‹ Magasin théâtralChapitre 1237 sur 1475 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

DELMARRE PÈRE, DELMARRE.

DELMARRE.

Eh bien! mon père... qu'est-ce encore?... pourquoi...

DELMARRE PÈRE, SC leVOnt.

Tu veux îe savoir, soit... aussi bien, je ne saurais me taire plus longtemps... Ce qui se passe ici m'étonne et m'attriste. Je ne suis arrivé que depuis deux jours , et déjà j'ai eu à supporter les airs de fierté , d'arrogance, de votre société hautaine. Je .^uis froissé de la conduite que l'on tient envers moù D'où sient celte froideur, cette contrainte, cet acaieil glacé que ta nouvelle famille me fait, œt isolement blessant dans

lequel on me relègue avec une sorte de dédain?

DELMARRE.

Pouvez-vous supposer...

Eh ! que veux- tu que je pense? Quels motifs assigner à ces railleries mal déguisées qu'on laisse échapper en ma présence? Eh ! mon Dieu ! tout (('la me serait fort indifférent si je n'avais à trembler pour ton avenir... Que m'importe qu'on se rie de moi!... qu'on raille dans vos salons ma tournure provinciale, ma franchise trop rude!... Mais si l'on rougit déjà de nous la veille du mariage, que sera-ce demain? Ah! pourquoi n'as-tu pas voulu m'écouter, venir près de moi ?

DELMARRE.

Mon père...

DELMARRE PÈRE.

Je n'ai plus que toi au monde, maintenant; tu es ma seule affection, mon seul bonheur... ce mariage va l'éloigner de moi. Et je devrais être si heureux en ce moment, entouré d'une famille honnête, simple comme la nôtre, tandis qu'au contraire... Ah! tout cela m'attriste, me serre le cœur; je sens que mon bonheur s'en va, car je tremble pour le tien. Mais je suis le premier coupable, je n'aurais pas dû l'éloigner de moi, l'envoyer à Paris... Eh ! mon Dieu ! j'ai fait comme tous les pères... fier et orgueilleux pour mon lils, j'ai voulu l'iîlever au-dessus de moi... je me suis cruellement trompé!

DELMARRE.

Pourquoi vous blâmer, mon père; votre ambition était légitime... Oui, je l'avoue franchement, je désire une position qui m'élève aux yeux du monde, je veux acquérir dans la société un rang honorable... celte position, cette fortune, je les trouve dans mon mariage.

DELMARRE PÈRE.

Celte fortune!... oui, je le sais, aujourd'hui vous ne faites attention qu'à l'argent. Eh bien ! moi, je suis honteux que la dot de mademoiselle de Flavigny serve à payer votre titre. Je ne suis (^u'un notaire de campagne; mais, loin de me séduire, cette manière de vivre hors de son élude, au milieu des plaisirs, ce faste , celte opulence apparente dont on s'entoure, surtout cette légèreté avec laquelle on traite les affaires... tout cela me fait trembler.

DELMARRE.

Rassurez-vous, mon père; celle légèreté n'est qu'apparente... les affaires, à Paris, ne peuvent se traiter comme en province; c'est dans le monde, dans les bals que l'on rencontre ses clients, que l'on forme de nouvelles relations : dans ma position, un peu de luxe est nécessaire.

DELMARRE PÈRE.

Ce luxe est un danger. {Mouvement de Delmnrrc.) Oui, un danger pour tes clients, pour ta considération. Tu vas tenir entre les mains la fortune, l'honneur des familles; ton titre t'inqiose une grande simplicité, car celte simplicité, c'est la vraie garantie de la confiance

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