‹ Magasin théâtralChapitre 1263 sur 1475 · ACTE m, SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE VIL

DELMARRE, changeant de ton.

Je veux dire qu'en ce niomeut, Madame, nous attendons ici quelqu'un l'un et l'autre. ..

Monsieur...

{Jetant les yeux sur la pendule.)

DELMARRE.

Ne regardez pas aussi souvent celte pendule. Madame... il n'est pas encore dix heures.

CLOTILDE

Monsieur, écoutez-moi...

DELMARRE.

C'est l'heure du rendez-vous, n'est-ce pas? de ce rendez- vous qu'il a osé vous donner... Vous vo^vez que je suis bien instruit... Mais il est temps que je fasse cesser un pareil scandale.

CLOTILDE

Que prétendez-vous faire?

DELMARRE.

Demander raison de tant d'outrages à celui qui a détruit pour toujours mon repos et mon bonheur en me frappant dans mon amour.

CLOTILDE

Votre amour !.

DELMARRE,

Ah! cela vous étonne, Madame, vous ne pouvez croire à un amour que vous n'éprouvez pas... Mais vous n'avez donc rien vu, ou plutôt vous avez refusé de voir l'excès de mon amour pour vous jusque dans cette existence laborieuse qui se plaisait à ne vous rien refuser... Ah ! j'ai cruellement subi le châtiment de cette faute... Dès le jour de notre union, au seuil de ce bonheur intérieur que j'avais rêvé , un homme se plaçait devant moi , sur mon chemin... un homme qui vous aimait... et que vous aimiez...

CLOTILDE

Moi, jamais...

DELMARRE , lui donuaiU la lettre de Georges.

Osez donc nier cette lettre, alors?... osez nier encore son amour , à lui... vos serments de jeune fille?... {Il lit.) «Cloiilde, je reviens » vers toi, que je n'ai cessé d'aimer et qui m'as » promis un amour éternel ! » Oui , vous l'aimez; oui, vous m'aviez trompé; oui, vous vous êtes joué de moi en me cachant cette passion; votre main , votre fortune , je ne les aurais jamais acceptées au prix de mon repos ; j'aurais refusé ce brillant mariage, car j'aurais entrevu l'avenir de douleur et de misère que nous nous préparions tous deux.. Mais, à celle heure, je m'arrête comme éveillé après un songe heureux ; je me croyais aimé de vous , et la plus cnuelle réalité vient m'éclaircr, vient briser mon courage; celle lettre a tué tout bonheur, toute espérance pour moi...

CLOTILDE

Cette lettre m'accuse; j'en conviens, et pour-

tant je ne la connais.sais même pas... je ne savais pas qu'il dût venir... je ne l'y ai jamais autorisé... J'allais partir seule lorsque vous êtes entré... Jlais je suis prête à loul pour votre bonheur , pour vous prouver combien vos soupçons sont injustes... "S oulcz-vous que je n'aille pas à ce bal ?... Mon Dieu !... je vous le sacrifierai facilement... Tenez... je jette loin de moi ces fleurs... cette parure... Kh ! que m'importe ce bal?... Votre repos avant tout... Voulez-vous que je fasse défendre ma porte?

DELMARRE.

Non , je veux qu'il vienne, au contraire... je veux le voir, le confondre !...

CLOTILDE , avec douceur.

Pourquoi cette violence?

^ Parce que, désormais, je veux qu'il cesse .ses visites chez vous... parce que je prétends le soutfleller de celle lettre et le chasser de cette maison... [La pendule sonne dix heures.) Dix heures!... Enfin ! (*)

CLOTILDE , avec effroi.

Mon ami!... mon ami!... y pensez-vous?... Un éclat!... du scandale!... Voulez-vous me perdre aux yeux du monde... voulez-vcusqu'un jour votre lils ait à rougir de sa mère?

DELMARRE , CmU.

Mon fils !

CLOTILDE

Oui , j'ai eu des torts , c'est vrai... mais de ces torts qu'une femme peut avouer sans rougir... Trop oublieuse de vos conseils, je me suis laissé entraîner vers un monde auquel j'étais habituée... j'ai été trop peu ménagère de votre repos, de notre fortune; mais, désormais, je ne veux plus qu'il en soit ainsi... Oui, mon ami, oui, vous avez raison,., ces fêtes, ces bals, tout cela m'entraîne, m'éblouit... Eh bien ! j'y renoncerai... 3lais plus de soupçons, plus d'emportements... Oubliez cette lettre.. . oubliez ce fatal secret!

DELMARRE.

Oublier!... mais le puis-je? oublier ce que depuis une heure j'ai souffert !... Ah ! vous ne saurez jamais à quel point je vous ai aimée, Clotilde!...

CLOTILDE

3Ion ami !

DELMARRE.

Voyez combien je vous aime encore... depuis que je vous écoule, depuis que vous m'avez parlé, je doute... ou plutôt, non, je ne doute plus, vous n'êtes pas coupable, vous êtes encore pure, encore digne de celte tendresse dont je me plaisais à vous entourer.

CLOTILDE

Oui, mon ami, ayez confiance en moi, ne

{*) Delmarre , Clotilde.

douiez jamais de ma conduite., le soia de le voir, de lui parler...

DELMARRE.

Mais...

CLOTILDE

Je conçois que désormais celle porte doit lui être fermée... je vous promets de ne jamais le recevoir... Ce serment ne vous sullil-il |>as? llel'uirnez dans volro cabinet... dans un instiiii, je \ous rejoins... et je reste à passer la soirée près de vous...

LES SPÉCULATEURS

Laissez-moi

ini.UAKUK.

!:i ce bal?

(I.OTll.DK.

Ce bal... nh ! je n'y pense plus... le bonheur intérieur n'est-il pas le plus doux?... notre lils sera entre nous deux... est-ce que vous sonf;e/, à me refuser?

DKLMARRE.

En ai-je jamais le courage?... est-ce que je ne cède p*is toujours? .Je me tairai, je vous le promets.

i:n valet, amionçanl.

M. Georges d'Avenay.

CLOTII.DE.

Faites entrer. {A Delmarre, aier prière.) ^fon ami!

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