QUI NE VIENNE A LA NUIT
Elle est longue et rude, la journée de travail ! La bise glace les membres du laboureur, qui dirige le soc de la charrue en excitant son attelage de la voix et de l’aiguillon; le soleil brûle le visage du moissonneur, qui de sa lourde faucille, couche entre les sillons les gerbes d’épis mûrs; les faneurs et les faneuses s’arrêtent par momen-ts, épuisés de fatigue, pour essuyer la sueur qui ruisselle de leur front; l’ouvrier des villes, qui manie péniblement le marteau ou la hache, qui taille la pierre dure ou qui porte de lourds fardeaux ; la pauvre ouvrière, qui use ses yeux et meurtrit ses doigts à piquer l’aiguille du matin au soir; tous, hiver comme été, comptent les heures qui s’écoulent, et répètent au fond de leur cœur : « Elle est longue et rude, lajournée de travail ! »
Mais le soleil trace dans le ciel sa route éblouissante ; il monte, plane et redescend, et l’occident s’empourpre à son approche... il disparaît! Adieu, soleil, qui éclaires les travaux et les fatigues des enfants des hommes ! Salut, nuit bienfaisante, qui leur apportes le repos! C’est après toi qu’ils ont soupiré, quand le fardeau dépassait leurs forces; c’est ta pensée qui les a soutenus et qui leur a donné du courage. Ils savaient que tu viendrais, que tu ne pouvais pas manquer de venir; et l’on supporte plus patiemment une peine qui doit prendre fin. Répare leurs forces épuisées, nuit consolatrice, toi le plus doux des bienfaits de Dieu, pour que demain en reprenant leur tâche ils se disent, confiants et pleins d’espérance ; « 11 n’y a si long jour qui ne vienne à la nuit ! »
Elle esL longue et rude, la bataille de la vie. Qui ne l’a pensé? Qui ne l’a dit? Qui n’a eu ses heures de découragement? Qui n’a cherché d’un œil désolé à pénétrer l’avenir impénétrable? Qui ne s’est, à certains moments, cru tombédans un abîme de douleur dont il ne pourrait jamais sortir? Et tout passe pourtant, la douleur comme la joie. Pourquoi donc s’affliger comme ceux qui n’ont point d’espérance? Pourquoi se désespérer de la vie, comme si elle ne devait pas finir ? Levons les yeux vers notre Père qui est aux cieux. N’a-t-il pas placé l’ange de la mort au soir delà vie, comme l’ange du sommeil au soir de la journée? Tu souffres? rassure-toi ; ta souffrance ne durera pas toujours ; « Il n’y a si long jour qui ne vienne à la nuit. »
LES GÉOGRAPHES
ESQUISSE d’une HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE.
Suite. — Voy. p. 146, 198, 230, 259.
Christophe Colomb (*) s’était convaincu de la vérité que la terre est ronde, en étudiant principalement l’Image du monde du cardinal d’Ailly, et une lettre ainsi qu’une carte d’un mathématicien florentin, Toscanelli, alors illustre.
Il avait conclu de cette notion que l’on pouvait, suivant ses expressions mêmes, « chercher l’Orient par l’Occident. »
D’après sesoialculs, la distance des îles Canaries aux premières îles d’Asie ne devait être que de onze cents lieues d’Espagne, et, par conséquent, il pouvait suffire pbur atteindre le Cathay, le pays des épices, de cinq semaines de navigation directe.
Le grand homme ne soupçonnait pas qu’il pût exister un continent inconnu entre l’Europe et l’Asie, et il est mort sans le savoir, ayant toujours été persuadé, même
(') Voy., dans nos volumes précédents, un grand nombre d’articles sur Christophe Colomb, et le texte même deises relations dans le t. III des Voyageurs anciens et modérMs.
après son quatrième voyage, qu’ilavait abordé à des terres asiatiques.
Il s’était embarqué au port de Paies, sur la côte d’Andalousie, le vendredi 3 août 1492, et ce fut seulement dans la nuit du 11 au 12 octobre suivant qu’il aborda cà une des îles du groupe des Lucayes, au nord de l’île de Cuba. Les indigènes nommaient cette île Guanahani. Colomb fut persuadé qu’il était arrivé à un des archipels qui sont épars le long de la côte orientale d’Asie. Aussi désigna-t-il les habitants sous le nom d’indiens, qui est resté aux descendants des indigènes américains. 11 visita, dans cette première exploration, une partie des grandes Antilles, une petite partie de Cuba, et découvrit Haïti, qu’il appela Hispaniola ou petite Espagne.
A son deuxième voyage (1493-1496), Colomb continua la découverte et l’exploration des petites et des grandes Antilles.
Au troisième (1498), il découvrit l’île Trinidad et une partie de la côte des Perles, arrivant ainsi au continent méridional même du nouveau monde.
A son quatrième et dernier voyage enfin (1502), il découvrit la côte qui borde les territoires de Honduras; de Nicaragua, de Costa-Rica, de Veragua et de Darien.
Pendant le cours du troisième voyage de Colomb, Vasco de Gama étonnait de son côté le monde européen en mettant à profit la découverte du cap de Bonne-Espérance par Bartolomeo Diaz (‘), en contournant le sud de l’Afrique et explorant les côtes de la mer jusqu’à Mélinde et Calicut (1497-98). Moins de vingt ans après, les pilotes portugais avaient relevé l’hydrographie des mers de l’Inde et de la Chine.
A la suite du grand nom de Gama, chanté par Camoëns, il faudrait citer Cabrai, qui revit toute la côte orientale d’Afrique (1500); Tristan da Cunha, qui décrivit Madagascar (1506); Alfonso d’Albuquerque, qui explora le golfe Persique (1508) ; Ludovico de Barthema, qui navigua jusqu’aux Moluques ; Lopez de Sequeira, qui atteignit Malakka (1509).
De ces découvertes portugaises on possède l’Histoire par Joaô de Barros, à laquelle il faut ajouter la description de Duarte Barbosa et la Mappemonde de Diego Ribero.
En même temps s’achevait l’exploration de l’Amérique.
Amerigo Vespucci (^) et Juan de la Cosa reconnaissaient toute la côte nord de l’Amérique méridionale, depuis le golfe de Para jusqu’au rio Magdalena (1499-1500).
La côte nord-est de l’Amérique du Sud, depuis le cap Saint-Augustin jusqu’à l’isthme de Panama, était explorée par Vincent Yanez Pinzon (1499-1500).
Ces deux voyageurs poussèrent plus avant leurs découvertes : Vespuceen 1501, 1503 et 1504; Pinzon en 1508.
Antérieurement (1497-98), deux Vénitiens, Jean et Sébastien Cabot , avaient découvert la côte de Labrador, Terre-Neuve ; ce qui a donné lieu à quelques écrivains de contester à Christophe Colomb la gloire d’avoir découvert le premier la terre ferme du nouveau continent. Mais on a objecté justement que la découverte de la première île des Antilles, en 1492 , était celle de l’Amérique même.
Gaspar Cortereal, Portugais, vint en 1500, à la suite des Cabot, toucher au Labrador, et reconnut l’entrée du détroit d’Hudson.
La Floride fut explorée par Juan Ponce de Leon (1512). Les eaux du grand Océan furent vues pour la première fois, en 1513, des hauteurs de l’isthme de Darien, par Nunez de Balboa (®).
(') Voy. t. IV, 1836, p. 6 et 7.
P) Nous avons expliqué comment le nom de ce navigateur fut donné au nouveau continent, sans qu’on ait à lui reprocher d’avoir été l’auteur de cette usurpation de titre.
P) Voy. notre t, X, 1842, p. 330.
Gonzalez de Avila pénétra dans l’intérieur de l’isthme en 1525. Grijalva reconnut le fond du golfe du Mexique, dont Fernand Cortez fit 1a conquête en 1519 et pendant les années suivantes. |
De 1519 à 1522, Magellan, après avoir découvert le détroit qui porte son nom, traversa l’Océan, vit les îles Mariannes, l’archipel des Philippines. Son exploration est la première circumnavigation du globe, et il avait ainsi démontré positivement cette sphéricité de la terre qui, jusqu’à lui, n’avait pas encore été admise universellement même après les voyages de Colomb.
Les dates principales des découvertes qui se succédèrent ensuite au nouveau monde sont ; — depuis 1524, le Mexique par Cortez et ses successeurs; — 1524, le Pérou parles Pizarre; — 1536, le Chili; — depuis 1534, la Nouvelle-Grenade; — 1541, l’Amazone, par Francisco de Orellana; — 1535, le Rio de la Plata.
La suite à une autre livraison.