‹ Magasin théâtralChapitre 1224 sur 1475 · D'AUBRAY, GERMAIN · texte numérisé non relu

D'AUBRAY, GERMAIN

GERMAIN, entrant.

Monsieur le baron, une lettre,

d'aubray.

De qui?

GERMAIN

De madame la comtesse de Batz.

d'aubrav.

Bien, donnez, (Germain sort , d'Auhray ouvre la lettre et lit : )

« Mon cher baron, Je viens m' excuser auprès « de vous de ne point assister au mariage de « Léon avec mademoiselle d'Aubray. Je ne crois « pas que celte chère Valeutine soit fort contra- « riéede notre absence; depuis que nous avons « quitté le château, sa santé s'est remise ; et nous « ne pourrions reparaître à ses yeux sans jeter « quelque ombre sur son bonheur,

« J'ai reçu ce matin une réponse de la personne « à qui j'avais si vivement recommandé l'affaire « en question,

(S' interrompant.) Est-il possible ?

« Le ministre a pris une décision nouvelle, on « en ignore les termes; mais on sait qu'elle dé- « truit entièrement la première. Cette décision a "^ dû être expédiée au juge de paix, au moment « même où l'on m'écrivait: ce qui veut dire qu'il « la recevra dans la journée. Ainsi donc, avant « que cette journées'achève, vous aurez en votre « pouvoir ces papiers mystérieux dont Touver- « ture ne doit être faite que par vous, »

(7/ s'interrompt.) Ciel ! aujourd'hui, c'est aujourd'hui que finira mon supplice! Allons, la comtesse a loyalement rempli tous ses engagements : prouvons-lui que je n'ai pas oublié les miens... Ai-jelu toute sa lettre? Non, un post-scriptum :

« Ma fille est mineure, je suis élrangère et j'ai « laissé bien des créanciers à Paris. Faites faire « au nom de mon neveu l'acte dont nous sommes « convenus.

{S'interrompait encore.) Au nom de son neveu ?

« Au fond, il a toujours aitné ma fille, pauvres « tous deux, je ne pouvaisconsenlir à leur union; « mais les circonstances ayant changé, je n'ai « pas eu de peine à rétablir entre-eux la bonne « intelligence, et dans quinze jours, mon neveu « sera mon fils, »

Ah! voilà où elle en voulait venir. Le secret de sa conduite m'est expliqué. N'importe, j'ai promis, et les révélations de Didier sont toujours suspendues sur ma tête : exécutons-nous. (// s'assied et écrit.) Que dira Léon, quand il faudra lui

avouer que j'ai vendu le château d'Aubray ? Oh ! subir un reproche, un soupçon de mon fils! quelle honte et quel châtiment ! terreur vainc ! Valentine est à lui. Celte idée absorbe toutes les autres et lui met un bandeau sur les yeux. Germain ! {Germain reparaît.) Portez ces papiers chez mon notaire, et voyez en passant si tout est prêt pour le départ. Ah ! il se présentera peut-être deux femmes pendant notre absence. Vous les conduirez dans mon cabinet, où M. le juge de paix et moi nous irons les retrouver.

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D'AUBRAY, VALENTINE et LÉON, entrant par une porte latérale , LE VICOMTE entre wn moment après.

VALENTINE

Donnez-moi un siège, Léon; je ne puis aller plus loin. {Elle s'assied.)

LÉON

Vous avez épuisé vos forces à vous tenir debout pendant qu'on faisait votre toilette..

VALENTINE

C'est vrai. Pourquoi donc cette brillante toilette? ma tête est si faible queje ne puis assembler deux idées. Il me semble que je fais un songe.

LÉON

Et moi aussi, Valentine ! et moi aussi. Oh ! ne cherche pas à revenir à la réalité, ne pense pas, ne te souviens pas. J'ai si peur de voir finir mon rêve.

LE VICOMTE, s approchant.

Mademoiselle d'Aubray me permettra-t-elle de la féliciter sur son heureux retour à la santé, et monsieur Léon d'Aubray veut-il bien que je salue en lui le plus habile de tous les médecins ?

LÉON

Valentine, c'est monsieur le vicomte de Batz.

VALENTINE

0 mon Dieu !

Rassurez-vous, ce n'est pas moi qui vous épouse.

VAtENTINE.

Comment?

LE VICOMTE

Voilà votre mari.

VALENTINE

Que dit-il?., en effet, ce voile, ce bouquet de mariée... Oh! je vois maintenant, je me rappelle... Léon, votre père a eu pitié de nous ; il nous donne l'un à l'autre... mais puisqu'il est redevenu si bon, qu'il se hâte donc de faire revenir ma mère !

LA MARQUISE D'AUBRAY

LEON

Valentine, pourquoi parler de votre mère ? vous avez oublié...

VALENTINE

Quoi donc?

DAUBRAV.

Qu'elle est morte il y a six années ; et que celle qui en prenait le nom convient elle-même de son mensonge.

VALENTINE

Quoi, cette femme dont chaque parole me remuait si profondément, usurpait le nom de ma mère ! quoi, ces étreintes^ ces cris, ces pâleurs, ces larmes, tout cela n'était que mensonge ! Léon , et vous, mon oncle, l'état où je suis me rend incapable de vous résister ; vous n'abusez point de ma faiblesse? vous ne me trompez pas?

d'aubray.

Moi, vous tromper, mon enfant? Dans quel intérêt!

LÉON

Moi, vous tromper, Valentine! Ah! quel que soit mon bonheur, si je croyais que cette femme fût voire mère, je ne vous conduirais pas sans elle à Tautel.

GERMAIN, entrant.

La voiture de M. le baron est prête.

d'aubray.

Allons, ma fille.

VALENTINE

Ou allons-nous?

d'aubray.

D'abord, à la mairie, ensuite dans une chapelle ouverte exprès pour votre mariage.

LÉON

Valentine, est-ce vous qui retarderiez mon bonheur?

VALENTINE

Ah! Léon, j'ai honte d'être heureuse! ( Valentine sort, conduite par d'Aubray. Léon et le vicomte les suivent.)

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