‹ Magasin théâtralChapitre 1058 sur 1475 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

ANTONIA, DESGAUDETS, CORINNE.

DESGAUDETS, à part, ejitrant en rêcanl.

Il ne faut jamais différer l'exécuiion des bonnes affaires, et j'ai voulu, avant de rentrei, prendre des renseignements positifs sur le neveu de mon ami d'Angremont. C'est décidément un excellent jeune homme que mon nouvel ami... Des talents, du cœur, delà franchise... trop peut-être, il se formera!... De plus un petit patrimoine réel et assuré... cent louis de rentes en terres... et non pasen actions. Voila une réunion de qualités bien rares par le temps qui court... et le plan que j'ai formé, pour lui, me sourit,.. {Apercevant Antonia qui vient à lui.) Ah! pardon, ma ebère Antonia, je ne vous voyais pas...

ANTONIA

Je voudrais vous consulter. Monsieur sur une lettre que mon frère vient de m'envoyer...

DESGAUDETS.

Plus tard, ma chère pupille... si vous voulez bien le permettre... j'ai d'abord à traiter avec ma fille une question importante !...

ANTONIA

Et elle aussi!...

CORINNE, qui s'est assise devant la table. Oui, mon père...

DESGAUDETS.

Cela se rencontre à merveille! {Il reconduit Anto7iia jusqu'à la porte à droite. Pendant ce temps, Corinne, qui s'est assise près delà table à gauche, écrit sur le livre de ses Mémoires.) CORINNE, écrivant.

« Chapitre xvii, entrevue de Corinne avec son « père. Éloquence et caractère qu'elle déploie. « Convaincu par la force de sesarguments, M. Des- « gaudets est obligé de céder et de la marier à ce- « lui qu'elle aime ! »

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DESGAUDETS, CORINNE.

DESGAUDETS, qui vient de reconduire Antonia, s'approche de Corinne qui écrit toujours. Je te dérange!... tu composes.

CORINNE, se levant.

Non, mon père... quelques mots... qui pi us tard serviront de jalons dans ma vie.

DESGAUDETS.

Tu as donc bien peur de rien en perdre?

CORINNE

Je n'en ai déjà que trop perdu, et de mes plus beaux jours, j'ose le dire...

DESGAUDETS.

Comment cela ? Je n'ai jamais contrarié en rien tes idées ni tes goûts. Certes, j'aurais mieux aimé que tu eusses une aigiiille, qu'une plume à la main ! cela me faisait peine de voir souvent ton doigt et surtout la robe tachés d'encre... mais c'était ta fantaisie... m'y suis-je opposé? non. J'aurais mieux aimé ne recevoir chez moi que de bonnes gens, d'honnêtes gens, et mon salon est le rendez-vous de tous les orgueils , de tous les ressentiments littéraires... tous amis qui se détestent; tempéraments poétiques et bilieux, que le succès d autrui rend malades, que l'envie dévore, et qui volontiers deviendraient borgnes, pour rendre un rival, aveugle. Voilà comme ils entendent les lumières... C'est là ton entourage et la cour... Cela te convient? y trouverais-je à redire/ non! car avant tout j'ai voulu que tu fusses heureuse ! et le bonheur, selon toi... c'est la liberté !

CORINNE

Non, mon père!

Tu me l'as dit cent fois.

CORINNE

Non, mon père!

DESGAUDETS.

Je l'ai lu dans tous tes vers !

CORINNE

I Ce n'est pas une raison . Il y a d'autres bonhe urs

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