‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 687 sur 712 · ORGUE PORTATIF ALLEMAND · texte numérisé non relu

ORGUE PORTATIF ALLEMAND

DU SEIZIÈME SIÈCLE

On eut de bonne heure l’idée de construire des orgues portatives (^). L’orgue, en effet, qui, malgré ses imperfections, rendait de si grands services dans la musique religieuse, fut appelé à jouer également un rôle important dans la musique profane et les fêtes civiles au moyen âge. Mais, pour ces dernières cérémonies, il avait besoin d’être transporté d’une place à une autre , attendu qu’il servait soit à jouer des airs ou des marches dans un cortège qui s’avançait, soit à accompagner des chœurs qui pouvaient être ambulants. Aussi chercha-t-on et parvint-on à lui donner des proportions commodes. On voit, par exemple, des orgues installées sur des chariots, avec le souffleur et l’organiste : le tableau du cortège de Maximilien (seizième siècle), par Albert Durer (®), nous montre le célèbre Hofhaimer jouant d’un orgue portatif de ce genre.

On en faisait d’une dimension encore plus petite : c’étaient de véritables orgues de chambre. On en trouve déjà des représentations sur les monuments figurés du dixième siècle. Ces instruments se composent, en général, d’un coffre sur lequel sont implantés les tuyaux d’un clavier, et d’une petite soufflerie. On jouait d’une main sur le clavier et l’on soufflait de l’autre. L’/iarmoni/Iiîte, instrument tout à fait moderne, peut faire comprendre comment la même personne jouait et soufflait en même temps.

Il y avait des orgues qu’on portait en tenant leur coffre appuyé sur le bras et contre la poitrine : on en trouve plus d’une fois des représentations dans lesminiatures qui ornent les manuscrits du moyen âge. La sainte Cécile de Raphaël, par exemple, tient un petit orgue de ce genre. Quelquefois ces orgues se posaient sur les genoux. On pouvait aussi, à

(') Imité de Brévia.

(-) Pour tout ce qui est de la théorie et de la construction de l’orgue en général, voy. notre tome XL.

C) Tome XL, p. 404.

l’aide de crocliels ou de poignées, y adapter des courroies, et les porter en bandoulière. Enlin on les plaçait tout simplement sur une table.

En dehors de la question musicale, ces orgues sont quelquefois de véritables objets d’art par les ornements, sculptures ou peintures, qui les enrichissent. Les orgues des manuscrits du moyen âge ont les formes les plus diverses et parfois les plus originales. Dans le tableau attribué à Wohlgemuth, que l’on conserve à la Pinacothèque de Munich, et qui représente une sainte Cécile, on voit un orgue portatif dessiné dans un joli style ogival. Quant à l’orgue reproduit par notre gravure, c’est certainement un des plus intéressants spéciniens que l’on ait de l’art déco- j

ratif du seizième siècle appliqué aux instruments de musique. Il servait sans doute soit dans les appartements de quelque châtelain , soit dans la chapelle de son château. Ce qu’il faut remarquer, c’est le soin qu’on a eu de le disposer en équilibre, pour ainsi dire. La condition de la décroissance nécessaire des tuyaux donnai tune forme triangulaire, incompatible avec un aspect symétrique. Le facteur a fort ingénieusement construit une façade rectangulaire , en remplissant le vide par un second triangle où sont le portrait et les armoiries du propriétaire. Des figures élégamment entourées de fleurs capricieuses et de feuillages en arabesques soutiennent et accompagnent gracieusement ces armoiries et ce portrait. Le couronnement,

Musée de Kensington, à Londres. — Orgue allemand portatif du seizième siècle. — Dessin d’Édouard Garnier.

élégant et sévére à la fois, est surmonté de pièces découpées et très-ouvragées; le même caractère se retrouve dans le coffre de la base , qui porte le clavier et le sommier et a quelque chose de discrètement et d’élégamment solide , en rapport avec les lignes et la configuration de l’ensemble

L’orgue était consacré à la musique religieuse. Aussi les volets qui serventà garantir le petit hulfet sont-ils décorés de peintures dont les sujets sont empruntés à l’Ancien Testament : l’une représente Abraham renvoyant Agar avec son fils Ismaël ; l’autre, le même Abraham se préparant à immoler son fils Isaac. Les personnages ont les -costumes de convention que leur donnaient les artistes du temps , peu soucieux de la couleur locale et de la vérité archéologique.

Presque tous les anciens buffets, même dans les grandes

orgues, étaient protégés par des panneaux du même genre qui restaient fermés tant que Ton ne se servait pas de l'instrument. On peut citer, comme exemple, le buffet d’orgue de la cathédrale de Perpignan, qui date des premières années du seizième siècle, et dont les volets peints représentent l’Adoration des mages, le Baptême de Jésus- Christ, et les quatre Évangélistes.

Quelquefois on dorait et rehaussait de filets noirs ou de couleur les tuyaux visibles du buffet. La menuiserie ellemême du buffet était peinte et dorée : telle était la décoration des grandes orgues de Strasbourg. Mais il faut avouer que ce bois doré et peint de couleurs vives produit un effet peu satisfaisant. La décoration des buffets d’orgue est certainement mieux entendue quand, plus sobre et plus sévère, elle s’harmonise avec les lignes et le style des édifices.

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