VALENTINE, LÉON, LE DOCTEUR
LÉON
Un bon voyage, docteur?... Quoi vous songeriez à nous quitter.
LE DOCTEUR
Mes chers enfants, il le faut. Le cœur me saigne de me séparer de vous dans les circonstances où vous êtes; mais vous connaîtrez un jour les motifs de mon voyage et vous jugerez si je devais partir.
VALENTINE
Vous partez donc aujourd'hui?
LE DOCTEUR
A l'instant. J'ai envoyé Antoine à la poste...
ANTOINE, en dehors.
Monsieur le docteur, monsieur le docteur!..
LE DOCTEUR
Et tenez, je l'entends.
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SCÈNE VIL Les Précédents, ANTOINE, puis une Dame inconnue , amenée par deux paysans.
LE docteur.
Antoine, quel ce trouble?... que veut dire?..
ANTOINE
Hé, cela veut dire qu'il vient d'arriver un accident que j'avais prévu depuis jours; la diligence
de Lyon a versé en entrant dans le bourg...
LE DOCTEUR
Est-il possible ?
ANTOINE
Si bien qu'en arrivant à la poste, j'ai trouvé tout l'établissement en désordre, et je vous amène une pauvre dame qu'on venait de retirer du cabriolet. {Entre une dame soutenue par deux paysans . )
LE DOCTEUR
Elle a été étourdie de la chute; mais son état ne paraît offrir aucun danger. Les autres voyageurs n'ont rien souffert ?
ANTOINE
Non.
VALENTINE
Docteur, j'ai là mon flacon ; puis-je le faire respirer à cette dame?
LE DOCTEUR
Sans doute.
VALENTINE
Je crois qu'elle revient à elle. J'ai senti sa main qui serrait la mienne. Antoine, sais-tu où va celte dame?
ANTOINE
A Épinal.
LA DAME, revenant à elle.
Qui êtes-vous ?... Où m'a-t-on conduite ?
LE DOCTEUR
Vous êtes en sûreté, 'Madame. Ne craignez rien .
LA DAME
Comme ma tête est lourde !
LE DOCTEUR
Cela va se dissiper.
Docteur, vous allez partir : cette dame sera peut-être forcée de s'arrêter ici. Si je la faisais conduire au château?
LE DOCTEUR
C'est inutile. Dans quelques minutes, elle sera tout à fait bien. Allez, mes enfants, il est temps que vous retourniez chez M. d'Aubray; ne vous inquiétez de rien, je reviendrai à temps pour tout sauver.
LÉON
Allons, docteur, adieu.
LE DOCTEUR
Est-ce ainsi que nous nous séparons? Léon !... ma fille !... {Il les embrasse.)
LÉON
Voilà mon bras, Valentine.
VALENTINE
Non, Léon; rentrez de votre côté. Moi, je retourne, avec Thérèse, à l'aubépinier de ma mère. Nous voulons y cueillir chacune un petit bouquet.
LÉON. *-
Et votre flacon, que vous laissez dans les mains de cette dame ?
VALENTINE
Je le lui donne. {Elle sort d'un côté, Léon de
l'autre.)
LA MARQUISE D'AIJBBAY,