LA CHANSON DU PRINTEMPS
Le ciel est d un bleu humide et profond , l’air est doux et triste; dans les rameaux d’une aubépine en fleurs, un • petit oiseau a caché son nid.
Perché sur la plus h|ute branche, l’oiseau, par ses Tome XLIII. — Avril 1875.
chants joyeux, charme ses petits, qui n’ont pas encore assez de plumes pour prendre leur essor. Il leur dit, dans son petit langage tout plein d’allégresse et de reconnaissance, comme Dieu est bon , comme il s’occupe de la plus faible de ses créatures, comme la terre*est grande et féconde, et combien elle produit de bonnes choses pour
les petits oiseaux; Il leur apprend tout doucement ce qu’ils devront savoir le jour où ils auront des ailes, sur quels arbres , sur quels arbrisseaux ils trouveront la nourriture la plus abondante.
« Quand l’homme au sarrau bleu , leur dit-il , se penchera sur sa chaiTue, et que le soc étincelant s’enfoncera dans le sol, suivez-le pas à pas, et profitez sagement des trésors que la charrue aura déterrés exprès pour vous. Oh! la belle chose qu’un champ bien retourné, où l’on trouve en abondance les vermisseaux et les insectes! Oh ! la belle chose qu’une moisson qui verdoie comme un pré au clair soleil du printemps 1 Elle est plus belle encore quand elle frissonne au soutüe de la brise d’été. Me^ chers petits, voyez comme la vie est une douce chose, et rendez gloire à Dieu qui nous l’a donnée. »
Quand l’oiseau se taisait par intervalles, les petits, du fond de leur retraite , entendaient le bourdonnement des abeilles, le bruit des travailleurs, les mugissements des bœufs et les propos joyeux qui s’échangeaient de loin pardessus les haies ; car les cœurs étaient à la joie; la moisson promettait d’être belle, les arbres étaient tout blancs de fleurs ; il faisait bon à vivre pour tout le monde.