‹ Magasin théâtralChapitre 1211 sur 1475 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

Les pbécédents, D'AUBRAY, LA COMTESSE DE BATZ, LE JUGE DE PAIX.

LE JUGE DE PAIX, entrant, à d'Aubray.

Oui, Monsieur, c'est la nouvelle du pays. On dit que madame la marquise d'Aubray, démentant elle-même le bruit de sa mort, est arrivée au château.

d'acbray.

Nous allons éclaircir cette nouvelle étrange.

LA COMTESSE

La voici.

LÉON

Ah ! mon père, c'est vous, quel événement inespéré^ ma tante est de retour. La voilà. d'aubray, bas à la comtesse.

C'est bien elle.

LA COMTESSE, de même.

En doutiez-vous?

Oui, mou frère, c'est moi que vous revoyez. Après bien des épreuves, Dieu me ramène auprès de ma fille et de tous ceux qui me sont chers. b'aubray.

Madame:..

LA MARQUISE

J'aurais pu vous écrire pour vous annoncer mon retour; mais depuis que j'ai touché la terre de France, j'ai voyagé si rapidement qu'une lettre ne m'eût pas devancée. Vous comprenez que j'avais hâte de voir Valentine. Mon cher frère, vous avez eu bien soin d'elle ; que Dieu vous le rende !

LE JUGE DE PAIX

Je vois avec plaisir que la rumeur du pays était fondée ; mais je ne veux pas que cette réunion de famille soit gênée plus longtemps par ma présence. Je venais vous parler, Monsieur, d'un paquet qui m'a été envoyé, ce matin même, du ministère delà justice...

LA COMTESSE^ bos à d'Aubraxj.

La déclaration de Didier relative au meurtre de Corelli.

LE JUGE DE PAIX

Et qui, adressé à Paris par une personne inconnue, porte pour suscription : A madame la marquise d'Aubray. Le ministre, la croyant absente, et sachant que ce jjaquet renferme des papiers de famille, m'a donné l'ordre de l'ouvrir en votre présence; mais l'heureux retour de madame la marquise me fait considérer cet ordre comme non avenu, et j'ai l'honneur de remettre entre ses mains...

LA COMTESSE, bas à d'Aubray.

Encore une seconde d'hésitation et vous êtes perdu.

LA MARQUISE, tendant la main au juge de paix.

Donnez, Monsieur; voyons" ce que ce puui-

être?

d'aubray.

Arrêtez, Monsieur, ces papiers que j'ai tout lieu de croire insignifiants, peuvent cependant contenir quelque secret de famille ; il importe donc qu'il ne soient pas lus par une personne étrangère, et je vous déclare formellement que je ne reconnais point madame pour la marquise d'Aubray.

LA MARQUISE

Qu'entends-je?

VALENTINE

Que dit-il?

LÉON

Mon père, au nom du ciel, prenez garde. Regardez bien madame ; rappelez bien vos souvenirs. Savez-vous ce qui vient de se passer ici, tout a r heure ? Thérèse, qui ne savait pas encore le retour de ma tante, l'a r^con^ue devant nous, au j son de sa voix. Y a-t il un témoignage plus irrécusable?

LA MARQUISE D'AUBRAY

Oui, j'ai reconnu madame sur quelques paroles qu'elle a dites et je suis prête à jurer devant le tribunal et sur l'Évangile qu'elle est bien la marquise d'Aubray.

LA MARQUISE

J'ai peine à revenir de l'étonnement dont je suis frappée. Vous ne me reconnaissez pas, mon frère; là, vraiment, vous ne me reconnaissez pas?

DALBRAY.

M. le juge de paix, je n'ai pas besoin de vous faire observer que je n'ai aucun intérêt à ce que ma belle-sœur soit vivante ou morte. Ma nièce la représente et jouit de tous ses biens. J'ignore sur quels renseignements inexacts on a imaginé l'incroyable incident qui se produit, mais quel que soit le but de cette intrigue audacieuse, je suis heureusement en mesure de la déjouer Valentine, retirez-vous.

VALENTIKE.

Moi!

d'aubuay.

Je vous en prie, au besoin, je vous l'ordonne.

VALENTINE

Me faire quitter ma mère en ce moment? Ne l'espérez pas.

d'aubray.

C'est dans votre intérêt que je voulais vous voir sortir. Vous allez apprendre une vérité bien douloureuse et que j'avais résolu de vous cacher toujours. (7/ va ouvrir un secrétaire placé dans un coin. ) Vous prétendez donc, Madanne, être la marquise d'Aubray?

En vérité, je vous vois, je vous écoute et je ne puis me figurer que tout ceci soit réel. Je cherche un intérêt a votre conduite ; mais vous avez raison, il n'y en a point.

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