‹ Magasin théâtralChapitre 1053 sur 1475 · BOUVARD, MAXENCE, ALBERT · texte numérisé non relu

BOUVARD, MAXENCE, ALBERT

MAXENCE, l'arrêtant.

Eh ! Dieu me pardonne! Albert d'Angre-

mont !

ALBERT

Maxence!... (Us se jettent dans les bras l'un de l'autre.)

BOUVARD

Tiens !... ils se connaissent !...

MAXENCE

Toi de retour!... Qu'es-tu devenu depuis cinq ans?

ALBERT

Je n'ai pas quitté l'Afrique,

MAXENCE

Je n'ai pas quitté Paris. (A Bouvard.) Tous deux élèves de Sainl-Cjr, nous sommes sortis ensemble de l'École.

ALBERT

Et nous devions ensemble faire oos premières

campagnes...

MAXE.NCE.

C'est vrai ! mais dès que j'ai eu essayé, de la vie parisienne et des divinités de l'Opéra, j'ai renoncé àjla gloire militaire... j'aime trop mes aises, et j'ai dit adieu à la pairie de Jugurtha et d'Abdel-Kader.

ALBERT

Où tu commençais bien cependant... et où il y avait pour loi de l'honneur à acquérir!

MAXENCE

Je ne dis pas non ! maisil y faisait trop chaud!... tandis qu'ici...

BOUVARD

Monsieur le vicomte de la Roche-Bernard a raison I quand on est comme lui gentilhomme, quand on a une haute naissance... et une immense fortune...

MAXENCE, avec impatience.

C'est bien !

BOUVARD

Ouand on peut, commme capitalislc... rogner

à la Bourse! commander à la hausse et a la

baisse...

ALBERT

Ah ! lu joues à la Bourse...

il faut bien s'occuper !.. {Vivement.) Et toi, estu toujours amoureux?

ALBERT

Toujours !

MAXENXE.

Comme il y a cinq ans ?

ALBERT

Plus encore !...

BOUVARD, à demi-voix en riant.

Je ne m'étonne plus alors s'il ne voit pas juste... et si sa têle...

MAXENCE, à Bouvard.

Amour ardent... véritable et discret... car il n'a jamais voulu, môme à moi... me confier le nom de sa passion... {A Albert.) Mais tu ne parlais que pour acquérir gloire et fortune... pour revenir digne d'elle ! as-tu réussi ?

ALBERT

Eh ! mon Dieu non! celle que j'aime, par malheur, est belle... jeune... riche... d'une illustre famille.

MAXENCE

Tant mieux. Tu ne pouvais mieux choisir.

ALBERT

Et moi... malgré le de {Montrant Bouvard.) que Monsieur a découvert à mon nom, je suis fils d'un pauvre et honnête avocat de province, qui m'a laissé cent louis de renies en terres, plus, ma paie de capilaine ! voilà mon revenu ! et tant que mon sort ne changera pas, comment me présenter? comment oser me déclarer?

MAXt-NCE.

Tu t'effraies d'un rien. Je t'atteste (J'abord, moi,

. gentilhomme, que dans la société actuelle... il n'y a plus ni rang... ni naissance... égalité complèle.

BOUVARD

Tous les Français sont égaux.

ALBERT

Je le sais!... devant la loi.

MAXENCE

Non, devant la fortune! Sois riche, tous les obstacles disparaîtront ! sois riche... on t'accordera les plus beaux partis de la France... il s'agit donc seulement de t'enrichir.

ALBERT

Et comment ?

MAXENCE

Je te le dirai si tu veux !

BOUVARD

En un jour, en une heure, cela dépend de M. le vicomte !

ALBERT

En vérité!

A propos de cela, Bouvard... voici ce qu'on m'a demandé pour vous... deux promesses de chemins de fer.

BOUVABD.

Que deux ! j'en espérais dix!... car c'est de l'or en barres.

MAXENCE

Je n'en ai pas davantage. Je n'en ai plus, je venais le dire à M. de Marignan ; on m'avait assuré, à son hôtel, que je le trouverais encore ici.

BOUVARD

Il nous quitte pour le conseil d'État où je dois même lui remettre le reste de ses épreuves.

MAXENCE

Eh bien ! vous lui direz en même temps que je vais, de ce pas, porter les derniers coups ; voir notre homme, notre grand capitaliste!...

BOUVARD

Celui dont le nom, disait-il, doit faire réussir l'alfaire. |

MAXENCE

Précisément.

BOUVARD

J'y cours!... Quel dommage! rien que deux actions! Il n'y aurait pas moyen... d'en avoir une demi-douzaine de plus.

MAXENCE, avec impatience.

Impossible !... je vous dis qu'on se les arrache.

C'est bien pour cela ! {Il sort.)

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