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AU SIÈCLE DERNIER

Nous donnons, page 104, deux pièces forgées provenant d’une ville secondaire de la Hongrie, Temesvar, capitale du banat de ce nom. Ces deux pièces sont, l’une du temps de Marie-Thérèse, et l’autre d’une époque quelque peu plus ancienne. La première est une penture intérieure de la porte principale de la cathédrale catholique ; la seconde, une enseigne de cabaret. C’est surtout par la perfection du travail du forgeron - ciseleur que se distingue la penture, et par la composition élégante du dessin et la finesse déliée du ciseau que se recommande l’enseigne. De remarquables spécimens d’un art certainement en décadence aujourd’hui, sont fort répandus en Europe, et nous avons tiré ceux-ci d’un des pays les plus éloignés des grands centres artistiques, c’est-à-dire de la France et de l’Italie, pour faire mieux comprendre à quel point les bonnes traditions et les excellents procédés de la renaissance s’étaient encore conservés dans toute l’Europe au siècle dernier.

(') Avocat célèbre rie notre siècle, auteur de poésies agréables. Il était né à Amiens.

MAGASIN PITTORESQGE.

On sait que la l'erronnerie, qui ne fut jamais un métier industriel à cette époque , mais bien un art , surtout en Italie, où il avait pris naissance, reçut un magnifique développement en France au temps des derniers Valois. Tout le monde connaît le chef-d’œuvre de la ferronnerie au seizième siècle : c’est la fameuse grille du château d’Anet, qui se voit aujourd’hui au Louvre, à la galerie d’Apollon, dont elle forme l’entrée. L’Espagne a surtout

perfectionné la ciselure appliquée aux pièces forgées, dans les nombreux ouvrages connus sous le nom de sülo plateresco. La finesse des œuvres du seizième siècle, le soin apporté à leur exécution, indiquent d’abord qu’elles appartiennent à la décoration intérieure ; au dix-septième siècle, avec moins de goût et plus d’ampleur peut-être, la belle ferronnerie fut employée surtout à la décoration extérieure : on ne peut qu’admirer les grilles de la cour

Pièce forgée, à la porte d’entrée de la cathédrale catholique de Temesvar (Hongrie). ■— Dessin d’Édouard Garnier,

d’après l’album de M. Ernest Desjardins.

d’honneur, à Versailles. Puis les deux genres de décoration furent employés avec un égal succès pendant le dixhuitième siècle, jusqu’à la révolution. La fameuse table de communion de Saint-Germain l’Auxerrois était un chef-d’œuvre, dont la Renie d’architecture a donné l’ensemble et les détails pour l’instruction technique des hommes spéciaii.v. Mais la nécessité du bon marché, qui

est une des conditions essentielles de la production industrielle de nofe jours , a porté à l’art de la ferronnerie un coup dont il aura peine à se relever. Il en est malheureusement de même de la plupart des anciens arts usuels, qui, en présence d’un luxe moyen plus généralement répandu et de fortunes heureusement plus divisées, ont dû renoncer aux procédés longs et dispendieux et s’éloigner des sévères

Enseigne en fer forgé, à Temesvar. — Dessin de Garnier, d’après l’album de M. Ernest Desjardins.

traditions du passé par un compromis devenu nécessaire avec le goût public , moins pur et moins exigeant à me-« sure qu’il s’est -étendu et généralisé. De là ces écarts regrettables dans les applications détournées d’un art qui devait être exclusivement consacré à la décoration , et qui s’est fourvoyé dans la reproduction des figures : nous avons déjà un exemple avant-coureur de cette déviation du goût dans les personnages grêles et grossièrement ébauchés de l’enseigne de Temesvar. Mais ce qui a surtout compromis l’art de la ferronnerie, c’est la fonte, qui donne à bon

marché des œuvi'es lourdes , empâtées , sans lignes serrées, sans vives arêtes, n’ayant pas la qualité essentielle du métal, la solidité, ni ce qui faisait l’agrément des pièces forgées aux siècles passés, le goût et la finesse du dessin . Comment préparer une nouvelle renafesance ? Est-ce impossible? Nous ne le croyons pas; déjà de généreux efforts pour lier plus intimement l’art et l’industrie ont fait pressentir des succès dont Ton avait trop désespéré d’abord : il ne s’agit que de vouloir et de persévérer.

Paris. — TyiK>gra)jiiîo de J, Best, me des Missiuus. lu.

J.E GÉRiiKT, J. HEST,

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