SA CORRESPONDANCE
Lors de la séance delà Société astronomique de Londres, qui, en 1828, décernait à Caroline Herschel, sœur du célèbre sir William Herscbel ('’), la médaille d’or, le viceprésident s’exprimait ainsi :
« Qui a participé aux travaux de sir William? Qui a bravé avec lui l’inclémence du temps? Qui a partagé ses privations?... Une femme; et cette femme était sa sœur. C’est miss Herschel qui, la nuit, lui servait de secrétaire ;
(') Voy. le clianolne Fr, Bernardino de Souza, Lembranças e curiosidades do valle do Amawnas. Parâ, 1873, in-8.
(-) Louis Depret, V Album de Karl.
(^) Extrait d’une conférence sur la Bienfaisance, faite à des dames par une dame. Cannes, 1875.
('*) Voy. la Table de quarante années.
elle dont la plume transmettait au papier les observations | de l’astronome à mesure qu’elles sortaient de ses lèvres; i elle qui notait les ascensions directes et les distances polaires des astres observés; elle qui, après avoir passé la nuit près du télescope, emportait à 1 aube dans sa chambre les notes manuscrites , et le matin suivant en remettait à l’observateur une mise au net ; elle qui traçait le plan des travaux de chaque veille ; elle enfin qui a aidé l’illustre astronome à conquérir son impérissable nom. ».
C’était strictement vrai ; et cependant un éloge public, même juste, et commandé en quelque sorte par la circonstance, était si adverse à miss Herschel, qu’écrivant la même année à son neveu, elle lui disait :
« Je n’ai ni le temps , ni l’envie de m’étendre sur ce sujet, sinon j’en aurais long à dire à propos du maladroit discours du vice-président. Quiconque fait ma part trop grande la fait trop petite à votre père, et ne peut que me causer du déplaisir. »
Dans une lettre d’une date antérieure , elle disait au même :
« Vous me demandez si j’a> été satisfaite de la mention que vous faites de moi dans votre Mémoire. A vous parler franchement, je vous répondrai que non. Vous attachez trop de valeur à ce j’ai pu faire ; en me louant trop, vous diminuez mon frère, car c’est lui qui a tout fait. Je n étais qu’un simple outil que, faute d’un meilleur, il avait eu la peine d’aiguiser et d’adapter à ses vastes desseins. Un peu de louange est bien venue, et j’ai conscience de lavoir méritée pour ma patience et ma persévérance, mais non pour mes talents ou mon savoir. »
Elle avait cependant découvert pour son propre compte plusieurs comètes, et fait d’utiles travaux dans les catalogues des étoiles ; mais elle cessa toute observation peu après la mort de sir William.
Sa correspondance avec son neveu sir John Herschel, qui s’étend de 1822, époque de son retour dans le Hanovre, jusqu’en 1847, un an avant sa mort arrivée en 1848, abonde en souvenirs pleins d’intérêt et d’orgueil ' sur la renommée astronomique de son frère, et sur tout ce qui s’y rattache.
Elle se réjouissait de voir le fils continuer les travaux du père. Elle vécut assez pour recevoir une copie des observations faites par sir John Herschel au cap de Bonne-Espérance , complétant le tableau des nébuleuses (*),
Lorsque le roi de Prusse lui envoya une médaille d or en l’honneur de son quatre-vingt-seizième anniversaire, Humboldt y joignitune lettre dans laquelle il lui annonçait la récente découverte de la planète Neptune. Elle ne répondit pas ; le nouvel astre lui semblait peut-être un intrus venant troubler les limites posées au système solaire par le télescope d’Herschel. Son dévouement à la science était tout personnel : c’était la gloire de son frère quelle poursuivait dans les étoiles.
La tâche avait été ardue, car l’aîné des Herschel ne s’en fiait qu’à lui-même pour la fabrication de ses instruments : la plupart étaient faits par lui, ou sous sa direction immédiate, et sa sœur l’aidait dans ces difficiles travaux matériels, pour elle peu sympathiques. ABath, en 1775, il prenait à peine le temps de manger dans les intervalles du polissage des miroirs ; à Slough , il continua les mêmes occupations sur une plus grande échelle , fabriquant des télescopes pour la vente ; ses poursuites astronomiques étaient coûteuses et ne rapportaient rien. Les opérations mécaniques de l’observatoire exigeaient non- seulement de rudes labeurs, mais exposaient à de fréquents dangers. Miss Herschel fut alitée six semaines à la suite d’une bles- (') Voy. t. II. 1834, p. 266;— t. 111,1835, p. 10; -t. IV, 1836,
sure quelle s’était faite en tombant, par une nuit noire, sur un énorme crochet dépendant de 1 appareil à mouvoir le télescope. Elle dit dans son journal :
« Je pourrais dresser une longue liste des accidents qui aui’aient pu être fatals à mon frère et à moi. Faire des observations avec une si énorme machine n’est pas sans péril, surtout quand sa sûreté personnelle est la dernière chose qui préoccupe l’observateur. »
Elle écrivait un peu plus tard : #
« 11 me serait impossible de décrire en détail tout ce qui s’est passé autour de moi durant les deux années suivantes, car elles se sont écoulées au milieu d’un complet chaos d’affaires. Au jardin, dans les ateliers, fourmillaient les ou-| vriers, les travailleurs, charpentiers, mécaniciens, serruriers, allant et venant de la forge à la grande mécanique haute de quarante pieds; et pas une vis, pas un écrou, pas un boulon , qui n’ait été fixé, taraudé, sous l’œil de mon frère. Je l’ai vu, par un soleil ardent, étendu des heures entières sur la Wre supérieure de la mécanique pendant qu’on ajustait et fixait les diverses pièces en fer du mouvement.
» A un moment donné, vingt-quatre hommes (se relevant par relais de douze) n’ont cessé de polir jour et nuit, William ne s’absentant pas d’une minute, et prenant ses repas sans s’accorder le temps de se mettre à table. » * Pendant les nuits d’hiver, l’encre gelait souvent dans l’encrier, et elle était obligée de noter les observations au crayon. Mais rien ne lassait sa patience et son dévouement.
Lors d’une excursion d’été que s’accorda William Herschell , sa sœur, restée à Slough , employa ses vacances à dépêcher quantité de travaux , entre autres le classement et le catalogue de la bibliothèque.
Écrivant à lady Herschel, en 1840, à la veille d’atteindre sa quatre-vingt-dixième année, elle rappelle les anciennes gloires du célèbre télescope de quarante pieds. Elle raconte comment toute une société de visiteurs chanta dans le tube le God save the King :
» Avant que la partie optique fût terminée , plusieurs personnes eurent la curiosité de parcourir le tube dans toute sa longueur. Le roi Georges 111 y entra, accompagné de l’archevêque de Cantorbéry. Ce grand dignitaire ayant quelque peine à avancer, le roi se retourna et lui donna la main, en disant ;
» — Venez, monseigneur l’évêque, je vous montrerai le chemin du ciel. »
Un lien important rattache les observations des Herschel aux découvertes plus récentes de l’astronomie. Une lettre de sir John signale, en 1842, « la subite apparition de trois flammes violettes, ou couleur lilas, qui semblaient émerger des bords de la lune pendant une éclipse totale du soleil. » Ce sont les proéminences couleur de rose, qui depuis, interrogées parle spectroscope , nous ont livré quelques-uns des secrets, si longtemps ignorés, de l’atmosphère solaire.