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Chez d’autres on remplaçait ce mot par celui de Jésus écrit de la même façon.
Les confréries de charité ont toujours beaucoup aimé à se faire représenter en grand costume, avec tous leurs insignes et leurs ornements , sur les vitraux et sur les tableaux des églises.
On cite comme offrant de remarquables exemples de ce genre de représentations les verrières de Pont-Audemer, de Quillebeuf et de Saint-Jacques de Lisieux, et deux tableaux à l’huile, l’un dans l’église de la Couture prés de Jury-la-Ralaille, et l’autre dans celle de Thuit-Signol (arrondissement de Louviers); ce dernier tableau porte la date de 1680.
» Les confréries se font faire aussi des diplômes ou brevets de service en tête desquels on voit tantôt l’image d’un frère représenté en pied, revêtu de ses plus beaux ornements, tantôt toute la confrérie défilant processionnellement.
» Ces brevets, qui sont gravés sur cuivre ou sur bois ou simplement lithographiés, contiennent une attestation des services rendus par le frère ou le dignitaire auquel ils sont délivrés, signés par le curé de la paroisse et par l’antique, l’échevin ou le prévôt de la confrérie ; ils portent le nom à’agrès.
K Certaines de ces estampes, qui ne sont point dans le commerce et qu’il est assez difficile dç se procurer, remontent a une époque déjà ancienne. Au bas de quelques-unes
ontrouve une pièce de vers faisant un acrostiche sur le nom du nouvel échevin élu dans l’année. (')
)' Beaucoup de confréries possèdent des ornements d’or ou d’argent qui témoignent de leur ancienne splendeur, notamment des croix qui sont de véritables chefs-d’œuvre de l’orfèvrerie du dix-septième siècle. Ces croix sont généralement renfermées dans un étui qui est parfois lui-méme un curieux échantillon de l’art du gaînier. »
Quelques-unes, telles que celles de Saint-Désiré de Lisieux et de Rocques, se servent de jetons d’argent qu’elles ont fait graver exprès.
Les charités conservent ces différents objets, ainsi que leurs registres et leurs archives, qui constituent leur trésor, dajis un local qui leur est particuliérement affecté soit dans les dépendances de l’église, soit aux environs. Ce local, où ils tiennent chapitre, est connu sous le nom de chambrette.
Comme tous les corps religieux, les confréries possédaient des biens et avaient des richesses provenant des cotisations qu’elles imposaient à leurs membres, des taxes qu’elles percevaient et des dons quelles recevaient de la munificence des familles.
On voit dans l’Histoire du comté d’Évreux par Lebrasseur, que les frères de la ville d’Évreux firent reconstruire en pierre, à leurs frais, en 1521, la tour du clocher de Saint-Jacques, de l’hôpital ou de l’Hôtel-Dieu, qui était de bois et qui avait été entièrement consumée par le feu.
Dés avant la révolution, les confréries de charité commençaient à tomber en décadence et éprouvaient une certaine difficulté à se recruter.
En 1734, les choses en étaient venues à ce point pour la charité de Notre-Dame de la Couture, à Bernay, qu’elle n’avait plus pour tout adhérent que l’échevin et le prévôt. Pour remédier à cernai, on imagina alors de contraindre chaque paroissien à faire à tour de rôle le service de la confrérie.
On prit à cet effet une délibération qui fut homologuée par le Parlement de Rouen. Mais la révolution vint qui emporta la sentence, la confrérie et le Parlement lui-mêmè.
A la révolution, en effet, les confréries de charité, malgré leur utilité, leur esprit de fraternité et leurs principes démocratiques même, ne purent trouver grâce. Elles ne furent point formellement interdites, mais leurs immeubles et leurs rentes, confondus avec ceux des fabriques et des établissements hospitaliers, furent vendus.
Dépouillées de leurs biens, effrayées parles persécutions, la plupart des charités tombèrent en dissolution. Cependant quelques-unes, plus favorisées et se trouvant sans doute dans des pays moins agités, traversèrent l’orage révolutionnaire et en forent quittes pour changer seulement de nom.
Ainsi, leregistrede la charité de Notre-Dame de Louviers constate que, le 29 septembre 1 793, le citoyen frère Jean- François Lainé prenait une livrée vacante en remplacement du frère François Donné, parti sur les frontières. Il constate également qu’au siège de Noël de la même année on procédait à l’élection d’un échevin, et que, le i®'’ janvier 1797, le citoyen Louis-Pascal Liot faisait, pour son entrée en fonctions d’échevin, don d’une croix argentée à la société, qui avait pris le nom de Société des frères de l’humanité, nom quelle a conservé jusqu’en 1800.
Dans un arrêté pris par le préfet de l’Eure vers la fin de septembre 1801, dour organiser le service des inhumations, on voit qu’il invite les sociétés d’hommes volontai-
(’) M. Raymond Bordeaux, d’Évreux, qui a formé une collection trèsremarquable de ces estampes, cite celle de la charité de Bourg-Achard, qui porte la date de 1 640, et celle de la charité de Pitres, près de Pontde-TArclie, qui est datée de 1660. Il paraît que ces charités font tirer encore aujourd’hui des épreuves sur les anciennes planches qu’elles ont conservées.
remeiit dévoués à l’inhumation des défunts, c’est-à-dire les confréries de charité, là où elles existent encore, à donner l’exemple, et il leur impose, comme à toutes les personnes chargées de donner la sépulture aux morts, un costume consistant dans un manteau noir fendu , avec un chapeau rond rabattu, plus une médaille sur laquelle était écrit : « Honneurs funèbres », et une baguette noire à la main pour leur chef.
A propos de ce costume, les frères de la charité d’Évreux représentèrent au préfet qu’ayant des manteaux ainsi ouverts, il serait déagréable de voir les manches des habits de diverses couleurs, ce qui ferait une bigarrure « et donnerait risée aux méchants», et ils lui demandèrent la faveur de conserver l’usage de leurs anciennes robes , ce qui 'leur fut accordé; mais comme les anciens chaperons étaient bleus et que le préfet n’admettait que le noir, les frères firent faire leurs nouveaux chapeaux noirs.
Après le concordat, en 1804, l’évêque d’Évreux ayant fait un réglement pour organiser les confréries de charité, les frères de la charité du diocèse d’Évreux reprirent leurs chaperons tels qu’ils étaient avant la révolution, et y firent broder de nouveau les images de la sainte Vierge et des saints sous le patronage desquels chaque confrérie était placée.
Réorganisées sous la surveillance et la responsabilité des évêques, les charités n’ont pas tardé à donner lieu aux mômes abus et aux mêmes scandales dont on s’était plaint jadis dès leur origine , et elles ont dû être l’objet de mesures sévères de la part des évêques, auxquels leur esprit de résistance, pour ne pas dire de turbulence, suscita
parfois de graves difficultés, notamment dans le diocèse d’Évreux.
Aujourd’hui, peu soutenues dans beaucoup d’endroits, les charités tendent à disparaître, surtout dans les villes, où s’introduit chaque jour l’usage des chars et des employés salariés.
Malgré les reproches qui peuvent leur être adressés, on accordera des regrets à cette pieuse institution, fondée sur des principes de dévouement, et inspirée par des sentiments d’humanité et de véritable fraternité.