‹ Magasin théâtralChapitre 1113 sur 1475 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Lapr in cesse va au-devan Id'Ath en dis à q ui le prince donnait lamain et les acteurs en redescendant le théâtre sont dans l'ordre suivant: ATHÉXAîS, LA PRINCESSE, LE PRINCE, L'ABBÉ.

LA PRINCESSE, o Athénaïs.

C'est vous, ma toute belle^ quelle bonne fortune?

qui vous amène de si bon matin ?

LE PRINCE

Un service que Madame la duchesse veut vous demander.

LA PRINCESSB.

Un plaisir de plus, l-l comment avez-vous rencontré mon mari, que moi je n'ai pas aperçu depuis avant-hier...

ATHÉNAÏS

Chez le cardinal de Fleuiy, mon oncle !

Lr, PRI.NCli.

Oui, vrain-.enl!.. le grand ministre qui nous

convernc et que j'ai connu quand il était évêquc de Fréju.=, est membre^ comme moi, de l'Académie des sciences... c'e?t aussi un savant et comme tel, je lui avais dédié mon nouveau traité de chiniie... ce livre qui a étonné M. de Voltaire luimême!.. .Jamais, m'a-l-il dit, il n'avait In d'ouvrage écrit comme cclni-là! ses propres paroles et je le crois de bonne foi !

LA PRINCESSB.

Moi aussi... mais le cardinal premier ministre...

LE PRINCE

Nous y voici. {A «» valet qui entre portant un petit coffret.) Bien ! posez là ce coiïret {Le valet pose le coffret sur la table à droite et sort.) Lo cardinal qui, comme homme d'Èlat et comme chimiste, connaît mes talents, m'avait prié de passer à son hôtel pour me confier une mission honorable... et terrible...

TOCS.

Qu'est-ce donc?

LE PRINCE

L'analy?0 scientifique et judiciaire... des matières renfermées dans ce coffret... poudre dite do succession, inventée sous le grand roi à l'usage des familles trop nombreuses, et dont la nièce du chevalier d'Eiïiat, est accusée, comme son oncle, d'avoir voulu se servir...

LA PRINCESSE, faisant un pas vers le coffret.

En vérité!

ATHÉNAÏS, de même et gaiement.

Ah ! voyons !

LE PRINCE, la retenant.

Gardez-vous-en bien? si ce que l'on dit çst; vrai, rien qu'une pincée de cette poudre dans une paire de gants ou dans une fleur, suffit pour produire d'abord un étourdissement vague, puis une exaltation au cerveau. .. et enfinundélireétrange.. qui conduit à la mort. ..c'est, du reste, ce qui sera démontré, car j'analyserai, j'expérimenterai et j© ferai mon rapport...

LA PRINCESSE

Très bien ! mais cette analyse scientifique m'apprendra-t-elle, Monsieur, ce que vous êtes devenu hier toute la journée...

LE PRINCE, bas à l'abbé.

Une scène de jalonsie affreuse...

l'abbé, de même...

Qui se prépare...

le PRINCE , de même.

Sois tranquille... {Haut à la princesse.) Ce que je faisais, Madame?., je surveillais moi-même une surprise... que je vous réservais pour aujourd'hui. {Il lui présente un êcrin.)

la prlncessk, viennent.

Qu'est-ce donc?..

LE PRINCE, à l'abbé, à voix hasse.

Voilà comme on s'y prend! cela les étourdit* les ebiouit!.. les e pii l.c (';.• voir...

ADRiErNNE LECOUVHEUR,

LA pniNCESSE, qui vient d'ouvrir l'écrin. Des diamants superbes...

LE pni.NCE, tenant toujours Valibé. Et quant à l'analyse de cette poudre diabolique... voici mon raisonnement... vois-tu bien, l'abbé...

l'abbé, à part avec un soupir.

Encore une dissertation chimique!.. (Il écoute le prince qui lui parle bas et avec chaleur.)

LA PRINCESSE

Regardez donc, ma charmante, comme ce bracelet est distingué !

ATHÉNAÏS

Et monté d'une façon si remarquable... c'est exquis!

LA PRINCESSE

Venez donc, l'abbé, venez admirer comme nous.

l'abbé.

Moi !.. admirer !.. je ne peux pas, j'écoute.

LE PRINCE

Oui, je lui explique... et il ne comprend pas... mais je vais lui montrer. (Il fait quelques pas du côté du meuble.)

l'abbé, le retenant.

Non pas... non pas... une poudre pareille, qu'il suffit de respirer... pour qu'à l'instant... j'aime mieux ne pas comprendre... Allez toujours!

(Le prince continue à parler bas à l'abbé. Tous les deux sont près de la table à droite ; pendant ce temps, Athénaïs et la princesse ont été s'asseoir sur le canapé à gauche, près de la toilette.) LA PRINCESSE, assise.

Et nous, très chère, pendant que ces Messieurs parlent science, parlons du motif de votre visite et du service que vous attendez de moi ATHÉNAÏS, assise.

Je vous confierai, princesse, qu'il y a un talent... que j'admire, que j'adore... celui de Mademoiselle Adrienne Lecouvreur.

LA PRINCESSE

Eh bien ?

ATHÉNAÏS

Eh bien, est-il vrai (comme M. le prince s'en est vanlé tout à l'heure chez mon oncle le cardinal) que iMademoiselle Lecouvreur vienne demain soir chez vous et y récite des vers ?

LE PRINCE, s'avançant vers les deux dames.

Nous l'avons invitée.

(L'abbé a suivi le prince, et les acteurs sont dans l'ordre suivant: Athena'is, sur le canapé, à gauche ; l'abbé derrière le canapé, la princesse assise près d' Athena'is, le prince debout près de sa femme.)

LA PRINCESSE

Oui, quoique je ne partage pas votre enthousiasme, ma mignonne, et que mademoiselle Duclos, chacun le sait, me semble bien supéiiouro à sa ii\ule: mais c'est une fureur ! un engouement !

tous les salons du grand monde se disputent mardemoiselle Lecouvreur...

l'abbé.

Elle est à la mode !

Cela tient lieu de tout... et comme madame de Noailles, que je ne peux souffrir, avait compté demain sur elle pour sa grande soirée, je me suis empressée, depuis huit jours, de l'inviter, et j'ai là sa réponse.

ATHÉNAÏS, vivement.

Une lettre d'elle !.. Ah! donnez! que je voie son écriture.

LE PRINCE

Vous disiez vrai ; c'est une passion réelle !

ATHÉNAÏS

Je ne manque pas une de ses représentations... mais je ne l'ai jamais vue de près... On assure qu'elle apporte dans le choix de ses ajustements un goût particulier qui lui sied à merveille... puis des manières si nobles, si distinguées...

LE PRINCE

Monsieur de Bourbon disait d'elle l'autre jour qu'il avait cru voir une reine au milieu de comédiens.

LA PRINCESSE

Compliment auquel elle a répondu par une plaisanterie fort peu convenable... C'est à cela que je faisais allusion dans mon invitation... et voici sa réponse...

LA PRINCESSE, Usunt la lettre.

« Madame la princesse, si j'ai eu l'imprudence « de dire devant M. d'Argental que l'avantage « des princesses de théâtre sur les véritables, « c'est que nous ne jouions la comédie que le « soir, tandis qu'elles la jouaient toute la journée, « il a eu grand tort de vous répéter ce prétendu « bon mot... et moi un plus grand encore de l'a- « voir dit, même en riant; vous me le prouvez, « Madame, par la franchise et la gracieuseté de « votre lettre. Elle est si digne, si charmante, elle « sent tellement sa véritable princesse, que je l'ai « gardée devant moi sur mon bureau, pour placer « la vérité à côté de la fable. J'avais juré de no « plus aller réciter de vers dans le monde; ma « santé est faible, et cela ajoute beaucoup à mes « fatigues du théâtre. Mais le moyen, à une pauvre « fille comme moi, de vous refuser? vous me croi- « riez fière !.. Et si je le suis. Madame, c'est de « vous prouver à quel point j'ai l'honneur d'être « votre très humble et obéissante servante.

« ADRIENNE

ATHÉNA'ÏS.

Mais voilà une lettre du meilleur goût... et personne de nous, je pense, n'en écrirait de mieux tournée... (Prenant la lettre.) puis-je la garder? Je ne m'étonne plus de la passion de ce pauvre petit d'Argental... le filsl

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