈRES

Qui n’a remarqué dans la campagne ces roues gigantesques dressées verticalement à l’orifice des carrières et qu’un ouvrier fait mouvoir en grimpant de bâton en bâton, toujours s’élevant et toujours retombant?

On dirait qu’ elles offrent une image de la vie. A peine l’ouvrier a-t-il gravi quelques échelons, qu’il se sent redescendre. « L’homme est à peine né, qu’il est déjà passé », dit le poète. Un autre le remplace et, en apparence, sans mieux réussir. Vous ôtes tenté de le prendre en pitié, presque en dérision. Attendez! l’ouvrier ne monte pas, il est vrai, mais en bas, dans la nuit, son œuvre monte, elle monte lentement, et à une heure donnée, qui n’est peut-être pas loin, elle sortira des entrailles de la terre. Cette roue qui grince, qui a l’air de se dérober sous l’homme haletant et qui ressemble de loin à un instrument de torture, c’est la roue même de la civilisation, à laquelle les générations sont cramponnées tour à tour. Le grand architecte sait bien à quel monument est destinée chaque pierre qu’elle élève. Travailleurs obscurs, ne désespérez pas.

H. Boucher.

Page 1