CE QUE DOIT OBSERVER UN VOYAGEUR
Fin. — Voy. p. 354.
Boissons. — Les boissons chez les peuplades sauvages varient à l’infini. Dans l’Asie méridionale, c’est du riz qu’on extrait une boisson spiritueuse qui fait les délices des nègres; sur la côte de Malabar, dans les Philippines, dans les îles Carolines, on a divers procédés pour fabriquer le vin de palme; dans les Indes et le royaume de Siam, la sève de l’areca catechu fermentée avec du riz donne l’arak, etc.
De même que les boissons fermentées, les narcotiques sont devenus une nécessité pour le besoin d’excitation qui est inné chez l’homme. On en fait usage dans toutes les latitudes, dans tous les pays.
Instruments de travail; Moyens de transport; etc. — Quels sont les instruments de pêche employés? Quels sont les outils usuels? Quels sont les moyens de transport par terre? Quelle est la construction des navires et des barques? Comment les dirige-t-on? etc., etc.
La vie sociale; Naissances; Les adolescents. — Il faut observer principalement de quelle manière se passent les principaux actes de la vie : la naissance, le mariage, les funérailles, et quelles sont les cérémonies qui les consacrent.
Quelles sont les cérémonies à la naissance de l’enfant? Comment se donnent les noms aux nouveau-nés?
Un usage bizarre, par exemple, est la coutume d’arracher les dents incisives aux adolescents; cette coutume est pratiquée chez des peuplades fort éloignées les unes des autres, comme les Damaras sur la côte est d’Afrique et les insulaires de quelques îles de la Malaisie.
Condition des femmes. — Achèle-t-on sa future? L’enlève-t-on de force, comme cela a lieu encore chez beaucoup de tribus de l’Amérique du Sud voisines de l’Amazone? Les mariages se font-ils dans le sein de la tribu ou bien en dehors de la tribu?
Dans les pays où est pratiquée la polygamie, y a-t-il des usages à cet égard, comme dans le royaume de Dahomey, par exemple , où le roi a mille épouses et les guerriers cent; comme dans beaucoup d'îles de la Polynésie, où le chef seul a plusieurs femmes, qui sont alors tabou (sacrées) pour tout le reste de la tribu?
La polygamie s’explique-t-elle par une réelle disproportion entre les deux sexes.
Chez toutes les peuplades arriérées, la femme est la propriété de l’époux, qui peut la vendre, la donner, à tel point que chez plusieurs peuplades le mot de mari n’existe pas et qu’il est remplacé par celui de propriétaire de la femme.
Dans ces conditions , l’existence de la femme est trésmisérable et tout à fait inférieure. Presque toujours c’est elle qui est chargée des travaux pénibles, comme d’ensemencer, de sarcler, de récolter, de préparer les aliments, d’apporter l’eau et le bois, tandis que l’homme ne se consacre exclusivement qu’à la guerre et à la chasse. Ce mépris de la femme va au point que souvent la femme est parquée à part comme le bétail. C’est ce qu’on remarque en Nouvelle-Calédonie, où dans chaque village une ou deux cases sont exclusivement affectées aux femmes et aux enfants en bas âge.
Funérailles. — Par l’observation des funérailles, on peut
se rendre compte, selon les rites qui les accompagnent, des idées qne se font les indigènes sur l’autre vie. Ainsi, chez beaucoup de peuplades, les funérailles sont accompagnées de grands repas : on s’imagine que l’àme du défunt y prend part.
Les procédés de sépulture sont également curieux à. observer. Dans beaucoup d’îles de la Polynésie, on place encore les morts dans les cavernes. Examiner alors la position qu’on donne à leur corps, les vêtements dont on les enveloppe, etc.
Religion; Culte. — On ne considère pas comme probable qu’il y ait une seule race humaine privée complètement de toute croyance à l’existence d’êtres supérieurs, soit démons, soit divinités. Néanmoins, c’est ordinairement un naturalisme grossier qui fait le fond delà religion des races inférieures , et le fétichisme ou l’adoration des êtres et des objets de la nature qui constitue la seule pratique religieuse. Souvent cette adoration se porte sur des objets inanimés auxquels le sauvage prête une intelligence supérieure à la sienne. D’autres fois, c’est la crainte qu’inspirent aux nègres certains animaux, comme les caïmans, qui les a conduits à en faire des dieux.
Ce qu’il ne faut pas négliger, c’est d’observer les croyances qui ont trait à la transmigration des âmes, et de voir à quel point est développé l’instinct de l’immortalité de l’âme.
Quelles sont les offrandes avec lesquelles les indigènes croient acheter la faveur de leurs dieux? Ordinairement c’est aux esprits méchants qu’ils s’adressent de préférence, car ils redoutent plus la puissance des dieux malfaisants qu’ils ne comptent sur l’appui des bons esprits.
Chercher à connaître les noms qui sont donnés aux prêtres et voir s’il existe un corps ou plutôt une caste sacerdotale distincte. Il est rare que chez les peuplades sauvages il y ait des prêtres proprement dits; ce sont plutôt des magiciens, des sorciers conjureurs occupés à rompre la vertu des talismans, à exorciser les mauvais esprits; et, à ce sujet, on ne doit pas oublier de prendre soigneusement note de tous les sortilèges.
Institutions civiles et politiques. — Il n’est pas de peuplade qui n’ait au moins un semblant de gouvernement. Le besoin des’entr’aiderpour la défense commune a constitué la tribu de la réunion de toutes les familles, et dans chaque tribu il y a un chef dont l’autorité est plus ou moins absolue. Souvent les tribus ont des signes distinctifs, qui servent aux membres de chaque tribu pour se reconnaître entre eux. Ce signe distinctif est ordinairement un fétiche. Chez les Indiens de l’Amérique du Nord, il prend le nom de totem, et ce totem, qui est en quelque sorte le symbole de l’ancêtre commun, est généralement un animal. Rien n’indique mieux la parenté originelle des tribus de l’Amérique du Nord que la généralité de l’usage des totems.
Castes. — Il faut observer s’il y a dans la tribu des castes diverses, si la caste inférieure ne se distingue pas de la caste supérieure par des différences caractéristiques, et surtout s’il y a mélange entre les castes.
Notions scientifiques. — Presque toutes les peuplades observent les phases de la lune et mesurent plus ou moins exactement le temps écoulé à l’aide du déplacement du soleil et de la lune dans le ciel. Quelques tribus ont des connaissances et des procédés en mécanique, par exemple, qui ont provoqué l’étonnement des voyageurs, (*)