‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 686 sur 712 · SAGESSE DIVINE · texte numérisé non relu

SAGESSE DIVINE

Il est impossible de ne pas voir dans l’ensemble de la création une Sagesse infinie qui , imposant certaines lois élémentaires à la matière, les a déterminées de telle sorte que leurs conséquences les plus éloignées fussent en harmonie avec la conservation de la vie organique et avec le bonheur des êtres raisonnables qui, après tant de siècles, devaient peupler la surface des planètes. C’est surtout dans ces résultats inattendus que brille la Sagesse éternelle, en nous étonnant par l’étendue de ses conceptions et par la précision avec laquelle elle parvient à ses fins. {‘)

UNE CONVERSATION ENTRE FOURMIS SUR l’homme.

Un jour de pluie, quelques fourmis se reposant, après dîner, dans un de leurs petits salons, se mirent à parler des hommes : c’est, paraît-il, un des sujets qui reviennent le plus souvent dans leurs entretiens. La conversation fut assez vive sans être aucunement bruyante ; on sait qu’elles ne se communiquent leurs idées qu’en se touchant les unes les autres avec leurs antennes.

Une grosse fourmi, personnage important et d’humeur critique, fit plusieurs observations amères sur ce qu’il y a de défectueux dans notre système social.

— Remarquez, par exemple, dit-elle, combien il y a de pauvres parmi eux. Est-ce qu’on voit jamais pareille chose dans la société des fourmis? Est- ce qu’on rencontre un seul individu qui, dans notre république, n’ait point sa part du bien commun?

Une jeune fourmi trouva qu’on était sévère à notre égard, et, touchant son voisin de ses antennes, lui dit :

En somme, il y a beaucoup de ressemblance entre les hommes et les fourmis. Ils se bâtissent des nids, des villes, comme nous; ils sont maçons, charpentiers, comme nous. Ils ont des vaches, nous en avons; des esclaves, nous en avons; ils font la guerre, et nous aussi.

La grosse fourmi fit un signe de pitié et répliqua :

(b Le R. P. Secchi, le Soleil.

— Je ne sais pourquoi vous prenez le parti de l’homme. A quoi sert ce gros et lourd animal? Il n’est pas seulement bon à manger. On ne voit pas vraiment pourquoi il a été créé ; on se passerait de lui à merveille.

— Tout au moins, objecta la jeune fourmi (la jeunesse est bienveillante), les hommes ont cela de commun avec nous qu’ils ont des idées et qu’ils peuvent les échanger entre eux.

— Ah ! reprit d’un air de triomphe la vieille fourrai, je vous y attendais! Quelles pensées ont-ils? Je ne sais. Mais y a-t-il rien de plus horrible au monde que leurs voix? Quels sons! quel désordre ils jettent dans le silence! J’aime presque autant l’aboiement des chiens. Il suffirait de la nécessité où les hommes sont de faire tout ce bruit de paroles à propos de la moindre chose qu’ils ont à se dire pour prouver leur infériorité et surtout la pauvreté et la lenteur de leurs idées.

Une de nos amies eut le malheur, une fois dans sa vie, d’habiter quelque temps sous le plancher d’une des salles où ils s’assemblent pour parler, et elle me disait : «Vous ne sauriez croire quel tapage ils font sans pouvoir presque jamais arriver à s’entendre! Et, très-souvent, un d’entre eux fait avec sa bouche un brouhaha de deux et trois heures pour exprimer seulement une ou deux idées... si même ce sont des idées ! »

A ces mots , toutes les antennes s’agitèrent en signe d’hilarité ; la cause de l’homme était perdue.

On vit entrer d’ailleurs une jeune messagère très-agitée : il venait de se passer dans la forêt un événement grave. (*)

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