INFLUENCE DU CARACTÈRE
Quand les moralistes , les prédicants , les philosophes, raisonnent sur les phénomènes de ce bas monde, et, contemplant la masse d’humaines misères, l’attribuent aux crimes qui depuis la chute de l’homme se sont frayé un chemin jusqu’à son cœur , ils négligent une petite cause de souffrance plus destructive du bonheur, plus apte à neutraliser les bienfaits de la Providence, que toutes les autres énormités de notre race déchue.
Cette haïssable perversité latente, qui brise la volonté et les cœurs, se rencontre souvent là où l’atrocité du vice est inconnue, où fleurissent même de hautes vertus.
La probité, la tempérance, l’honneur, une piété pratique, peuvent s’allier à un mauvais caractère ; plus d’un être humain, jugé et condamné avec justice pour des actes coupables, n’a pas infligé à ses semblables la centième partie des angoisses causées par un mauvais caractère.
Que de fois chaque heure d’un jour radieux, dont le soleil s’est levé sur une famille prospère, joyeuse, bénie des dons de la santé delà fortune, a été empoisonnée, flétrie, par l’habituelle mauvaise humeur du chef!
Cependant toute la réprobation du monde se résume, en pareil cas, dans ces phrases bénignes: C’est un homme fatigant , ou bien : Pauvre femme, elle a un caractère désagréable. Fulminez vos foudres, professeurs de morale j contre l’égoïsme, la présomption indisciplinée qui engendre ce fléau domestique!... Montrez aux hommes, comme. en un miroir, le hideux contraste qui existe entre une nature aigre, pervertie, acariâtre, et la douce image de Celui qui est venu prêcher la charité et l’amour ! Faites cela, et vos prédications ne seront peut-être pas vaines.
Comme élément de bonheur ou de malheur pour l’humanité, le caractère est infiniment plus important que les qualités supérieures. On peut avoir une fois par an l’occasion de faire une action généreuse, tandis que pendant chaque heure de notre vie, le caractère est à l’œuvre pour le bien ou le mal. (')