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D'AUBRAY, LA MARQUISE

d'aubray.

Marquise d'Aubray ! . . .

LA marquise.

Ciel!

d'aubray.

Voulez-vous sauver votre fille ?

LA MARQUISE

Vous me reconnaissez donc?

d'aubr.ay.

Oui.

LA MARQUISE

Ah! merci! merci 1 {Elle lui baise les mains avec transport.)

d'aubray.

Laissez-moi! laissez-moi! Silence!

LA MARQUISE

Gomment?

d'aubray.

Je vous reconnais parce que nous sommes seuls; vienne un témoin, je ne sais qui vous êtes.

OÙ suis-je ?

d'aubray.

Êtes-vous bien persuadée que Valentine mourra si je la ramène au château pour y voir le mariage de Léon et de mademoiselle de Batz.

LA MARQUISE

Oui; j'en suis persuadée.

d'aubray.

Et si je m'engageais à lui dire : « Valentine , le mariiige avec mademoiselle de Batz est rompu; c'i'^t vous que Léon épouse, » songeriez-vous encore à la retenir 'i

LA MARQUISE D'AUBRAY

LA MARQUISE

Ah ! je m'en séparerais avec joie !

d'aubray.

Copiez ce billet; et dans trois jours, grâce à un sacrifice que je m'imposerai pour indemniser la famille de Batz, mon fils épousera votre tille.

LA MARQUISE

(Lisant le billet sans que d'Auhray le lâche. « Monsieur le baron, les incertitudes répandues « sur le sort de votre belle-sœur, et la connais- '< sance acquise par hasard de plusieurs détails de « son histoire , m'avaient inspiré l'idée d'usurper « son nom et sa fortune. Je reconnais l'impossi- « bilité de soutenir mon rôle et j'y renonce en « espérant que cette déclaration librement faite « et que je suis prête à renouveler devant les « magistrats vous engagera à me pardonner ; je « quitte ce pays et vous n'entendrez plus parler « de moi . »

n'AUBRAY.

Eh bien !

LA MARQUISE

Sortez !

d'aubray.

Malheureuse ! c'est l'arrêt de mort de Valentine!..

LA MARQUISE

Oh ! restez , au nom du ciel, restez ! grâce, grâce pour elle !

d'aubray.

Madame, cet entretien est aussi pénible pour moi que pour vous. Si mes paroles vous révoltent, vos regards me font rentrer sous terre ; écoutez donc l'arrêt que je prononce pour abréger notre commun supplice; et apprenez que soumis en le rendant à une volonté qui croit encore me faire grâce, il m'est aussi impossible de modifier cet arrêt que si c'était celui du destin. Marquise d'Aubray, voulez-vous que votre fille vive ou meure ? vous n'avez que cet instant pour vous décider.

LA MARQUISE

Me décider? A quoi? Vous me dites des choses si étranges que je ne sais vraiment plus ce que vous me demandiez. Ah ! oui, celte lettre, cette exécrable lettre, ne me la mettez donc pas comme cela sous les yeux. Vous êtes bien sûr que je ne l'écrirai jamais. Voyons, d'Aubray, parlons raison. Pourquoi refusez-vous de me reconnaître ? C'est que les comptes de tutelle vous embarrassent, n'est-ce pas ? Eh bien ! Apportez-les moi faits comme vous l'entendrez. Je signerai sans lire, est-ce convenu ?

d'aubray.

Madame, le juge de paix attend.

LA MARQUISE

Bahl c'est une vaine menace. Nous sommes

ici pour nous expliquer, pour nous entendre. Vous ne partirez pas que nous ne soyons d'accord. Ah ! ce no sont pas les comptes de tutelle que vous craignez? qu'est-ce donc alors? Il m'est impossible de vous comprendre ! J'y suis, vous m'avez parlé d'une volonté qui dominait la vôtre. C'est celle de madame de Batz, n'est-ce pas ? D'où lui vient son empire, à cette femme? De l'amour que vous avez pour elle? Non, vous étiez séparés depuis quatre ans. D'une mauvaise action que vous auriez commise ensemble. Ah ! je suis sur la trace ; vous vous troublez...

d'aubray.

Madame... on va revenir tout à l'heure.

LA MARQUISE

Comment, c'est donc sérieux? Cette lettre, vous voulez vraiment que je l'écrive?., mais c'est m'arracher le cœur et la vie, songez-y donc? D'abord, le premier effet de cette déclaration sera mon bannissement du pays et mon éternelle séparation d'avec ma fille... Je m'y résignerais peutêtre, si je devais partir bénie et regrettée par elle... mais accepter à ses yeux la réputation d'une intrigante et d'une menteuse, voir son mépris succéder à sa tendresse, c'est un sacrifice au-dessus de mes forces, et je ne conçois pas comment vous, qui êtes père, vous avez pu me le proposer. D'Aubray, vous aimez Léon, autant que j'aime Valentine; n'aimcriez-vous pas mieux mourir que d'être méprisé par lui ?

Ah ! vous ne savez pas la portée de vos paroles... méprisé par mon fils! c'est à cette crainte que je vous sacrifie.

LA MARQUISE

Que voulez-vous dire ?

d'aubray.

Rien, rien !.. adieu. Madame ; je vais ordonner qu'on emporte Valentine vivante ou morte.

LA MARQUISE

Arrêtez! je consens à tout ! je consens à tout!

daubray.

Mettez-vous à cette table, et écrivez.

LA MARQUISE

Vous me jurez que, dans trois jours, Léon épousera Valentine?

d'aubray.

Vous me jurez d'accomplir exactement les résolutions annoncées dans cette lettre?..

LA MARQUISE

0 mon Dieu ! 0 mon Dieu ! donnnez-moi la force d'achever. [Pendant quelle copie le billet, la toile baisse.)

FIN DU QUATRIÈME ACTE

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