ANTOINE, LE DOCTEURS
Quoi, c'est vous, monsieur le docteur? c'est vous qui... Ah! quelle surprise!
LE DOCTEUR
Avais-tu donc pensé que j'étais parti pour toujours?
ANTOINE
Si j'avais eu cette idée-là, je vous aurais suivi. A propos ; monsieur le docteur, revenez-vous seul ?
LE DOCTEUR
Comment! que veux-tu dire?
ANTOINE
Oubliez-vous qu'au moment de votre départ, je vous ai demandé le souhait qu'il fallait faire pour vous, et que vous m'avez répondu : Souhaite que je ne revienne pas seul.
LE DOCTEUR
Il est vrai.
ANTOINE
Eh bien?
LE DOCTEUR
Eh bien! tu vois, je reviens comme j'étais parti.
ANTOINE
C'est-à-dire que votre voyage n'a pas été heureux?
Non.
ANTOINE
Vous serez obligé d'en faire un autre ?
LE DOCTEUR
Je reviens dans ces montagnes pour n'en plus sortir.
ANTOINE
Bonne parole que celle-là.
LE DOCTEUR
Dis-moi , Valentine se marie donc avec Léon? Pauvres enfants ! le Ciel me devait cette compensation... Je viens attendre ici leur retour.
ANTOINE
Vous trouverez mademoiselle Valentine un peu changée : il est arrivé tant d'événements en votre absence! D'abord son cousin a failli épouser mademoiselle de Batz...
kCm V, SCÈNE VI.
LE DOCTEUR
Vraiment?...
ANTOINE
Ensuite... Oh! mais l'autre événement^ je vous le donnerais à deviner en mille...
Sa mère est revenue?... J'en étais déjà informé, par une rencontre assez singulière, le récit de cette affaire est parvenu au ministre de la justice, dans le moment où j'étais près de lui, racontant l'objet de mon voyage et demandant conseil à son amitié.
ANTOINE
Ah ! vous êtes l'ami d'un ministre!
LE DOCTEUR
Quel a été son avis, je l'ignore; et j'ai quitté Paris sans avoir pu le revoir. Mais ici, que se passe-t-il? M. d'Aubray s'est-il enfin décidé à reconnaître sa belle-sœur ?
ANTOINE
Non, non, c'est elle qui a renoncé à ses prétentions.
LE DOCTEUR
Comment ! que dis-tu là ? j
ANTOINE
Je vous dis qu'elle est convenue de son imposture.
LE DOCTEUR
Quoi ! elle a déclaré qu'elle n'était point la marquise d'Aubray?
ANTOINE
Elle a déclaré qu'elle n'était point la marquiso
C'est étrange!... Je connais cette dame, n'estce pas ?
ANTOINE
Sans doute : c'est elle qui est arrivée dans le pays le jour où vous l'avez quitté.
LE DOCTEUR, o lui-même.
Que croire et que faire? Je revenais ici, persuadé des droits de celte dame ; ma conviction s'ébranle à présent. Qu'ai-je appris après tout? que la marquise d'Aubray n'était pas morte sur l'écbafaud révolutionnaire; qu'elle avait passé en Amérique sur le vaisseau qui devait y porter ma fille; mais rien ne prouve qu'elle vive encore... Rien ne prouve qu'une habile intrigante, informée de sa délivrance miraculeuse, n'ait pas eu l'idée de se présenter sous son nom... Antoine !...
ANTOINE
Monsieur le docteur ?
LE DOCTEUR
Cette dame qui prétendait être la marquise d'Aubray a-t-elle quitté le pays?
ANTOINE
Pas encore.
LE DOCTEUR
[ ANTOINE
Chez ma marraine, qui s'obstine toujours a la reconnaître, malgré elle. Concevez-vous un pareil entêtement ?
Ah! elle s'obstine à la reconnaître?... Allons, je vais la voir.
ANTOINE
Vous n'aurez pas la peine d'aller bien loin : les voici toutes deux.
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