UNE CHAMBRE NOIRE PORTATIVE
Notre gravure représente une petite chambre que l’on construit facilement soi-même, et qui est d’un précieux usage pour exécuter des vues de paysages.
Chambre noire portative.
On se munit d’une petite lentille de verre convexe, celle d’une lanterne magique par exemple; on en détermine la distance focale en la tenant devant une bougie allumée, dont on projette l’image sur une feuille de papier que l’on éloigne peu à peu jusqu’à ce que cette image ait une grande netteté. La distance entre la lentille et le papier permet de déterminer la dimension de la chrmbre noire. On façonne deux boîtes : l’une, MN, glisse dans l’intérieur de l’autre boîte, AB, de telle façon que l’observateur puisse prendre son point. La lentille est fixée en L. Elle projette l’image extérieure sur un miroir I placé dans la boîte et incliné à 45 degrés. Sur le haut de la boîte on découpe une ouverture carrée G, où l’on fixe une glace en verre dépoli, qui sert à copier, à calquer en quelque sorte, le paysage ou l’objet réfléchi par le miroir. L’écran m , formé d’un drap noir fixé sur un cadre, est destiné à empêcher la lumière de venir frapper le verre dépoli. L’intérieur de la chambre noire doit être peint en noir, afin de donner à l’image une remarquable netteté et une clarté particulière.
LE PIED-GRALLINA.
L’oiseau auquel on a donné le nom de pied-grallina habite l’Australie ; il y est très-répandu. Il est particulièrement intéressant par sa vivacité, par la gentillesse de ses mouvements et par sa tendance à se familiariser avec l’homme, car il visite très-fréquemment les vérandas et les toits des maisons. Ses habitudes sont cependant assez nomades ; il change de localité selon la saison , selon l’a-”
bondance ou la rareté de la nourriture qu’il recherche, et qui consiste en vers , en sauterelles , en insectes de toute sorte; mais il retourne volontiers aux endroits qu’il connaît et où il a niché. Un petit sifflement aigu, mélancolique, annonce sa présence.
Son nid est une construction très-singulière et sans analogue en Australie ; il consiste en une coupe à parois épaisses que l’oiseau fabrique avec du limon, mou d’abord, mais bientôt durci par l’air. Sa couleur varie ; elle dépend de la matière dont il est formé. Quand le petit architecte n’a à sa disposition qu’une terre noire , de peu
de consistance, et qui en se desséchant deviendrait friable, il a soin d’introduire dans sa maçonnerie des herbes, des tiges de plantes qui en assurent la solidité. 11 garnit l’intérieur de cette coupe d’une couche de graminées sèches et de plumes.
Ces nids sont établis sur une assez forte branche horizontale, qui est comprise dans la construction et sert de fondement à l’édifice ; souvent la branche choisie par l’oiseau, et qui est plus ou moins dépouillée de feuilles, s’étend au-dessus de l’eau.
Les œufs sont au nombre de deux, quelquefois de
Le Pied-Grallina ( GraUina amtralls) et son nid. — Dessin de Freeman.
quatre. Ils offrent aussi de notables différences, tant pour la forme que pour la couleur : les uns sont allongés, les autres plus ronds; beaucoup ont une teinte gris-perle, plusieurs sont d’une nuance chamois; les mouchetures dont ils sont tachés, tantôt se rassemblent sur le gros bout, tantôt se dispersent également sur la surface tout entière.
Le pied-grallina est à peu près de la taille du merle. Son plumage est mélangé de noir et de blanc ; le noir rouvre le dessus de la tête, le dos, la poitrine, une grande partie des ailes et la queue; le blanc entoure l’œil et les côtés du cou, forme une longue bande sur l’aile, se répand sur tout le ventre et remonte sur le croupion. La femelle
a, en outre, au front et <à la gorge, une tache blanche qui manque au mâle; c’est à cette marque qu’on la distingue.
NOUVELLE
Suite. — Voy. p. 50, 61, 78.
Le placard était vide; livres, estampes et manuscrits jonchaient le carreau de la chambre.
— Combien donnez-vous de tout cela? demanda Nancy. Le marchand remua du bout de son soulier la masse de
papier ; il eut un regard de convoitise en avisant les volumes; cependant il dit d’un ton dédaigneux :
— C’est de la pauvre marchandise, bonne tout au plus à faire des cornets. Au poids, ça ne vaut que six üards le demi-kilo; à vue de nez, je donne cinq francs du tas tel qu’il est.
Il nous en faut dix, riposta vivement la voisine, tandis que la jeune mère, désolée de l’offre insuffisante du marchand, était retournée auprès du lit de sa fille et la contemplait avec terreur.
— Voulez-vous cinq francs dix sous? reprit l’Auvergnat. — Non, dix francs, insista la voisine ; c’est à prendre ou à laisser.
— Je prends le lot pour six francs, mais je ne mets pas un centime de plus.
Soit, six francs; donnez! s’écria Nancy, revenant la main tendue pour recevoir le prix des médicaments qui devaient soulager Valentine.
Le marchand poussa un feint soupir de regret en comptant les six francs qu il se reprochait intérieurement d’avoir offerts avec trop de précipitation. Pendant qu’il entassait les livres et les cahiers dans son sac, la voisine était ledescendue chez le pharmacien, d’où elle revint si prpmptement que l’Auvergnat, attelé aux brancards de sa petite charrette, recommençait seulement k crier dans la rue :
« Avez-vous de vieux papiers à vendre ! « Et déjà Nancy avait administré à son intéressante malade la première des potions ordonnées par le docteur.
Pierre Jousselin ne rentra que vers la tombée du jour; sa femme eut à lui annoncer une heureuse nouvelle : la fièvre s’était calmée, et depuis quelque temps l’enfant dormait d’un sommeil paisible.
— Tout va bien, dit l’ouvrier, car j’ai trouvé de l’ouvrage ; par exemple, je ne suis embauché qu’à partir cfe lundi, pour commencer la semaine.
— D’ici là? demanda Nancy.
— Sois tranquille, j’ai reçu une avance.
— De ton nouveau patron ?
— Non, mais d’un mécanicien ajusteur à qui j’ai parlé de mon système de chauffage... Il consent à s’associer avec moi... Mais il faut que je rassemble mes notes, que je les recopie ; l’affaire sera conclue dés que j’aurai refait mes calculs et trouvé un dernier chiffre qui me manque encore.
D alla vers le placard, et vit sur- la cheminée des fioles de diverses grandeurs.
Tu as lait des dettes, dit-il en souriant à sa femme.
— On a refusé de me vendre à crédit... j’ai payé. Très-bien, répondit-il machinalement, sans se demander comment elle avait pu se procurer de l’aro-ent' et il ouvrit le placard. Il recula, comme frappé d’étourdissement, à la vue de la place vide.
— Mes livres, mes manuscrits, où sont-ils?
L’enfant allait mourir, répondit la pauvre mère en tressaillant ; j ai tout vendu pour acheter les remèdes qui Pont sauvé. ‘
Le regard de Pierre Jousselin flamboya, et ce fut d’une voix étranglée qu’il s’écria :
; — Tu as fait cela?
Eh bien, oui, je 1 ai fait ! répliqua Nancy; indignée que la pensée du danger de mort de sa fille ne l’emportât pas sur les autres préoccupations de l’inventeur. C’est la première fois, ajouta-t-elle, que ces malheureuses paperasses auront été bonnes à quelque chose.
Mais ce que tu as vendu, c’est mon sang, c’est ma force , c’est ma vie , c’est mon âme !
Et Pierre Jousselin regardait sa femme avec égarement • il secouait ses frêles poignets à les briser sous son étreinte!
— J aurais tout soufl'ert, murmura Nancy; mais il s’a gissait de Valentine, aucun sacrifice ne pouvait me coûte.?
L ouvrier n’écoutait pas, ne comprenait rien; il disait des mots sans suite ; sa voix avait la terrifiante sonorité du rae de 1 agonisant; tout son corps tremblait, et ses prunelles nageaient dans un fluide qui les faisait briller d une clarté sinistre.
Alors Nancy se demanda si en sauvant sa fille elle n’avait pas sacrifié son mari. Elle se laissa glisser lentement aux genoux du malheureux, et, les mains jointes, elle le regarda sans oser dire un mot.
Pierre Jousselin serrait son front à deux mains ; un cri sourd sortit de sa poitrine comprimée , ses jambes fléchirent et il tomba évanoui sur un escabeau. Quand les soins de Nancy 1 eurent rappelé à la vie, il regarda sa femme comi^ s il ne la reconnaissait pas ; puis, lui montrant du doigt le placard ouvert et vide, il poussa un éclat de rire •
1 inventeur était fou.