HENRI, GEORGE
GEORGE. Voilà votre oncle libre enfin, et bien heureux à ce que je vois.
IIEIVRI, qui pend' int toute la fin de la scène précédente est resté plongé dans ses reflexions. Pardon , sire, votre majesté a daigné m'adresser la parole,..
GEORGE, souriant. Je vois que mon nouveau ministre est sujet aux distractions.. il n'y a pas de mal... cela passe souvent dans les affaires, pour de la gravité ou de la piofondeur... Je disais que Walpole est enchanté de vous... car il craignait d'abord un refus... il me l'avait formellement annoncé!
HENRI. C'est vrai, sire, j'y étais décidé, je me l'étais bien promis !
GEORGE. Quoil sincèrement, vous aviez l'intention de résister aux désirs de votre oncle... aux volontés de votre roi... Ce projet se rattachait- il à des considérations d'état?
HE^RI. Non , sire !...
GEORGE. A quelque système que depuis vous avez abandonné?
HEIMRI. Non, sire... et je demanderai à votre majesté la permission de ne pas lui faire connaître les motifs qui m'ont déterminé !
GEORGE. Et pourquoi donc?
HENRI. Ils lui paraîtraient peut-être peu dignes de la gravité qu'elle a droit d'attendre de son ministre.
GEORGE. Eh! mon Dieu, détrompezvous! la gravité m'ennuie à périr, et je suis trop heureux d'y faire trêve : ainsi donc... parlez sans crainte.
HCîVRl. Eh bien! sire, j'en conviens, je voulais d'abord refuser... mais une personne qui a tout pouvoir sur moi! a éveillé dans mon cœur des sentimens d'ambition et de gloire qui ont triomphé de
mes craintes, et m'ont décidé à accepter...
GEOREG, souriant. De l'air dont vous dites cela... je parie que cette personnelà est une femme!...
HENRI. C'est vrai .
GEORGE , souriant. Je l'avais deviné.
Vous comprenez qu'avec votre oncle )> ne pouvais parler que d'affaires d'état : la sévérité de son âge et de son caractère... Et puis, c'est le chau)pion de la reine... son défenseur! Il lui est tout dévoué... et moi aussi! car je la respecte et l'aime avant tout; mais à la jnoindre confidence il se serait cru, en sujet fidèle, obligé à des sermons , à des remontrances... c'est gênant... c'est ennuyeux. .. tandis qu'entre nous...
II sourit.
HENRI , aoec respect et étonnement. Qui , moi, sire!...
GEORGE, ai>ec bonté. Croyez-vous donc qu'un roi ne puisse jamais descendre des hauteurs de la politique ou de l'étiquette... Croyez-vous donc que souvent, au fond du cœur, il ne désire pas mi ami à qui il puisse confier ses peines?...
HENRI. Que dites-vous?
GEORGE, soupirant. Que moi aussi...
mon cher Henri, j'aurais peut-être là (mon" trant son cœur^ plus d'un chagrin... {Avec bonté.) Mais il s'agit de vous ! je vois que vous aimez... que vous êtes amoureux...
HENRI. A en perdre la tête.
GEORGE, gaimeni. Je conçois cela... Et vous êtes heureux ?
HENRI. Hélas! non... elle m'aime... elle me le dit... et elle refuse ma main.
GEORGE , de mente. Ce n'est pas possible.
HENRI. Elle refuse d'être à moi !
GEORGE, «cec ahandon. Eh bien! moi, c'est tout le contraire...
HENRI. En vérité!
GEORGE, vivement. C'est comme je vous le dis I... Et voyez donc désormais quelle existence, quel bonheur sera le nôtre .. Nous nous dé!a.sserons des affaires publiques en parlant de nos chagrins... ce sera délicieux... Moi qui redoutais l'heure du conseil, je la verrai arriver maintenant avec plaisir.
HENRI. Et moi qui tremblais d'être ministre !...
GEORGE. Vous voyez bien que ce n'est rien!... le tout est de s'entendre... {Lui prenant la main.) Et nous nous entendons déjà... nous nous comprenons à merveille... (.-V demi-coi K.) Dites-moi, Henri...
HENRI. C'est mon oncle !
GEORGE, à part. Quel ennui!... (Bas à Henri.) Silence devant lui !
l'ambitieux.
SCEi\E VJil.