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LA MARQUETERIE

Fin.

Troisième opération. — Montage de la marqueterie. — Le découpage étant terminé, on doit préparer les diverses pièces pour le montage, en commençant par l’encadrement.

Les feuilles de placage ont été réunies au moyen de bandelettes de papier fixées par des points de colle forte, il faut les séparer.

Pour cela, on emploie avec beaucoup d’avantage le couteau à palette du peintre, dont la lame est très-mince et flexible (fig. 5). On l’introduit avec précaution entre deux

(9 On connaît aussi ce genre de problème par son application aux (I douze apôtres » , aux « grains de blé sur l’échiquier » , etc.

feuilles, on soutient ■ avec la feuille supérieure en y appuyant la main gauche, et l’on opère comme si l’on coupait du papier.

Gette opération terminée, on place chaque encadrement sur une feuille de papier bien uni, que l’on a fixée aux quatre coins sur la table ou sur une planchette bien dressée. Il est bon d’avoir de la colle forte très-claire et d’en mettre quelques points sur chaque morceau avant de le placer sur le papier; cela pour deux raisons : d’abord, il est rare que le placage se maintienne parfaitement droit ; sous l’action de la chaleur, il travaille facilement ; le moindre point de colle le maintient en place.

De plus, si l’on ne colle pas, un faux mouvement peut faire glisser la feuille et déranger quelques pièces; si l’on veut remettre ces pièces en place, on en soulève d’autres (on ne se défend pas toujours ff’un mouvement d’impatience), et l’œuvre est bien compromise.

Lorsque le pourtour extérieur, ou encadrement, est fixé, on saisit l’un et l’autre des petits morceaux avec des pinces appelées bruxelles (fig. 6), on met sur chacun une goutte de colle et on le pose à sa place, en introduisant le dessin blanc dans le fond noir et le dessin noir dans le fond blanc; en sorte que l’on obtient un double résultat : marqueterie fond blanc avec dessin noir et marqueterie fond noir avec dessin blanc.

Fig. 5. Fig. 6,

Ge qui vient d’être dit s’applique à la marqueterie en général et au cas le plus simple. On verra plus loin la marche à suivre lorsque l’on opère non plus sur deux bois seulement, mais sur quatre ou cinq nuances.

Lorsque tous les morceaux sont à leur plâce, on prépare une feuille de papier de la dimension du sujet marqueté (s’il y a un encadrement, il est inutile que le papier le couvre); on enduit cette feuille de colle forte claire, puis, avec l’aide d’un ami , on la saisit aux quatre coins et on l’applique sur le découpage, en ayant bien soin de ne pas hésiter en la posant; dès quelle a touché, elle ne doit plus bouger, sans quoi, on le comprend aisément, toute la marqueterie serait désorganisée. On appuie fortement avec les doigts ou la paume de la main , afin que toutes les petites pièces se trouvent prises par la colle, surtout si les placages ne sont pas d’une épaisseur bien égale, ce qui arrive assez fréquemment. Dans ce cas, il est bon de retourner de suite la pièce marquetée, de la poser sur une face bien unie, et de recommencer à appuyer avec la main et les doigts de l’autre côté, de manière que tous les petits

morceaux affleurent bien du côté où a été collé le papier ; car, ainsi qu’on le verra plus loin , c’est le beau côté, celui qui est destiné à être vu.

Après cette opération, on met en presse, au baeoin entre deux feuilles de papier, pour empêcher que quelques bavures de colle n’adhèrent à la cale, et on laisse sécher. Une fois montée sur papier, la marqueterie peut se conserver des années avant d’être appliquée sur bois, pourvu qu’elle ne soit pas exposée à l’humidité.

Tout amateur qui veut faire de la marqueterie doit se munir d’un certain nombre de planchettes d’un à deux centimètres d’épaisseur, pour lui servir soit à mettre en presse, soit à plaquer ; ces planchettes portent le nom de cales. Elles peuvent être faites en sapin, mais le chêne est préférable, et autant que possible d’un seul morceau.

Pour mettre en presse et pour plaquer, on se sert soit de petites presses à l’usage des menuisiers (fig.7), soit d’une

Fig. 7. Fig. 8 bis.

presse-châssis à coulisse d’un nouveau système (fig. 8), au moyen de laquelle on peut serrer des morceaux petits ou grands, à volonté. '

Cette presse se compose d’une base en chêne de quatre centimètres d’épaisseur sur vingt de largeur et soixantequinze de longueur. Aux deux extrémités se trouvent des montants de vingt-cinq centimètres de hauteur, réunis par des traverses ayant vingt-cinq centimètres de largeur et à la partie intérieure desquelles se fait une rainure.

Les vis en bois sont supportées par des écrous également en bois et à queue qui glissent dans ces rainures, et que l’on peut à volonté rapprocher ou éloigner.

On comprend facilement qu’avec trois presses de ce genre on peut coller de très-grands morceaux, en les plaçant entre deux cales, que l’on serre au milieu et aux deux extrémités.

Placage de la marqueterie. — Il faut laisser la marqueterie montée sur le papier en presse pendant plusieurs heures et au besoin pendant un jour; lorsque l’on est certain que la colle est bien sèche, on peut reprendre le travail.

On desserre les pièces et on enlève le papier du côté

où il a été mis seulement quelques points de colle forte en montant. Pour cette opération, on peut se servir soit d’une fine râpe et du racloir, soit d’un petit rabot, que l’on appelle rabot à dent, en usage chez tous les ébénistes.

On comprend aisément que cette opération est trèsdélicate, et qu’il faut user de grandes précautions pour ne pas arracher quelques parcelles. Si l’on emploie le rabot à dent, il faut placer la marqueterie sur un banc de me-

nuisier bien uni (fig. 9), la maintenir fixée par le valet avec une petite cale étroite, tenant toute la largeur, et donner les coups de rabot en allant contre la cale. La marqueterie se faisant toujours en placage, il faut éviter d’attaquer le bois et faire en sorte de n’enlever que le papier et les points de colle, attendu que, cette opération devant être recommencée lorsque la marqueterie sera plaquée, on s’exposerait à tout emporter.

S’il se trouve des bois plus épais, il faut, autant que possible, les ramener au niveau des autres, afin d’éviter qu’il se produise des cloches au placage.

Cette surface étant bien nettoyée, on remplace les petits morceaux que l’on a pu faire sauter ou qui ont été perdus en découpant, et il ne reste plus qu’à plaquer, ce qui se fait de la même manière que si l’on employait du placage uni.

Il suffira de quelques mots au sujet de cette opération, connue de beaucoup d’amateurs. Ceux qui désireraient des explications plus précises et plus détaillées pourront s’adresser à un ébéniste ou à un menuisier; il leur suffira d’avoir vu opérer une seule fois pour être en état de plaquer eux-mêmes.

On dispose les pièces de menuiserie que l’on veut plaquer, en faisant tous les ajustages ; on y passe le rabot à dent , afin que la colle prenne mieux ; on enduit de colle forte claire le bois et le placage, en ayant soin de se tenir, autant que possible, dans une chambre chaude, si c’est en hiver, et en tout cas en évitant les courants d’air. On applique la marqueterie sur la pièce de bois préparée, et on la fixe avec trois ou quatre petites pointes à placage pour quelle ne glisse pas sous l’effort des presses.

La colle soulève le placage par endroits; mais que l’on ne s’en préoccupe pas, que l’on ne craigne pas non plus de voir la colle sécher, l’opération suivante suffit à remédier à ces inconvénients.

On étend un morceau de papier (vieux journal) sur la marqueterie pour éviter des excédants de colle; puis on fait chauffer fortement, devant un feu bien flamboyant, une cale que l’on applique lestement sur la marqueterie, et l’on s’empresse de serrer aussi fortement que possible avec les presses simples ou les presses à châssis.

Une bonne précaution à prendre est de préparer d’avance les presses, en mettant les vis au degré voulu, de manière à ne pas perdre une minute.

On peut très-bien plaquer deux pièces d’un seul coup, c’est même ce qui se fait en général ; il suffit pour cela que la cale soit bien dressée des deux côtés,

Il faut avoir soin, lorsque l’on place les presses, de serrer insensiblement, et en commençant toujours par le milieu de la pièce, de manière que l’excédant de colle forte sorte par les bords.

Comme pour la marqueterie montée sur papier dont il a été parlé plus haut, il faut laisser l’objet en presse pendant une nuit, afin que la colle soit bien sèche, et ne le reprendre que le lendemain, en ayant soin d’y passer d’abord le rabot à dent afin d’enlever le papier et la colle, puis, si 1 on est bien outillé, y donner un coup de rabot trés-fin ; mais cette opération n’est pas sans danger. C’est pourquoi te plus souvent on se contente d’employer le racloir bien affilé.

On passe ensuite là l’huile de lin, ou mieux au saindoux , si dans la marqueterie se trouvent des bois clairs tels que 1 érable, ou des bois teintés (l’huile donne une

teinte jaunâtre qui dénature les couleurs); puis on ponce soit à la pierre ponce, soit au papier de verre, et l’on vernit au tampon comme il a été dit au chapitre premier, en emploj^ant du saindoux et du vernis à la.gomme laque blanche.

ROULEAU A PATISSERIES

DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE

On conserve dans nos musées des moules en terre cuite ou en bois, du quinziéme et du seizième siècle, et qui servaient à faire des sortes de pastillages en relief sur les gâteaux. Les formes des gaufres, fort goûtées en France depuis le treizième siècle, étaient variées. A la cour de François E'' on avait des gaufriers en argent.

Rouleau à pâtisseries du dix-septième siècle.

On décorait les confitures sèches et les bonbons en sucre avec autant d’art que les gâteaux. Dans la description d’un repas donné au quinzième siècle par le comte de Foix, nous trouvons mentionnées des confitures et sucreries « faites à façon de lyons, cygnes, cerfs et autres sortes ; et sur chacune des pièces estoient les armes et devise du Roy. »

Le rouleau à pâtisserie que représente notre gravure montre que cette coutume subsista longtemps encore : il est en bois de buis gravé en creux, et donnait en relief des ligures variées parmi lesquelles on remarque les armes de France et plusieurs personnages à cheval.

Les pâtissiers éclairaient le soir l’étalage de leurs boutiques avec des lanternes transparentes, ^ — dites lanternes rives, — ornées elles-mêmes sur toute leur circonférence de figures variées, quelquefois grotesques et bizarres. Au dix-septième siècle, le poète Régnier, faisant une peinture burlesque de, certaine vieille, dit qu’elle ressemblait à

line lanterne vive

Runt quelque pâticicr amuse les enfans.

Où des oysons bridez, guenuclies, éléfans,

Cliiens, chats, lièvres, renards et mainte estrange beste Courent l’une après l’autre

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