‹ Magasin théâtralChapitre 1180 sur 1475 · ACTE i, SCENE li · texte numérisé non relu

ACTE i, SCENE li

LA COMTESSE

Si j'en crois même une exclamation qui vous est échappée tout à l'heure, vous l'attendez ce matin.

THÉRÈSE

C'est encore vrai. Nous avons eu cinq ou' six jours de brouillard et de pluie pendant lesquels elle a gardé la chambre; mais aujourd'hui, le temps est beau, n'est-ce pas?

Superbe !

THÉRÈSE

Elle viendra.

LA COMTESSE

Avec le bon docteur ?

THÉRÈSE

Non !.. avec son compagnon ordinaire, monsieur Léon d'Aubray.

LA COMTESSE

Son cousin?

THÉRÈSE

Ils ne se quittent point. Ne faut-il pas que mademoiselle Valentine ait un bras pour la soutenir, comme moi une main pour me guider?

LA COMTESSE

Très bien, mais celte intimité si grande n'a-telle pas son danger?

THÉRÈSE

Lequel ?

LA COMTESSE

A leur âge ?

THÉRÈSE

Eh bien ! monsieur Léon est un parti très convenable pour sa cousine.

Je croyais que son père était ruiné.

THÉRÈSE

Il a rétabli sa fortune.

LE VICOMTE

Avec celle de sa pupille. C'est bien naturel.

LA COMTESSE

J'entends le pas d'un cheval.

THÉRÈSE

C'est probablement celui du docteur Lagrange.

LA COMTESSE

Que je regrette d'être sortie à pied ! ces chemins de montagnes vous brisent. Vicomte, vous devriez aller chercher ma voiture à l'auberge, et Madame me donnerait une chambre où je me reposerais en vous attendant.

THÉRÈSE, ouvrant laporte d'une pièce voisine.

Tenez, Madame, celle-ci esta votre disposition. LE VICOMTE, à part.

Que diable veut-elle faire ici? {Haut.) Belle tante, je suis à vos ordres.

THÉRÈSE

Si Monsieur veut prendre le chemin le plus court, qu'il ouvre cette porte, là, à droite, elle donne sur 1q verger; au bout du verger, il y a une

barrière fermée par un loquet. De l'autre côté de la barrière commence un sentier qui conduit en quelques minutes au village.

LE VICOMTE

Merci, Ah! le cheval s'arrête, un homme grave en descend.

THÉRÈSE, allant au fond.

C'est le docteur Lagrange.

LE VICOMTE

Ah! c'est là ce fils mystérieux d'Esculape !

LA COMTESSE

Allez et revenez vite !

LE VICOMTE, à la comtesse.

Amènerai-je votre fille?

LA COMTESSE

Bon .'croyez-vous qu'elle ait achevé sa première toilette?

LE VICOMTE

Une toilette du matin.

LA COMTESSE

Toutes ses toilettes sont fort longues, LE VICOMTE, baissant la voix.

Il me semble que la partie de ce petit Léon est bien Hée; espérez- vous la rompre?

LA COMTESSE

Oui.

LE VICOMTE

Mais par quel moyen.

C'est mon secret?

LE VICOMTE

Vous refusez toujours de me le dire?

LA COMTESSE

Toujours.

LE VICOMTE

Je n'y comprends rien; mais votre assurance me rend la mienne. Ah! vous étiez née pour gouverner la France ! et Barras vous avait comprise î Quel dommage qu'il soit tombé ! {Il sort jmr la porte de droite. Le docteur Lagrange parait au fond.)

LA COMTESSE

Il faut que je fasse un peu connaissance avec tout ce monde-là. {Elle entre dans ta chambre que Thérèse lui a indiquée.)

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