ACTE I, SCÈNE V
nant cinquante ou cent mille francs... c'est à votre choix... le délicieux recueil de poésies de M.Albert d'Angremont... si impatiemment attendues.
ALBERT, cherchant à se modérer et s efforçant
de sourire.
Je comprends, Monsieur... c'est un pulT!
Comme vous dites!
ALBERT, à part.
Est-ce que mon vieux Monsieur aurait raison?..
BOUVARD
Nous avons de plus, à l'usage de la littérature blasonnée et millionnaire, les ouvrages satinés, coloriés, illustrés, par nos premiers graveurs... c'est coûteux, mais c'est beau.
ALBERT
Et vous en vendez?
BOUVARD
Distinguons? on m'en prend... dans la société du poète... dans sa famille... souvent l'auteur luimême... quand il veut avoir une seconde édition... ce qui arrive presque toujours dans mon illustre clientèle... la gloire revient cher! fmais quand on est riche... quel plus bel usage peut-on faire de sa fortune.
ALBERT
Je ne suis pas riche, Monsieur.
BOUVARD, lui rendant froidement son manuscrit.
Ah! vous n'êtes pas... c'est différent... il faut attendre alors que la gloire vienne d'elle-même et toute seule... c'est plus long... surtout quand il s'agit de vers... Ah ! si vous écriviez bourgeoisement... en prose... ne vous récriez pas ? il y a des gens de qualité qui en usent et très bien, sans déroger ! et un petit roman... en douze ou quinze volumes!..
ALBERT
J'en avais commencé un, non pas si formidable... en Afrique, au bivouac et au milieu des coups de fusil ; rien que pour tuer le temps !
BOUVARD
Aujourd'hui précisément, les idées sont tournées du côté de l'Algérie, et si vous voulez que nous en causions... pardon ! (Écoutant.) J'ai cru entendre une voiture... (Allant regarder du côté de la rue.) Celle de monsieur le comte de Marignan. Daignez vous asseoir... je suis à vous dans l'instant.
ALBERT
C'est trop juste... ne vous dérangez pas... d'autant que monsieur le comte de Marignan me paraît un personnage...
BOUVARD
Vous ne le connaissez pas?
ALBERT
Je suis le seul sans doute !
BOUVARD
Homme d'état ! et homme de lettres! immensément riche ! quoique jeune encore, membre de
deux académies ! de plus on lui promet une ambassade par-dessus le marché !
ALBERT, s'asseijant à la table à droite. Vous êtes son ami ?
BOUVARD
Je m'en vante!., autrefois son secrétaire et aujourd'hui son éditeur.
Aux conditions dont vous parliez...
BOUVARD
Jamais. d'autres! je tiens à mes principes... (S' élançant au-devant du comte qui entre en ce moment.)
WVyé W^VVV\WWVWWVVV\V\V\WVW\VVX\XV\V\V* \'V\\VVV\W\\V\W'\'VX\