‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 599 sur 712 · LE GABON · texte numérisé non relu

LE GABON

(COLONIE française).

Un village au Gabon. — Dessin de A. de Bar, d’après une photographie communiquée par M. Villette,

Le Gabon, estuaire important de la côte occidentale d’Afrique, a appartenu à la France dès 1785. Quelques établissements qui avaient essayé de s’y fonder eurent peu de succès; on les abandonna. Mais, vers 1838, le gouvernement français reprit le projet de faire de la baie du Gabon un centre commercial, et, après les études nécessaires, on y installa, en 1842, un comptoir.

Quelques édifices vastes et bien aérés : l’hôpital, l’hôtel du gouverneur, une caserne, le logement des officiers, la chapelle des sœurs de l’immaculée Conception, une place plantée, le Plaleau, forment le centre d’une ville naissante.

Ces édifices massifs sont de forme quadrangulaire. Leurs toits plats, tranchant par leur blancheur avec la verdure qui les entoure, les font apercevoir de loin aux navires qui entrent dans la baie.

Le village qui entoure ces constructions a reçu le nom de Libreville. De pauvres esclaves enlevés à un négrier en ont été les premiers habitants.

En 185(1 la jeune colonie se composait de cinquantetrois indivicfus; elle possédait trente cases avec des jardins.

Des boulevards plantés de cocotiers, de manguiers, de tamarins, d’arbres à pain, entourent aujourd’hui Libreville.

La mission catholique occupe la vallée de Loué, où l’on avait primitivement élevé un blockhaus; elle y donne une éducation professionnelle aux jeunes enfants qui lui sont confiés par leurs familles ou par l’administration. Les sœurs deFImmaculée Conception de Castres, établies au Plateau, élèvent une quarantaine déjeunes filles.

Les terrains qui séparent la mission du Plateau voient tous les jo’urs augmenter le nombre des cases et des jardins; les nouveaux occupants reçoivent des titres personnels de propriété.

La pofiulation du Gabon, proprement dite, se compose Tome XLIV. — Septemrme 1876.

de Pongwês, des Oroghons du cap Lopez et du bas Ogowé, qui parlent la même langue, et sont tous venus de l’intérieur cà une époque peu éloignée.

Les maisons des naturels sont vastes et bien construites ; elles sont généralement faites en bambous ou en branches de palmier. Les villages sont bâtis sur un plan uniforme; quand le terrain a été choisi, une rangée de maisons s’élève de chaque côté ; les façades donnent sur la rue, tandis qu’il y a en arriére quelques jardins où l’on cultive des fruits.

Les Américains ont fondé une mission dans un village appelé du nom de son chef, Glap, et situé à deux kilomètres là peine du Plateau; il sert de centre au commerce anglais et allemand.

Les affluents principaux du Gabon sont le Como, qui sort des montagnes nommées Anengoupala, la Carafe d'eau, et le Temboë, nom générique qui signifie rivière. Chacune de ces rivières reçoit quelques affluents ; elles ont servi toutes deux de voie aux peuples de l’intérieur qui ont été attirés vers le littoral par le besoin de sécurité et l’attrait du commerce.

On ne rencontre sur la côte sud du Gabon que de vastes savanes entrecoupées de marigots, d’où émergent quelques bouquets d’arbres; quelques-uns de ces arbres atteignent des dimensions colossales; il n’est pas rare d’en voir qui ont sept mètres de diamètre.

La côte du nord est fermée par des montagnes peu élevées; les principaux sommets atteignent deux cents métrés. Quelques clairs ruisseaux coulent au fond des vallées et viennent se perdre parmi des terrains calcaires grossiers où se trouvent empâtés quelques restes de carbonate de chaux et une roche ferrugineuse qui paraît éruptive; cette rocho est idenliauc à celle que l’on trouve

MAGASIN PITTOGGSUUK.

à Cayenne au milieu des terrains granitiques, et que l’on y désigne soïis le nom de roche tà Ravel.

Plusieurs anses découpent la rive droite. On y est <à l’abri des orages, nommés tornades, auxquels sont exposés les navires mouillés sur la riv» gauche ; il n’est pas rare que la violence du vent soit telle que les chaînes de ces navires se rompent, et alors ils sont fatalement entraînés à la côte.

Les brises de mer, qui viennent régulièrement rafraîchir l’atmosphère vers dix ou onze heures du matin, arrivent à la rive droite pures de tout contact avec la terre, tandis que sur la rive gauche elles sont chargées des effluves pestilentielles des terrains marécageux sur lesquels elles passent.

Le commerce du Gabon est ouvert à tous les pavillons; les. transactions y jouissent d’une liberté absolue; quelques droits d’ancrage et quelques patentes fournissent à la caisse coloniale le moyen de subvenir à l’entretien des balises, quais et routes, qui, sans -ce subside, tomberaient bientôt en ruine. La garnison a été retirée depuis 1870, et il n’y a plus que des Croumans attachés à la direction du port.

Le caoutchouc, l’ivoire et l’ébène sont les trois principaux objets du commerce de l’Afrique équatoriale. Les investigations faites patiemment par les officiers et les médecins de la marine française ont constaté qu’à ces matières pouvaient s’ajouter, en premier lieu, des oléagineux dus à plusieurs plantes : les unes fournissent, comme les iatrophées, une huile médicinale pouvant, comme l’huile de palme, se concréler et se saponifier, et être employée dansles arts ; les autres, comme l’o&a et les autres manguifères, donnent une vraie graisse végétale, susceptible d’être employée comme condiment pour préparer les aliments; l’arbre à beurre, si commun dansles affluents du Niger, existe probablement dans le haut Ogowé, et pourra servir à compléter les huiles végétales; le palmier, qui abonde, donne également des huiles ; V Etais Gumiensis, qui fournit l’huile de palme, est commun dans tout l’estuaire de l’Ogowé et de Fernanvas; Venimha ou rafia porte un fruit dont la pulpe peu épaisse, recouverte de brillantes écailles, fournit une huile de moindre qualité ; le fruit comestible du ronier ou kfanier produit une huile abondante; celuide Y avocatier, qui a la forme de poire, donne aussi une huile de très-bonne qualité; il commence à se répandre dans les jardins des noirs du Gabon. Les arachides y réussissent bien, ainsi que les cucurbitacées, dont les semences servent aussi à fabriquer une huile excellente.

La mission française a essayé, sur un terrain d’environ vingt-cinq hectares, la culture du cacao et celle du café.

La Martinique a envoyé au Gabon des plantes très-utiles ; le jardin d’acclimatation, créé par M. Aubry le Comte, a recueilli ces plantes, qui depuis ont été propagées avec soin. Il faut ajouter à ces promesses d’avenir les juttes, qui sont le produit de l’écorce de certains arbres appartenant aux malvacées, et les morées, qui peuvent être dépouillées de leur écorce. Ces espèces sont abondantes. L’écorce du baobab est ligamenteuse ; les Anglais ont entrepris de la substituer au chiffon pour la confection du papier. Cette première expérience n’a pu réussir à cause de la cherté du transport; mais les bords du fleuve regorgent de plantes ligamenteuses. Le bananier offre une tige forte dont on fait daiîs les Antilles des cordes connues sons le nom de pite. La feuille de l’ananas fournit une filasse qui donne un tissu supérieur à la batiste : les fdets ■ de pêche faits de cette matière sont incorruptibles. On tire des gomhos une filasse supérieure à la pite. Le coton est indigène, et les espèces des Antilles, dites longue soie, se sont facilement acclinaatées au Gabon. Ces essais de culture sont encore peu avancés.

Les écorces des manguiers peuvent offrir à la tannerie

des matières inépuisables; le tan qu’elles contiennent paraît être de première qualité pour la préparation du cuir.

Sans doute le Gabon no sera pendant de longues années encore qu’un comptoir commercial ; mais l’administration française a beaucoup fait déjà pour la sécurité du commerce ; elle a pu maintenir par son ascendant les quatre-vingt mille Fans qui se sont répandus dans les estuaires du Gabon, et ouvrir au commerce de nouveaux débouchés dans le Fernanversas et le Cama; son action civilisatrice pénétrera certainement dans les grandes savanes indiquées par les Fans; elle dépassera les Oshebos et les disciplinera à leur tour, comme elle a discipliné leurs frères les Fans et leurs cousins les Apingis et les Bakalais.

Le climat du Gabon a souvent été présenté comme un obstacle qui empêcherait toute tentative de colonisation sérieuse : mérite-t-il vraiment la réputation de mortalité qui lui a été faite ? Ce n’est pas l’avis du vice-amiral Fleuriot de Langle, qui connaît bien le Gabon et auquel nous empruntons les informations qui précèdent (*).

«J’y ai vu, dit-il, des missionnaires et des négociants vivre vingt ans sans retourner en Europe ou en Amérique ; M. Walker, missionnaire américain, est le plusancien habitant d’origine européenne du Gabon. de Bessieu et son premier vicaire, M. l’abbé Leberre, oublieux d’euxmêmes, ont consacré trente ans de leur vie à évangéliser les populations du Gabon. »

La température n’est pas très-élevée; elle varie suivant la saison. La tension de l’électricité y est grande ; les orages se succèdent dans le temps des pluies tous les deux ou trois jours; mais la saison sèche est souvent exempte de' pluie et peut favoriser les expéditions par terre.

L’usage du feu est nécessaire; la diète n’est pas indifférente. Longtemps les Portugais établis dans l’Inde et en Afrique ont proscrit l’usage de la viande rôtie et pratiqué la saignée jusqu’à l’excès. Les premiers Français qui ont colonisé Madagascar avaient adopté ce système; on en est revenu de nos jours. Il est reconnu que l’usage des stimulants doit être modéré, et que si les alcools, pris en abondance, sont une cause de ruine pour la santé, le café, le vin généreux, n’ont jamais nui à personne. Ces boissons sont, au contraire, à la côte occidentale, ainsi qu’à la côte orientale d’Afrique, une des conditions de l’existence des Européens.

LE JARDIN DE M. BAR

Le jardin de M. Bar pouvait avoir en tout dix-neuf mètres de superficie, et il avait en même temps dix-neuf mètres de longueur : c’est dire assez que sa largeur ne dépassait pas un mètre. Quant à M. Bar, c’était un jardinier qui alors touchait au bel âge de neuf ans et demi. Sa gloire à cet âge était d’avoir créé lui-même son jardin, d’en avoir apporté la terre d’une propriété voisinç, brouettée par brouettée.

Il était adossé, ce jardin, contre un mur qui dans toute sa longueur ne dépassait le sol que d’environ quarante-cinq centimètres; mais de l’autre côté, en dehors et en contrebas de ce même mur, à une profondeur de quatre mètres, coulait une rivière dans laquelle, à l’aide d’uii vieux seau en fer-blanc attaché au bout d’une corde, le jeune jardinier tirait à son cœur content de quoi désaltérer ses plantes.

Les dix-neuf mètres de plate-bande étaient exposés au soleil levant, rien jusqu’au soir ne les ombrageait; les plantes basses étaient un peu garanties du vent d’ouest par le petit mur.

Les fleurs cultivées dans ce jardinet étaient (en les indi-

(') Croisières à la cote d’Afrique.

quant dans l’ordre de leur floraison) ; le tussilage odorant, | les petites anémones hépatiques, les perce-neige, les pommeroles, les crocus, jacinthes, tulipes, pervenches, ravenelles, narcisses, pivoines, lunaires, giroflées, juliennes et lychnis ; voilà pour le printemps. Venaient ensuite les roses, le jasmin, le thym, la lavande, le réséda, les œillets, œillets de poète, iris, pois-fleurs, souci, campanule et croix de Jérusalem.

Puis, pour l’automne, les reines-marguerites, capucines, balsamines, phlox, sauges, soleils, roses trémières, amaranthes, pavots, chrysanthèmes, roses de Noël.

Comme arbustes, il avait deux lilas, deuxaltéas, un groseillier, un chèvrefeuille, un genêt d’Espagne, deux boulesde-neige, un coudrier.

Aux plantes ornementales le jeune jardinier mêlait quelques plantes sauvages rapportées de ses promenades dans la campagne. Parmi ces dernières, il y aurait surtout à citer l’orchis, l’aspérule odorante, l’arum, la molène, la bardane, la chélidoine, la digitale, l’eupaloire, la centaurée, de jolies mousses, trois eu quatre fougères; çà et là aussi quelques épis de blé, seigle, orge, avoine; quelques pieds de maïs, de trèfle rouge, de bourgogne, de colza, une superbe betterave, et puisquelques plantes potagères : une carotte, un navet, du persil, du cerfeuil, un oignon, de l’ail, une laitue, des fraisiers, des tomates, une pomme de terre, un pied d’asperge. Il cultiva même quelquefois un ou deux polirons qu’il faisait courir sur le mur contre lequel s’appuyait sa plate-bande. Un pommier nain, cadeau de sa mère au dixiéme anniversaire de sa naissance, lui donna, dès cette année-là, trois belles pommes de Canada, et, dans une des années qui suivirent, il en produisit jusqu’à onze.

Ainsi étaient représentées à la fois, dans le jardin de M. Bar, Flore, Cérès et Pomone.

Mais pourquoi appelait-on Monsieur un enfant de neuf ans et demi? Les bambins du quartier l’avaient ainsi surnommé parce qu’il ne jouait pas avec eux, qu’il était presque toujours occupé de jardinage , et qu’ils le trouvaient fier. Ses deux frères mêmes et sa sœur lui donnaient, eux aussi, quelquefois cette même qualification de Monsieur. Quant au petit nom de Bar, c’étaitson propre nom , ou plutôt c’était l’abrégé de son nom : il s’appelait Barnabé ; mais dans sa famille on s’en était toujours tenu à la première syllabe. Par allusion à ses goûts champêtres, ses frères, plus d’une fois, l’avaient appelé Barbare; mais son père, qui était originaire de la campagne, l’encourageait et le conseillait dans ses travaux de culture.

— C’est tris-bien, mon enfant, lui disait-il un jour, en examinant les fleurs cultivées dans lejolijardinet. Tu peux avec cela étudier, à bien peu d’exceptions près, toutes les grandes familles végétales. Prends, par exemple, la nomenclature de Marquis et vois si tu n’as pas déjà réuni un spécimen de toute la botanique. Les trois grandes divisions de la flore universelle , acotylédones , monocotylédones, polycotylédones, sont représentées dans ton jardin. Tu as, pour la première, les mousses et fougères; pour la deuxième, les graminées, aroïdes, orchidées, iridées, narcissées, asparaginées, liüacées; et, je crois, tout le reste pour les polycotylédones. Je te vois trois spécimens de conifères, un thuya, un if, un genévrier. Tu as, pour représenter les amehtacées, un coudrier; pour les euphorbiacées, ta bordure de huis; pour les amaranthées, les arnaranlhes; pour les chénopodées, ta betterave ; pour les synanthérées, la laitue, la centaurée, la bardane, le souci, le soleil, les reines-rnargucr?l!*5, les chrysanthèmes, lacamornille, le tussilage, i’eupaloire; les synanthérées for-

ment, en effet, une des familles les plus nombreuses. Pour les rubiacées, tu as l’aspérule odorante; pour les capriolées, le chèvrefeuille, la boule de neige; pour les campanulacées, la campanule; pour les cucurbitacées, tes potirons; pour les ombellifères, la carotte, le persil, le cerfeuil; pour les mélastomées, un groseillier; pour les pomacées, un pommier; pour les scrofulacées, la digitale; pour les labiées, la sauge, la lavande, le thym ; pour les jasminées, le lilas, le jasmin; pour les primulacées^ la pcmraerole; pour les solanées, la molène, la tomate, la pomme de terre; pour les crucifères, les juliennes, ravenelles, giroflées, navet, colza, lunaire ; pour les géraniées, la capucine; pour les violées, la balsamine; pour les légumimineuses, le genêt, le pois-fleur, le trèfle, fa bourgogne; pour les rosacées, des roses, des fraisiers ; pour les capparidées, le réséda; pour les malvacées, la rose trémière, l’althéa ; pour les papavéracées, le pavot, la chélidoine ; pour lesrenonculacées, l’anémone, lapivoine,larosedeNoël, etc. Il n’y manque, en vérité, que très-peu de familles, et trèsaisément tu pourrais compléter ta flore. Avec quelques conferves dans un peu d’eau stagnante , avec quelques champignons, tu aurais un spécimen des êtres les plus infimes du règne végétal jusqu’aux plus parfaits.

Veux-tu, maintenant, mon enfant, prendre ton jardin au point de vue économique et social? Tu y trouveras toutes les catégories de plantes ; céréales, fourrages, racines alimentaires , plantes médicinales , plantes industrielles , plantes ornementales. Pour les fruits, je te vois la fraise, les groseilles, les pommes, les noisettes, le genièvre; fruits aqueux, fruits. à liqueurs, fruits de conserve, fruits secs.

Quant au calendrier de Flore, il est aussi complet qu’il puisse l’être en un si petit espace avec les seules plantes de pleine terre. Tu peux avoir des fleurs en tous les mois de l’année : janvier^^te donnera les tussilages ; février, les perce-neige, les hépatiques ; mars, les pommeroles et les narcisses; avril, les pervenches, jacinthes, etc.; jusqu’en octobre, tu auras des fleurs de toute sorte ; en novembre viendront les chrysanthèmes ; puis enfin, en décembre, les roses de Noël. Ton jardin est bien organisé, mon enfant. Laisse dire tes frères et ta sœur, et tous les gamins du quartier. Ils ont raison de t’appeler ilfonsietm, car, par ton application à l’étude des fleurs, tu es leur supérieur à tous. D’ailleurs, ne l’oublie pas, mon ami, étudier les fleurs, c’est étudier la nature sous l’un de ses aspects les plus charmants. La suite à la prochaine livraison.

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