G FORGES, CLOTILDE
{Clotilde fait un mouvement pour sortir par le fond; Georges la retient.
GEORGES
Vous me quittez... déjà... lorsque, depuis trois ans, c'est la première fois que je puis vous voir seule, quand je vais encore ni'éloigner.., pour toujours peut-être...
CLOTILDE , hésitant.
Oui, j'allais...
GEORGES, tristement.
Avez-vous quelques reproches à me faire? n'ai-je pas tenu la parole que j'avais donnée à M. de Flavifïny?... Je me suis éloigné de vous, je me suis exile... Vii! j'aurais du peut-être... Mais on me parlait au nom de votre repos, au nom même d'un amour que vous avez si vile oublié.
CLOTILDE
Monsieur...
GEORGES, avec amertume.
Ah! rassurez-vous, Madame, je ne vous en parlerai plus : à quoi sert de se rappeler un rêve?... si brillant qu'il soit, ce n'est jamais qu'un mensonge,
CLOTILDE
Et nous devons l'oublier tous deux.... Oui, croyez-moi, fuyez ma présence; que M. Delmarre ne puisse jamais soupçonner un amour
qui serait désormais une offense pour moi
^'éveillez pas sa jalousie, n'éveillez pas surtout la malveillance de la société; que le monde vous revoie heureux, insouciant comme autrefois, car il ne saurait plus vous reconnaître tant vous avez changé.
GEORGES, s'animant peu à peu.
Non, non, je n'ai point changé, mon cœur est toujours le même; lui seul est resté lldèle à ce passé dont vous avez éloigné les doux souvenirs.
CLOTILDE, avec effroi.
Ah! taisez-vous..,
GEORGES, s'anivanl.
Oui, j'ai promis de vous oublier, oui, j'ai juré de ne plus vous aimer; pour vous, j'ai quitté ma famille, mes amis, j'ai déserté ma patrie, j'ai purilié dans l'isolement et la retraite cette existence dissipée qui a élevé une barrière entre vous et moi , et dont j'ai honte et horreur.
Ah!
CLOTILDE, avec regret.
Enfin j'ai pu ejipérer le calme, j'ai cru l'avoir trouvé loin de vous, j'ai cru sortir vainqueur de ce cruel combat , j'ai pensé que je pouvais vous revoir sans danger; mais maintenant que je vous ai retrouvée, je sens que tuuL ce courage est factice, que ces serments sont menteurs, que je n'aurai plus la force de vous fuir.,.
CLOTILDE
Ah ! si l'on vous entendait.
GEORGES
Celte lutte est au-dessus de mes foices, Clotilde... Clotilde , je vous aime, je ^uus aiir.c toujours !
CLOTILDE
Vous me perdez; laissez-moi.
GEORGES
Non , vous m'entendrez , car j'ai trop longtemps gardé le silence ; vous m'entendrez ^ car
j'ai le droit d'accuser votre froideur, votre indifférence. Vous ne m'avez jamais aimé; votre bnuciie me trompait lorsque, moi, j'aurais donné ma vie pour votre amour.
CLOTILDE
Et c'est lui qui m'accuse !
si vous m'aviez a'mé, Clotilde, un mot, une seule parole, votre silence même vous eût trahie.
CLOTILDE, à elle-même.
Il n'a donc pus compris mes souffrances.
GEORGES
Grand Dieu! se pourrait-il!...
CLOTILDE
Taisez-\ous, oh! taisez-vous, ne me faites pas repentir d'un moment d'entraînement; m.ais vous m'accusiez avec tant d'injustice.
GEORGES
oh! pardon, pardon...
CLOTILDE
Soyez moins sévère pour juger ma conduite : ne biàmez pas mes goûts de dépense, ma frivolité: ne me reprochez pas ces fêtes continuelles, cette vie factice où le cœur n'esl pour rien, mais sous le manteau de laquelle on peut du moins cacher tant de tortures... Tenez , une de mes amies aussi est bien à plaindre... la sociijio la blâme, et c'est peut-être cette même soriélé qui l'a perdue. Jeune lille, elle osa aimer un jour avec toute la candeur, toute la violence d'une âme naïve et pure; et le monde, lui refusant l'époux de son choix, la donna sans pitié à un homme qu'elle n'aimait pas : frappée dans ses illusions, le cœur brisé, mais voulant faire respecter le nom qu'elle avait l'honneur de porter... elle résolut d'oublier le passé... Chaque jour de nouveaux plaisirs, chaque soir de nouvelles fêles, un luxe que son caprice savait renouveler sans cesse, et le monde, la voyant passer élégante, couverte de diamants, porle envie à tant de bonheur, el ne sait pas deviner les larmes qu'elle dévore.
GEORGES
Quoi! ce serait...
CLOTILDE
L'existence d'une de mes amies que je vous raconte. Seulement, elle dit à celui qui l'avait aimée aulrefois : « NOus avons l'un et l'autre un devoir d'honneur à remplir ; sachons l'accomplir jusqu'au bout. »
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