ACTE ï, SCÈNE
MAURICE
Ne craignez rien, la différence diminuera bientôt. Les portes bien barricadées avec tous les meubles dorés du palais... je place mes gens aux fenêtres avec leurs mousquets et ma jeune marchande avec une chaudière.,.
l'abbé.
Nous l'aviez enrégimentée aussi?
MAURICE
Sans doute. Un feu de mousqueterie dont tous les coups portaient dans la masse des assiégeants qui, après une perle de cent vingt hommes, se décidèrent enfin à l'assaut... c'est là que je les attendais; sous le pavillon de droite, le seul où l'escalade fût possible, j'avais placé moi-même deux barils de poudre, et au moment où trois cents Cosaques qui l'avaient envahi, burinent hourra et victoire... je" fis sauter en l'air les vainqueurs avec une moitié du palais.
ATHÉNAÏS
Et vous?
Debout sur la brèche au milieu des décombres,,, appelant aux armes les citoyens de Mittau que l'explosion avait réveillés,.. Les cloches sonnaient de toutes parts, et MenzicofF effrayé se retira en désordre sur son corps principal... Ah! si j'avais pu les poursuivre, si j'avais eu deux régiments français... un seulement! C'est là ce qui me manque et ce que je viens chercher.
LA PRINCESSE
Tel est le but de votre voyage?
HAC&ICË.
Oui, Madame ! Que le cardinal de Fleury m'accorde, à moi, ofticier du roi de France, quelques escadrons de houzards... le nombre ne me fait rien, la qualité me suffit, et par Arminius, mon patron, j'espère, l'année prochaine. Mesdames, vous recevoir et vous traiter dans la royale demeure des ducs de Courlande.
LA princesS'e.
En attendant, vous nous permettrez de vous faire les honneurs de notre hôtel.
LE PRINCE
Je l'invite pour demain à notre soirée. (Maurice s'incline.)
ATHÉNAÏS
Vous me donnerez la main ; je serai fière d'avoir pour cavalier le vainqueur de Mcnzicoff. (Souriant.) Et puis l'on vous réserve ici un plaisir de roi.
MAURICE
Je serai avec vous, duchesse.
ATHÉNA'fS,
Vous entendrez mademoiselle Lecouvreui.
(Mouvement de Maurice.) La connaissez-vous. Monsieur le comte?
MAURICE, avec réserve.
Oui, un peu... lorsfle mon dernier vovacrc.
ATHENAÏS.
C'est admirable. Elle a amené toute une révolution dans la tragédie... elle y est simple et naturelle, elle parle.
LA PRINCESSE
Le beau mérite !
ATHiiNAïs^ à Maurice.
Je vous préviens que madame de Bouillon no partage pas mon enthousiasme, elle est passionnée pour mademoiselle Duclos, dont la déclamation emphatique n'est qu'un chant continuel.
LA PRINCESSE
C'est la vraie tragédie.
l'abbé, Certainement! les poètes disent tous : Je chante... Je chante...
le PRINCE.
Arma virum que cano...
la PRINCESSE.
Qu'est-ce que c'est que cela?
C'est de l'Horace ou du Virgile.
ATHÉNAÏS
Ah ! l'abbé, vous devenez pédant !
LA PRINCESSE
Donc plus la tragédie est chantée... mieux cela vaut.
l'abbé.
C'est sans réplique.
athés.a'ïs.
Eh bien! moi, je m'en rapporte à Monsieur le comte ?
LA PRIN-CESSK.
Je ne demande pas mieux, qu'il prononce?
MAURICE
Moi, Mesdames? je serais un iug« bi«n peu conf»pétent. Un soldat qui ne sait que se battre,.. n% étranger qui connaît à peine *olre langue.
ATHÉN.ÙS,
Laissez donc! on prétend que vous vous formez... que vous faites des progrès étonnants, que vous étudiez nos bons auteurs. (A la princesse.) Oui, vraiment, dans la dernière campagne, Florestan l'a surpris sous sa tente, récitant seul des vers de Racine ou de Corneille.
LA PRINCESSE, fiant.
C'est fabuleux.
ATHÉNAÏS, poussant un cri.
Ah ! mon Dieu ! deux heures, et mon mari, M. le ducd'Aumont qui m'attend pour aller à Ver»
sailles.
LE PRINCS.
Depuis quelle heure/
ATHÉNA'iS.
Depuis midi.
LA PRINCESSE
Ce n'est pas trop.
ATHÉNAÏS
^'enoz-vo!:savcc nous, l'abbé? Nous îivons qdo place ù vous offrir.