‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 85 sur 712 · LES JEUX UTILES · texte numérisé non relu

LES JEUX UTILES

Les jeux des enfants ont plus d’importance qu’ôn ne leur en attribue en général. Ils sont quelquefois une révélation de leurs goûts, de leurs aptitudes naturelles; ils sont le plus souvent une imitation des exemples qu’ils ont sous les yeux; ils sont toujours un commencement d’habitudes. Une petite fille qui verra dans sa famille des mœurs simples et laborieuses, prendra plaisir à faire elle-même les vêtements de sa poupée, et ainsi se formera à l’adresse et au travail, tandis qu’une autre, témoin d’une vie de luxe et d’oisiveté , voudra pour la sienne des toilettes toutes faites qui ne lui coûteront aucune peine et qu’elle ne songera qu’à changer pour de plus belles. Cette dernière contractera en jouant des dispositions à l’inertie, à l’inconstance et à l’ennui. Les jouets les plus communs, les moins compliqués, ceux qui sont de- simples matériaux exigeant, pour prendre une forme et un sens, de l’initiative, de l’application, de l’industrie, sont les meilleurs. Qui n’a observé que du sable, de la terre, des morceaux de bois, qui ne sont rien par eux-mêmes, mais qui se prêtent à tout, sont pour les enfants d’inépuisables sources d’amusement?

Les pauvres enfants des campagnes sont, sous ce rapport, mieux partagés que ceux des villes, et c’est une heureuse compensation de tant d’avantages qui leur manquent. Ils s’amusentplus et mieux. Les jouets qu’ils désirent, ils les créent, et le plaisir de l’effort s’ajoute au résultat obtenu. Les enfants du jardinier jouent à bêcher des plates-bandes, à tracer des allées, à semer des graines, à planter avec ordre des rameaux en guise d’arbres dans un petit terrain qui prend à leurs yeux les proportions d’un parc ou d’un verger. Ceux du ’Dûchepon se construisent une hutte sur la lisière d’un bois; les garçon-s, qui déjà manient la serpe

et la hachette , taillent et dressent les supports , fixent les traverses avec des liens d’écorce, forment le toit de quelques brassées de copeaux ou de fougères sèches , tandis que les fillettes allument un feu de broussailles et font

cuire des pommes de terre arrachées du champ voisin , ou des châtaignes ramassées sous'la futaie. Entre les mains du petit paysan, le jonc et l’osier deviennent des paniers, des corbeilles; les rameaux de saule ou de noisetier se

Les Enfants du bficheron. — Composition et dessin d’Alfred Beau.

transforment en sifflets; le talus sablonneux du fossé se creuse en fours, en cavernes; la terre et les pierres s’élèvent en maison ; le ruisseau, rétréci par un barrage, précipite son cours ou, coupé par des rigoles, se répand dans la prairie. Ainsi l’enfant fait par plaisir ce qu’il fera

un jour par devoir ; ses jeux sont une sorte d’éducation qu’il se donne à lui-même , un apprentissage volontaire de la vie qu’il est appelé à mener plus tard.

LES ENNEMIS DES LIVRES

Voy. t. XLII, 1814, p. 187.

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