‹ Magasin théâtralChapitre 1114 sur 1475 · ACTE I, SCÈXE IL · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈXE IL

l'abbé.

Il en perd la tête !

LA PRINCESSE

C'est un mal de famille,., car le père, que vous connaissez, avec sa perruque de l'autre règne et sa figure de l'autre monde, s'étant rendu chez Adrjenne pour lui ordonner de restituer l'esprit de son fils, y a perdu lui-même le peu qui lui restait...

ATHÉNAÏS

C'est admirable!

Et l'histoire du coadjuteur?

Il y a une histoire de coadjuteur?

l'abbé.

Qui, trouvant dans une mansarde, au chevet d'une pauvre malade, une jeune dame charmante, lui donna le bras pour descendre les six étages... et, comme il pleuvait à verse... la força malgré elle à monter dans sa voiture épiscopale, et traversa ainsi tout Paris, conduisant quit>.. mademoiselle Lecouvreur.

ATHÉNAÏS

C'était elle !

l'abbé.

Delà, le bruit qu'il avait voulu l'enlever... Le snint homme était furieux et a juré de lancer sur elle les foudres de l'église à la première occasion ! aussi, qu'elle ne s'avise pas de mourir!

ATHÉ.XAÏS.

Elle n'en a pas envie , je l'espère. (Se levant, ainsi que la princesse.) Ainsi, à demain soir! je m'invite... pour la voir, pour l'entendre.

LA PRINCESSE

Vous viendrez? nous allons, comme vous, adorer mademoiselle Lecouvreur.

ATHÉÎUÏS

Adieu, chère princesse, je m'en vais. (Tortt le monde la reconduit. Elle fait quelques pas pour sortir, s'arrête et revient ".) A propos, savez-vous la nou\elle?

Eh ! mon Dieu non ! je n'ai à moi que l'abbé, qui ne sait jamais rien !

ATHÉNAÏS

Ce jeune étranger au service de France, que !'lii\LT dernier toutes les dames se disputaient... ce jeune fils du roi de Pologne et de la comtesse de Kœnismarck.

LA PRINCESSE - avec émotion, Maurice de Saxe!

• Les acteurs en redescendant le théâtre se trouvent piarés d.ns l'ordre suivant : l'abbé, la princesse. Athenaïs, le prince.

ATIIKNAÏS.

Est de retour à Paris !

l'adu!-;.

Permettez? le bruit en a couru, mais cela n'est pas!

ATHÉNAÏS

Cela est! je le sais par mon pelit-cousin, Florestan deBelIe-IsIc. qui l'avait accompagné dans son expédition de Courlande... ce qui était même bien inquiétant, bien effrayant... (Fixement.) pour M. le duc d'Aumont, mon mari... et pour moî^ mais enfin il est à Paris depuis ce matin... Je l'ai vu, et il revenait, m'a-t-il dit, avec son jeune général...

LA PRINCESSE

Qui, a ce qu'il parait, n'avoue pas son retour. l'abbé.

A- cause de ses dettes... il en a tant! II doit seulement, à ma connaissance, soixante-dix mille livres à un Suédois , le comte de Kalkreutz , qui, l'année dernière déjà, aurait pu le faire arrêter et qui y a renoncé, parce que où il n'y a rien...

LE PRINCE

Le roi perd ses droits !

ATHÉNAÏS

L'abbé ne l'aime pas et lui en veut parce que, l'année dernière, il lui faisait du tort dans son état de conquérant... jalousie de métier.

l'abbé.

C'est ce qui vous trompe , duchesse. Je l'aime beaucoup, car, avec lui, c'est chaque jour un© aventure nouvelle, un scandale nouveau , qui rajeunit mon répertoire... cela vous plaît. Mesdames!

ATHÉNAÏS

Fi, l'abbé!

l'abbé.

Vous aimez l'extraordinaire, et chez lui tout est bizarre. D'abord, on l'appelle Arminius ! comment peut-on se nommer Arminius?

LE PRINCE

C'est un nom saxon... tous les savants vous le

diront.

l'abbé

Et puis, un autre talisman, il a l'honneur d'être bâtard, bâtard de roi.

LE PRINCE

C'est une chance de succès I

C'est à cela qu'il doit sa renommée naissante.

ATHÉN.Vis.

Non pas, mais à son courage, à son audace! A treize ans, il se battait à xMalpIaquet sous le prince Eugène, à quatorze ans, sous Pierre-Ie-Grand, à Slralsund... c'est Florestanqui m a raconté tout cela.

l'abbé.

Il a oublié, j'en suis sûr, kwi plus bel exploit...

ADKlErSiXE LK03U\TiEl'R,

ou i=ié::n de Lille, il a enlevé, il n'avait pas douze | ans... il a enlevé...

ATHÉNAÏS

Une redoute!

l'abbé.

Non, une jeune fille nommée Rosette ATHÉNAÏS, avec admiration.

A douze ans!

l'abbé.

El quand on commence ainsi, vous jugez...

ATHÉNAÏS

Eh bien ! vous le jugez très mal, car dans cette dernière expédition que l'on dit fabuleuse et où il vient de se faire nommer duc de Courlande, l'hérilière du Irône des czars, la fille de l'impérauice, avait conçu pour lui une affection qui ne tendait à rien moins qu'a le faire un jour empereur de Russie.

Et, sansdoute, ébloui d'une conquête aussi brillante, Maurice aura tout employé...

ATHÉNAÏS

Je l'aurais cru comme vous ! Pas du tout, Florc^lan m'a raconté qu'il n'avait rien fait de ce fallait pour réussir... au contraire, il a laissé voir franchement à la princesse moscovite qu'il avait au fond du cœur une passion parisienne... Lx PRiNCBSSE, ttvec émoHon.

En vérité!

ATHÉNAÏS

Vous voyez donc bien qu'il ne faut pas toujours croire les abbés... Adieu , princesse, ON DOMKSTiQUE, annonçant.

Monsieur le comte Maurice de Saxe!

ATHÉNAÏS

Ah! il cstdilqiicje ne m't-n iraipasaujourd'hui.. je reste !

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