‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 579 sur 712 · I. — INTÉRIEUR DE l’ ACROPOLE d’aMASSERAH · texte numérisé non relu

I. — INTÉRIEUR DE l’ ACROPOLE d’aMASSERAH

La petite ville d’Aniasserah est située sur les côtes méridionales de la mer Noire, dans le pachalik d’Anatolie, entre l’embouchure du Bosphore et Sinope. Elle s’étage

sur deux presqu’îles, et sa physionomie d’ancienne cité de colonie grecque est des plus caractérisées et des plus pittoresques.

De beaux noyers, des vignes,' des mûriers, toute une végétation luxuriante et livrée à elle -même depuis des siècles, escalade les rochers de ses caps et enguirlande ses grandes ruines gréco-romaines, byzantines, génoises, et ses petites habitations modernes, sortes de chalets à tuiles peintes de diverses couleurs. Ge, paysage se reflète, tour à tour limpide et joyeux ou assiégé d’écume, dans les flots qui baignent un véritable labyrinthe d’anses, de criques, de chenaux, où bondissent et s’abritent la tartane.

Amasserai). — Porte antique dans l’acropole. — Dessin de Jules Laurens.

la bartjue de cabotage et le, caïque aux ornements dorés. Les grands navires de commerce, la navigation à vapeur, n’ont là ni port suffisant, ni échelle d’itinéraire.

Devant ce riche et-attrayant aspect nous n’aurons garde de repéter ces formules banales, que « l’intérieur répond peu à 1 extérieur » , que « c’est un amas de vieilles masures», etc. Est-ce donc une désillusion que de passer une Journée dans des rues, des carrefours, des cours de monuments abandonnés, mais envahis par les frondaisons de lauriers, de figuiers, de mille plantes parasites, et égayés par les vives couleurs des costumes ou haillons modernes?

Les divers groupes de maisons qui s’élèvent au sommet de la première presqu’île sont couronnées par un amas de constructions fort ruinées, débris de l’acropole antique et du château du moyen âge qui lui a succédé.

C) Ticknor.

Chaque période de civilisation , chaque race de nouveaux occupants y a utilisé sur place , amalgamé à son oeuvre nouvelle les matériaux simplement transportés ou intervertis de l’œuvre précédente. Ainsi, une porte monumentale du Bas-Empire, celle même que reproduit notre dessin, avec corbeaux et imposte sur pieds-droits, est construite à l’aide des pierres de quelque propylée grec ; une porte génoise , au gothique fronton blasonné, emprunte pour linteau une frise à acanthes romaines.

Les habitants actuels d’Amasserah, au nombre de trois mille à peine, éloignés de tout grand centre et bien rarement fréquentés par quelque visiteur, sont très-doux de" tempérament, mais de mœurs assez farouches et même fanatiques vis-à-vis de l’étranger frenghi (ne serait-on pas de même au fond de notre Bretagne et de notre Auvergne?). Ils se livrent avec une certaine activité à la fabrication de meubles et d’usten*siles en bois, généralement

taillés dans le beau buis qui abonde dans les environs. Le goût de ces ouvrages, destinés à des usages très-différents des nôtres et tout coloriés de vives arabesques, se conserve encore dans toute son originalité locale.

Malheur au touriste fourvoyé qui, même involontairement, au détour d’une rue déserte , surprend une femme

musulmane le visage découvert. Il est salué d’une bordée d’injures, et si un ameutement en est la suite, il peut avoir à redouter les plus graves dangers.

On compte dans la population quelques Grecs et Arméniens; mais les Turcs sont là plus particulièrement entre eux et chez eux !

Amasserah. — Monument taillé dans le roc. — Dessin de J. Lauren?,

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