‹ Magasin théâtralChapitre 1048 sur 1475 · BOUVARD, ALBERT · texte numérisé non relu

BOUVARD, ALBERT

BOUVADR, le reconduisant.

Vous êtes trop bon.... il n'y a pas de quoi !.... Si je puis vous offrir mes services pour quelques nouvelles publications... souscriptions.... DESGAUDETS, en Sortant.

Non, je vous remercie.

BOUVARD

Ce Monsieur que vous avez sauvé me fait l'effet d'un harpagon il pouvait bien m'acheter quelques nouveautés... mes dernières, dont l'édilion est encore intacte, et quand il m'aurait élrenné...

ALBERT

C'est un philosophe !

[BOUVARD

Dont la philosophie consiste à ne pas payer.

C'est celle de bien du monde... (S'adressant à Bouvard.) C'est donc à M. Bouvard en personne que j'ai l'honneur déparier?..,

BOUVARD

Moi-même ! Napoléon Bouvard , libraire-éditeur.

ALBERT

Je venais chez VOUS, lorsque j'ai rencontré ce »* Monsieur. Je vous suis adressé par une digne et excellente femme, la veuve du général de Saint- Avold, avec qui vous avez eu déjà quelques relations !

BOUVARD

C'est vrai ! je lui ai acheté dos livres, des manuscrits, provenant de la succession de son mari.

ALBERT

Ouvrages de stratégie ou de mathématiques.

BOUVARD

Non ! des Mémoires do lui ?

ALBERT

J'ignorais qu'il en eût écrit.

BOUVARD

Mémoires du plus vif intérêt sur diverses expéditions en Algérie, détails inédits et véridiques , documents précieux pour l'histoire. On m'en demandait six cents francs... Vous comprenez que dans le commerce cela ne les valait pas, il s'en faut. Mais une veuve!.... une mère de famille.... et puis la gloire nationale... les derniers débris de notre vieille armée... cela m'a attendri... j'en ai donné cent écus.

ALBERT, avec indignation.

En vérité!...

BOUVARD

Je lésai donnés... avec attendrissement! et comptant... quoique mon habitude soit de ne jamais payer un manuscrit.

ALBERT, souriant avec ironie.

Eh mais' vous êtes dans le genre du Monsieur de tout à l'heure !... la même philosophie !

BOUVARD

La philosophie du commerce !

ALBERT, lui présentant un manuscrit.

Et moi. Monsieur, qui recommandé par madame de Saint-Avold, venais vous proposer uq recueil devers...

BOUVARD

Je n'achète pas de vers ; on y a même renoncé dans la librairie.

ALBERT

C'est flatteur pour les poètes !

BOUVARD

Il y en a tant ! tous les premiers... on ne sait comment les classer. Il y a tel nom cependant... (Lisant la première feuille du manuscrit.) Et le vôtre^ Monsieur... Albert d'Angremont.

ALBERT, secouant la tête.

C'est bien obscur...

BOUVARD

Il y a un de ! c'est quelque chose pour moi qui n'imprime que les ouvrages des gens titrés !... Je suis le libraire du faubourg Saint-Germain, l'éditeur des grandes dames, princesses, duchesses ou baronnes; des comtes^ marquis et vicomtes, dont les noms et les chiffres élincelleni sur la devanture de ma boutique... qui se trouve ainsi comme armoriée... c'est honorable... c'est flatteur!...

ALBERT

Est-ce aussi productif?

BOUVARD

Certainement! D'abord, comme je vous l'ait dit. Monsieur, je ne paie jamais. [Sinclinant d'un air gracieux.) Ce sont les conlàditions que je vous proposerais. Le noble auteur se charge des frais d'impression , ce qui est peu de chose, et des frais d'annonces, ce qui est un peu plus considérable... En revanche, j'écris à tous les journaux, ce que je ferai pour vous, si vous le désirez: La librairie Bouvard vientd' acquérir, moyen-

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