LES .VRBRES. — LES HAIES
Les choses les plus agrestes en Angleterre sont plus d’à demi civilisées. Les arbres, par exemple, soit dans une haie, dans un parc , ou dans ce qu’on appelle forêt, n ont rien de sauvage. Us ne sont jamais inutiles; il y a un certain décorum dans le jet libre de leurs branches, qui pro- (') Auteur américain.
longent leur ombrage plus loin que les arbres des autres pays. Ils sont grands, vigoureux, massifs, témoignant d’une vie déjà longue, et promettant beaucoup d’autres futures années. Tout cela les rattache à la race saxonne.
N y eùt-ilrien à voir sur la route qu’une haie anglaise, cela suffirait au plaisir des yeux. Partout ailleurs on peut planter une haie; mais nulle part elle n’aura la riche et luxuriante variété de végétation qui s’accumule dans le type de la haie anglaise. Un botaniste y trouvera mille arbustes, mille herbes et plantes gracieuses que le faiseur de haies n a jamais songé à y semer. Parmi elles croissent sauvages plusieurs de ces fleurs aimables, sœurs de celles que nos vieux pèlerins ont importées d’Angleterre en Amérique, par pur amour pour leur beauté et comme souvenir de la patrie. C est un des traits touchants du caractère de ces hommes austères que les tendres vrilles de ces plantes grimpantes fussent si étroitement enlacées aux fibres de leuis cœurs, qu ils aient senti le besoin de leur faire passai la mer avec eux, et de les acclimater dans la terre nouvelle.
Si la route n’a point de haie, ce qui est rare, la plus laide clôture de bois ou de pierres se couvre ici du trâvail de la nature. Cette soigneuse mère n’y laisse rien à nu; si elle ne peut fournir un vêtement, elle donne au moins la broderie. La palissade n’est pas plutôt construite qu’elle l’adopte, l’orne et se l’approprie, comme si elle en eût tracé le plan. Une petite pousse de lierre rampé au flanc du mur, s’y cramponnant avec ses mille vrilles; une pincée de la poussière de la route , humectée par la pluie, est devenue un sol fécond ; une petite bruyère sort d’une autre crevasse. La mousse profonde, veloutée, verdoyante, s’étend sur le haut; là où rien ne veut croître, les lichens, s attachant à la muraille, en diaprent le gris monotone de teintes jaunes et rouges ; enfin toute une pépinière envahit la base du mur et adoucit l’aspérité de ses contours. A mesure qu’avec le temps apparaissent ces touches riantes, en apparence sans but, nous reconnaissons que la main bienfaisante du Créateur a daigné, par l’intermédiaire de son humble servante que nous appelons la nature, parer d’une grâce divine une institution aussi terrestre que la borne d’un enclos.
Comme grandeur, il y a de plus nobles sites dans beaucoup de pays; mais pour le pittoresque du plus petit objet qui gît^ sous sa douce ombre et sous son soleil, l’Angleterre n’a point d’égale.