LES CONIFÈRES ET LE REBOISEMENT
Sous le nom de conifères, on comprend la plupart des espèces désignées vulgairement par les expressions vagues à'arhres résineux , arbres toujours verts.
Tels sont les pins et les sapins.
Ces deux conifères sont très-souvent confondues ; rien n’est plus facile cependant que de les distinguer.
Dans les sapins , les feuilles ou aiguilles sont toujours implantées isolément sur les rameaux.
Dans le pin, les aiguilles sont toujours engainées deux par deux, trois par trois, quatre par quatre et même cinq par cinq.
Enfin, le mélèze, qui est l’une des conifères les plus importantes, se reconnaît immédiatement à ses fines aiguilles groupées en houppes élégantes. Ces aiguilles tombent chaque hiver ; autrement dit , le mélèze n’est pas un arbre à feuilles persistantes.
Depuis un demi-siècle , les conifères ont pris une importance capitale pour le reboisement des plus mauvaises terres, les seules d’ailleurs qu’il y ait intérêt à reboiser.
Les essences feuillues indigènes, qui peuplent la ma- ‘jeure partie de nos forêts, ne donnent que des résultats médiocres ou nuis quand on les propage sur des friches brûlées par le soleil ou sur des rocailles compactes.
Il n’en est pas de même pour les conifères, qui vivent de l’air bien plus que du sol. Ces végétaux puissants s’emparent complètement du sol au bout d’une dizaine d’années; sous leur ombre, aucune plante ne peut vivre, excepté quelques champignons dans la saison humide. Le sol se couvre d’une épaisse couche d’aiguilles, qui forme à la longue un /iMmws ou terreau, dans lequel les graines des conifères se sèmeront naturellement. Quand on coupera la forêt, le repeuplement se fera de lui-même , à l’aide des graines qui lèvent déjà chaque année , mais ne peuvent prospérer sous l’ombre épaisse des conifères.
Il est d’ailleurs utile de remarquer que les forêts doivent être soumises à un véritable assolement, comme les champs en culture ; seulement, c’est par milliers d’années qu’il faut compter quand il s’agit d’un assolement forestier.
La terre se fatigue à produire indéfiniment les mêmes essences. C’est ainsi que le Danemark était autrefois couvert en grande partie d’arbres résineux, qui sont maintenant presque partout remplacés par des forêts de hêtres.
Au contraire , les forêts enfotiies et transformées en couches de lignite dans plusieurs de nos départements (notamment dans l’Yonne) n’étaient composées que d’arbres résineux. Au-dessus de ces couches de lignite vivent, depuis des milliers d’années , des fbrêts d’essences feuillues ( hêtre , charme , chêne , etc.).
De nombreuses clairières se forment souvent dans nos forêts, même quand elles sont absolument interdites au pâturage. Ces clairières sont fréquemment couvertes de jeunes chênes provenant du semis naturel. Toutefois ce peuplement devient inutile, le chêne reste le plus souvent stationnaire ; mais que des graines de genièvre viennent à tomber dans la clairière, aussitôt cet arbre résineux se propagera vigoureusement à la place du chêne; et les conifères, qui croissent beaucoup plus rapidement, arriveraient encore plus vite à prendre possession du sol.
Quand on reboise des clairières ou des champs abandonnés, à l’aide d’essences feuillues mélangées d’une façon intelligente, on n’obtient un produit passable qu’à l’âge de quarante à cinquante ans.
Les conifères permettent d’obtenir des résultats bien supérieurs, quand on connaît bien les essences et qu’on suit les règles rigoureuses, indispensables au succès des semis et plantations de conifères.
Ces règles sont d’ailleurs très -différentes de celles qu’on adopte pour les essences feuillues.
Parmi les pins, les seuls qu’on puisse recommander comme ayant été semés ou plantés sur une échelle suffisante sont les suivants ;
Le Pin maritbie. Pin des landes. Pin de Bordeaux {Pinus maritima ou Pinastei'), est un arbre de croissance rapide, qui atteint 12 mètres dès l’âge de vingt ans. A cinquante ans, il est dépassé par le Pin sylvestre et paraît toujours moins élancé que ce dernier.
Le Pin maritime se distingue immédiatement à ses aiguilles longues de 20 centimètres, d’un beau vert foncé, engainées deux par deux. Il porte des cônes volumineux remplis de grosses graines.
Cet arbre ne se plaît guère que dans nos départements du midi et de l’ouest. On l’a propagé jusque dans les environs de Paris , notamment à Fontainebleau , où il a bien réussi. Mais il suffit d’un hiver très-rude pour tuer le Pin maritime cultivé trop en dehors des conditions de sa vie normale.
C’est surtout par les semis que l’on propage le Pin maritime. Il réussit très-bien dans les landes assainies. Dés l’âge de quatre ans, les semis atteignent près de 2 mètres. A sept ans, on éclaircit de manière à laisser un mètre en tous sens entre les jeunes pins. Le produit des éclaircies est utilisé à la fabrication des fagots ou des échalas (nommés caraçons dans le Midi).
Le Pin maritime donne un bois assez médiocre et une résine abondante, de laquelle on retire par distillation l'essence de térébenthine. Le résidu de cette distillation n’est autre que la colophane, employée, comme l’essence, à une foule d’usages.
C’est à l’aide de semis de Pin maritime, abrités par des branchages fixés au sol et protégés par des semis d’autres plantes, que l’immortel Brémontier a réussi à fixer les dunes de Gascogne, qui s’avançaient chaque année sur les terres et engloutissaient des villages entiers.
Le Pin sylvestre {Pinus sylveslris) est un Pin à deux feuilles comme le précédent; mais les aiguilles, d’un vert clair, sont deux fois plus courtes et les cônes beaucoup plus petits, ainsi que les graines. Cet arbre est souvent nommé Pin du Nord, Pin de Riga , de Haguenau.
En forêt, le Pin sylvestre atteint 40 mètres et au delà, surtout dans les régions du Nord. Il fournit de bonnes mâtures et des bois de sciage excellents, désignés improprement sous le nom de Sapins du Nord. 11 se plaît dans les sables siliceux, frais et profonds ; mais il est peu difficile sur le terrain et donne encore de bons produits sur les coteaux brûlants et dans les plaines arides de la Champagne, Depuis cinquante ans, les plantations de Pin syl-
vestre ont transformé ces régions, désignées sous le nom de Champagne Pouilleuse.
Le Pin sylvestre résiste d’ailleurs aux plus rigoureux hivers, il se propage aisément par le semis. On peut aussi en faire des plantations, mais en suivant les règles spéciales dont nous parlerons plus loin.
Le Pin noir d’Autriche et le Pin L.\ricio sont encore des pins à deux feuilles, à longues aiguilles d’un vert foncé. Dans le premier, les aiguilles sont droites et roides; dans le second, elles sont toujours un peu recourbées. Ces deux espèces sont d’ailleurs extrêmement voisines, à ce point qu’on les a regardées comme deux variétés d’une même espèce. Elles conviennent toutes deux à nos climats et résistent aux plus rudes hivers.
Le Pin noir et le Laricio croissent très-rapidement, plus vite même que le Pin maritime ; ils dépassent le Pin sylvestre et atteignent en forêt 50 mètres de hauteur sur 2 à 3 mètres de circonférence. Le bois n’est pas aussi serré, aussi élastique que celui du sylvestre; il ne conviendrait pas à la mâture , mais il est propre à tous les autres usages.
Le Pin noir d’Autriche se plaît dans les terrains calcaires ; il réussit jusque dans la craie pure , et améliore promptement le sol par la chute de ses nombreuses et fortes aiguilles.
Citons encore , parmi les pins à deux feuilles , le Pin a CROCHETS [Pinus uncinata), très-bel arbre, à croissance fort lente, donnant un bois de bonne qualité. Le Pin CHÉTIF, mugho [Pinus pumilio) , est une variété qui se couvre de branches rampantes, entrelacées, et permet de tirer parti des tourbières et des marais, où il se plaît particuliérement, dans les hautes régions montagneuses.
Le Pin cembro ou alvier est un pin à cinq feuilles, commun dans le Briançonnais et les Alpes Tyroliennes, mais de croissance trop lente pour qu’il y ait intérêt à le propager.
Le Pin weymouth. Pin du lord. Pin du Canada, Pin blanc (Pm«s strobus), est encore un pin à cinq feuilles. Il prospère dans les terrains frais, assainis, sur le bord des rivières, où il peut former des plantations d’alignement. 11 ne se couvre pas de branches touffues, comme les autres pins plantés isolément, mais il file bien droit, et les branches latérales ne prennent presque pas de développement.
Il est impossible de propager en grand le weymouth, à cause du prix élevé de la graine. Il serait intéressant néanmoins de continuer des essais, car celte espèce de pin pourrait souvent remplacer le peuplier, en donnant de meilleurs produits. Le bois du Pin weymouth est blanc, à peine résineux, presque semblable au bois de peuplier.
La fin à une prochaine livraison.