AU MOYEN DE LA VITESSE DU SON
On est arrivé depuis peu à construire des instruments assez perfectionnés, qui permettent de mesurer la distance au moyen de la vitesse du son sans avoir de calcul à faire. M. le Boulangé a imaginé un petit tube en verre, rempli d’ün liquide spécial dans lequel se meut un disque double. Au moment où l’on voit la lumière du coup de canon, on retourne le tube verticalement et on tourne l’oreille du côté d’où l’on attend le son ; quand l’oreille le perçoit, on rabat le tube horizontalement et on lit ensuite directement sur le tube la distance cherchée, qui est donnée en mètres. Le liquide est choisi de manière à ce que l’influence de la température sur lui soit exactement la même que cette influence sur la vitesse du son.
Plus récemment, un officier suédois, M. W. Unge,' a inventé un autre mécanisme encore plus ingénieux et plus commode. C’est une espèce de montre dont le cadran est divisé en périphéries d’après les diverses températures. On place l’aiguille à la division zéro, et quand le coup part, on presse un bouton ; l’aiguille se met en marche : dés qu’on entend le coup, on cesse de presser le bouton, l’aiguille s’arrête, et on n’a plus qu’à lire la distance sur celle des circonférences qui correspond à peu près à la température de l’air ambiant.
LES CONFRÉRIES DE CHARITÉ
EN NORMANDIE
Fin. — Voy. p. 69, 103, 15i, 242.
La bienfaisance envers les pauvres est, dans les statuts des confréries, l’objet de prescriptions incessantes.
Ainsi, d’après les statuts d’Orbec, les revenus de la société doivent être divisés en trois parts, dont une doit être employée en aumônes.
» Le jeudi saint, disent les statuts de Notre-Dame de Louviers, échèvin , prévôt et frères servants devront laver les pieds à douze pauvres, mais auront chascun des dits pauvres cinq deniers et un pain et chopine de breuvage selon leurs facultés, le tout au dépens de la dite charité. »
La mort d’un frère est aussi une occasion de faire l’aumône :
« A chascun frère trépassé, le jour de son enterrement, dit l’article 19 des statuts de la charité de Notre-Dame de < la Couture de Bernay, Ton donnera jouxte la fosse six deniers de pain, aux pauvres. »
(') Revue maritime et coloniale.
S’agit-il de dîner, les pauvres ne sont pas davantage oubliés ;
« Est ordonné, dit l’article 21 des statuts delà charité de Saint-Germain de Louviers, que les frères de ladite charité et confrérie s’assembleront une fois Tan à dîner en l’église dudit Saint-Germain, le dimanche d’après la fête de saint Denis, en laquelle journée iront processionnellement en l’église Saint-Jean du dit Louviers, et feront pitance aux pauvres de THôtel-Dieu du dit lieu. »
11 en est de même lors de l’élection de Téchevin :
« Le même jour (article 44 des statuts de la charité de Damville) on donnera à dîner à treize pauvres en la maisop du dit échevin, leur repas se fera devant celui des frères^ et le pain , le vin et la viande qu’on leur donnera à suffisance seront aux despens de la dite charité. »
Dans le cas ou l’un des frères devenait lépreux, if était , suivant les usages du temps, considéré comme mort, et recevait quoique vivant les honneurs funèbres :
« Item, dit l’article 20 des statuts de Notre-Dame de la Couture déjà cités, se il eschoit aucun des frères ou sœurs de la dite Carité estre ladrez et séparez de la compagnie des sains, les XIV frères dessus dits seront tenus de le convoyer à la croix, campanelles et bannières, jusques au lieu où le curé de sa paroisse le convoiera, et se il lui plaît ainsois (') qu’il parte il aura une messe basse. »
Il en est de-même si un frère devient mesel (art. 40) (^). Voici maintenant une prescription non moins étrange que renferment les statuts primitifs de la confrérie de charité de la paroisse Sainte-Foi, àConches.
L’article 33 de ces statuts portait que :
« Les échevin, prevost.et frères servants sont tenus à faire sonner toutes les nuits les pates-nostres pour les trépassez, entre minuit-et une heure, et à crier à haute voix : « Entre vous, bonnes -gens qui dormez, réveillez-vous, » réveillez-vous, pensez que vous mourrez etpriezDieupour 1) les trépassez. » Le tout aux dépens de la charité. «
On rencontre dans les statuts d’Orbec une disposition qui a quelque analogie avec celle-ci, et qui put être plus facilement mise en pratique :
« Quant aucun frère ou sœur d’icelle charité, disent ces statuts , sera trespassé , le crieur sera tenu aler par la ville crier son trespassement, et chacun frère et sœur sera tenu sur serment dire pour la rédemption de Tame du trespassé cinq fois Pater noster et Ave Maria, et les gens d’église De profundis et oraisons à leur dévotion , et ceux qui n’oront ce cry seront tenus dire ledict service au plus tôt que le trespassement viendra à leur connoissance. »
Les registres des charités renferment beaucoup d’autres renseignements dont quelques-uns sont très-précieux pour les histoires locales.
Dans celui de la charité de Sainte-Croix de Bernay on trouve une pièce de vers sur le passage par Bernay du comte de Montgommery, chef huguenot fait prisonnier à Domfront en 1574, et deux autres pièces, Tune sur une épidémie qui désola la ville de Bernay en 1590, et l’autre sur une autre épidémie qui eut lieu en 1650.
Voici la première, sur le passage du comte de Montgommery :
Ne treuve la postérité Maulvais ce qui est récité Cy apres ; — Sachent toutes gents Que l’an de grâce mil cinq cents Septante et quatre justement,
(') Avant.
(-) Mesel, en italien wtscZle , du latin rnisellus, chétif, étique. — La mesellerie était une espèce pn’ticiilière de ladrerie. — Voy. le Glos- I saire de la langue romane, par Roquefort.
Propre jour du Saint-Sacrement,
Le dixième de juing, pour 'vray,
Par ceste ville de Bernay Passa, bien hontex et marry.
Le comte de Montgommery,
A tout mal très expert et prompt,
Oui tenoit fort dedens Domfront Et chef des hnguenosts étoit,
Lequel à Paris on menoit Pour recepvoir pour son grand vice Quelque sentence de justice.
Telle qu’il avoit mérité.
La ville lors fut si troublée,
Voire et reçut un tel dommaige A loger le grant équipaige De gents de pied et de cheval Qui menoient ce faux déloyal.
Qu’on ne peust faire d’eschevin ;
Mais l’endemain, jour Saint-Ursin,
Guillaume Guérin, bon bourgeois.
Par la pluralité des voix,
Feust en ceste office posé ;
Et mesrae Claude Deshoysé L’office de prevost receut,
Pourquoi Taurin Desportes eut ■ Congé avec un grant honneur,
Cal’ il étoit bon serviteur.
A l’imitation des seigneurs et de même que les couvents et les corps de métiers, les charités avaient autrefois des armoiries.
Sous Louis XIV, d’Hozier délivrait des armoiries à plusieurs de ces confréries, qui payaient au fisc, il est vrai, pour cette cause, un droit de vingt-cinq à cinquante livres.
La plupart de ces armoiries représentaient un cœur enflammé, le plus souvent d’or ou d’argent, sur un champ qui variait et était tantôt de gueules, d’azur ou de sinople.
Certaines, telles que celles de Saint-Pierre et Saint- Paul au Neuhourg, de Rugles, de laFerrière-sur-Risle et de Condé-sur-Iton , portaient au lieu d’un cœur le mot Charitas, écrit en caractères majuscules d’or, d’argent, d’azur ou de gueules.
Les trois syllabes étaient posées ainsi l’une sur l’autre: