‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 642 sur 712 · CHAPELLE DE LA TRINITÉ-EN-PLOUHA · texte numérisé non relu

CHAPELLE DE LA TRINITÉ-EN-PLOUHA

(cotes-du-noud).

Musée du Luxembourg, à Paris. — Chapelle de la Trinité-en-Plouha, par P. Chardin (’). — Dessin d’Édouard Garnier.

On ne peut arrêter ses regards sans respect sur ce modeste sanctuaire où viennent prier les familles des pêcheurs. C’est l’intérieur d’une de ces anciennes chapelles seigneuriales que l’on construisait à peu de frais, à la suite soit d’un vœu personnel, soit d’un accord entre les propriétaires domaniaux du voisinage. L’architecture n’en est pas ambitieuse ; on s’est contenté d’une simple nef; mais, quelle que soit la simplicité de ce petit oratoire, on ne saurait le confondre avec la foule banale des chapelles modernes de nos villages. Les détails sont intéressants, et l’on y sent vivre encore des traditions qui ont leur prix. Ces grands corbeaux de pierre saillants, qui supportent les chevrons de la charpente taillée à chanfreins et revêtue encore de sa vieille enluminure, les trépieds de fer forgé précieusement conservés, les fines ciselures encadrant les montants des ouvertures, tout reporte le souvenir à l’art du quinziéme siècle.

Il y a peu de temps, on voyait encore à son ancienne place d’honneur la tribune des seigneurs de Kersalic. Leur manoir, situé près de là, au bas de la colline, a conservé sa jolie porte armoriée, et complète un des plus charmants paysages bretons que l’on puisse rencontrer; à côté, un douez irrégulier, le lavoir traditionnel , ombragé par de grands arbres, réfléchit la vieille croix de granit. Entre le manoir et cette pièce d’eau qu’alimente une source limpide, un antique chemin descend à la mer par de profonds et sinueux défilés couronnés de landes et de rochers, et fait brèche aux gigantesques falaises qu’assiègent et rongent sans cesse les vagues de la baie de Saint-Brieuc.

* Là, dans cette humble chapelle, nous dit un de nos cor- Tome XLIV. — OCÏOERE 1876.

respondants, sous le vieux toit moussu, quand la tempête d’automne souffle sur les brisants de la côte et tord les branches des vieux arbres qui l’entourent, là souvent s’agenouille et prie la femme du marin , enveloppée de sa longue cape noire qui deviendra peut-être un manteau de veuve : sait-on bien si la mer en furie ramènera au foyer tous les pêcheurs de Terre-Neuve et de l’Islande? Pauvres gens, partis depuis six mois avec l’espérance de rapporter le prix d’une vache laitière ou le loyer d’un champ et d’une masure, et qui, peut-être, hélas ! après avoir échappé aux dangers des mers lointaines, ne sauront pas éviter, au retour, ceux du cabaret prochain ! »

DES CONVINES JALOUX.

Huit célibataires conviennent de prendre leurs repas ensemble ; mais comme ils sont tous très-personnels (mot honnête pour ne pas dire égoïstes), ils veulent une égalité parfaite dans les conditions de leur association. Chacun est jaloux d’avoir une part identique à celle des autres dans les avantages des repas et des positions à la table commune. En hiver, la proximité de la cheminée et l’éloignement de la porte d’où partent les vents coulis; en été, l’ombre et l’air frais de la fenêtre; le choix du meilleur morceau dans les plats qui feront la ronde en partant du même point ; toutes ces circonstances et d’autres encore doivent faire varier le bien-être de chaque place à table , sans compter qu’il se trouve des convives dont le voisinage (*) Ce tableau figurait à l’Exposition de 1874.

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sera envié et à côté desquels chacun des autres pourra vouloir être toujours placé. Il fut donc convenu que l’on se mettrait successivement à table selon tous les arrangements qui pouvaient se faire entre huit individus : c’est-àdire qu’il y aurait chaque jour un arrangement différent jusqu’à épuisement de toute la série, après quoi l’on recommencerait.

Que! ne fut pas l’étonnement, lorsqu’ils apprirent qu’il leur faudrait cent dix ans et quelques mois pour qu’ils prissent leurs repas tous les jours ensemble sans jamais se placer deux fois de la môme manière.

On se rendra compte aisément de ce chiffre en commençant par trois personnes au lieu de huit : MM. A, B, G.

Elles peuvent se mettre à table de six manières différentes que voici: A, B, G; A, G, B; B, A, G; B, G, A ; G, A, B; G, B, A. Il n’y a pas d’autre arrangement possible.

Survient un quatrième convive, D. Il pourra se placer en tête de chacun des arrangements précédents, puis entre les deux premières personnes, puis entre les deux dernières, et enfin à la queue. Ainsi, A, B, G deviendra 5, A, B, G; A, D, B, G; A, B, G. D.

Ge qui donne quatre manières pour chacun des six arrangements ternaires : six fois quatre font vingt-quatre arrangements.

Une cinquième personne se présente, E. Elle pourra prendre successivement cinq positions différentes dans chacun des vingt-quatre groupes de quatre. Ainsi, A, B, G, D deviendra E, A, B, G, D ; A, E, B, G, D ; A, B, J5, G, D ; A, B, G, E, D; A, B, G, D, Æl. Ginq fois vingt-quatre font cent vingt arrangements.

Avec un sixième convive, F, prenant successivement six positions dans chacun des cent vingt-quatre jirrangements précédents, on aura sept cent vingt manières différentes ; avec un septième. G, on en aura sept fois sept cent vingt, ou 5040; enfin, avec un huitième. H, prenant huit positions dans chacun des 5040, on aura 40 320 manières différentes. Ge nombre, divisé par les 365 jours de l’année, aboutit bien aux cent dix ans et quelques mois qui ont stupéfait nos dîneurs.

Tout ce qui précédé est élémentaire, mais peut intéresser beaucoup de personnes qui n’ont point fait d’études en mathématiques et qui ne se doutent pas de la croissance rapide du nombre des arrangements que l’on peut faire entre les objets, à mesure que s’accroît le nombre de ces objets. Ainsi , en admettant un neuvième convive , il faudrait 994 ans pour épuiser la série des arrangements à table. La vie des patriarches n’y aurait pas suffi. (*)

LE DÉGOUPAGE ET LA MARQUETERIE

Fin. — Voy. p. 183, 206, 224, 322.

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