BOUVARD, MAXENCE, ALBERT
MAXENCE, l'arrêtant.
Eh ! Dieu me pardonne! Albert d'Angre-
mont !
ALBERT
Maxence!... (Us se jettent dans les bras l'un de l'autre.)
BOUVARD
Tiens !... ils se connaissent !...
MAXENCE
Toi de retour!... Qu'es-tu devenu depuis cinq ans?
ALBERT
Je n'ai pas quitté l'Afrique,
MAXENCE
Je n'ai pas quitté Paris. (A Bouvard.) Tous deux élèves de Sainl-Cjr, nous sommes sortis ensemble de l'École.
ALBERT
Et nous devions ensemble faire oos premières
campagnes...
MAXE.NCE.
C'est vrai ! mais dès que j'ai eu essayé, de la vie parisienne et des divinités de l'Opéra, j'ai renoncé àjla gloire militaire... j'aime trop mes aises, et j'ai dit adieu à la pairie de Jugurtha et d'Abdel-Kader.
ALBERT
Où tu commençais bien cependant... et où il y avait pour loi de l'honneur à acquérir!
MAXENCE
Je ne dis pas non ! maisil y faisait trop chaud!... tandis qu'ici...
BOUVARD
Monsieur le vicomte de la Roche-Bernard a raison I quand on est comme lui gentilhomme, quand on a une haute naissance... et une immense fortune...
MAXENCE, avec impatience.
C'est bien !
BOUVARD
Ouand on peut, commme capitalislc... rogner
à la Bourse! commander à la hausse et a la
baisse...
ALBERT
Ah ! lu joues à la Bourse...
il faut bien s'occuper !.. {Vivement.) Et toi, estu toujours amoureux?
ALBERT
Toujours !
MAXENXE.
Comme il y a cinq ans ?
ALBERT
Plus encore !...
BOUVARD, à demi-voix en riant.
Je ne m'étonne plus alors s'il ne voit pas juste... et si sa têle...
MAXENCE, à Bouvard.
Amour ardent... véritable et discret... car il n'a jamais voulu, môme à moi... me confier le nom de sa passion... {A Albert.) Mais tu ne parlais que pour acquérir gloire et fortune... pour revenir digne d'elle ! as-tu réussi ?
ALBERT
Eh ! mon Dieu non! celle que j'aime, par malheur, est belle... jeune... riche... d'une illustre famille.
MAXENCE
Tant mieux. Tu ne pouvais mieux choisir.
ALBERT
Et moi... malgré le de {Montrant Bouvard.) que Monsieur a découvert à mon nom, je suis fils d'un pauvre et honnête avocat de province, qui m'a laissé cent louis de renies en terres, plus, ma paie de capilaine ! voilà mon revenu ! et tant que mon sort ne changera pas, comment me présenter? comment oser me déclarer?
MAXt-NCE.
Tu t'effraies d'un rien. Je t'atteste (J'abord, moi,
. gentilhomme, que dans la société actuelle... il n'y a plus ni rang... ni naissance... égalité complèle.
BOUVARD
Tous les Français sont égaux.
ALBERT
Je le sais!... devant la loi.
MAXENCE
Non, devant la fortune! Sois riche, tous les obstacles disparaîtront ! sois riche... on t'accordera les plus beaux partis de la France... il s'agit donc seulement de t'enrichir.
ALBERT
Et comment ?
MAXENCE
Je te le dirai si tu veux !
BOUVARD
En un jour, en une heure, cela dépend de M. le vicomte !
ALBERT
En vérité!
A propos de cela, Bouvard... voici ce qu'on m'a demandé pour vous... deux promesses de chemins de fer.
BOUVABD.
Que deux ! j'en espérais dix!... car c'est de l'or en barres.
MAXENCE
Je n'en ai pas davantage. Je n'en ai plus, je venais le dire à M. de Marignan ; on m'avait assuré, à son hôtel, que je le trouverais encore ici.
BOUVARD
Il nous quitte pour le conseil d'État où je dois même lui remettre le reste de ses épreuves.
MAXENCE
Eh bien ! vous lui direz en même temps que je vais, de ce pas, porter les derniers coups ; voir notre homme, notre grand capitaliste!...
BOUVARD
Celui dont le nom, disait-il, doit faire réussir l'alfaire. |
MAXENCE
Précisément.
BOUVARD
J'y cours!... Quel dommage! rien que deux actions! Il n'y aurait pas moyen... d'en avoir une demi-douzaine de plus.
MAXENCE, avec impatience.
Impossible !... je vous dis qu'on se les arrache.
C'est bien pour cela ! {Il sort.)
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