‹ Magasin théâtralChapitre 1272 sur 1475 · SCÈNE \I · texte numérisé non relu

SCÈNE \I

DELMARRE, GEORGES.

DELMARRE.

Encore ici. Monsieur?

GEORGES

N'en soyez pas surpris. Monsieur. Ln danger vous menaçait... il était de mon devoir de vous avertir, et j'ai cru...

DELMARRE.

Je vous comprends des bruits infâmes

circulent... le monde doute de moi; mais je ferai taire les calomnies du monde, comme j'ai fait cesser hier soir certaines visites otïicieuses qui me compromettaient également.

GEORGES

Monsieur !

DELMARRE.

CommPiit osez-vous paraître encore chez moi, Monsieur?... la défense d'une femme ne vous sutTit-elIe pas?

GEORGES

Un motif fort grave a pu seul m'amener chez vous. Monsieur, et si votre honneur...

DELMARRE.

Vous êtes trop soucieux de mon honneur,

M. d'Avenay, c'est un soin que je ne laisse à personne. Vous auriez dû penser, alors que vos visites blessaient ma réputation plus que tous ces bruits misérables... auxquels du reste vous vous êtes chargé de répondre il n'y a qu'un instant.

GEORGES

Je le devais, en effet, car je n'ajoute aucune foi à ces calomnies... mais il ne suffit pas que je sois convaincu de voire loyauté, il faut encore que le monde n'ait aucun soupçon... Ces bruits existent... la malveillance lesjdopoge; on doit... je lésais... vous demander aujourd'hui même un remboursement important...

{Avec hésitation.) Je ne doute pas que vous ne soyiez en mesure d'y satisfaire...

DELMARRE.

Monsieur.

GEORGES

Mais souvent des dépenses imprévues... des rentrées sur lesquelles on comptait, des opéralions dans lesquelles le plus honnête se laisse entraîner, amènent une gêne momenlanée... et pourtant le moindre retard donnerait de la consislance à ces misér;'bles accusations, il ne le faut pas... il faut imposer à la calomnie... et voilà pourquoi je suis venu... pourquoi j'ai voulu rester seul avec vous... pour vous offrir ma fortune et c'elle de mon oncle.

DELMARRE , avcc unc colève étouffée.

Vous, Monsieur, vous, m'offrir votre fortune... vous qui avez aimé Clolilde, qui l'aime? encore; vous qui, aux yeux du monde, l'avez compromise... mais savcz-vous ce que dirait ce monde à l'opinion duquel vous semblez attacher lanl de prix ? Il dirait que l'amant a sauvé le mari, que l'infamie de l'époux a racheté le déshonneur du notaire.

Ah!

GEORGES

DELMARRE.

Tenez, Monsieur, finissons-en... Je devine trop votre pansée : ce n'est pas pour moi que vous êtes venu, ce n'est pas pour me sauver...

GEORGES

Comment?... ■■'• ^'

DELMARRE.

Brisons là. Monsieur; ne me forcez pas <à me rappeler le passé. Votre présence, vos offres, vos paroles, tout me blesse venant de vous... De quel droit m'imposer votre secours?... Rien... je ne veux rien de vous... pas même cel argent (|ue \ous m'aviez laissé. {Prenant le rortefeuille qu'il a sur lui et en sortant des billets. ) Tenez, tenez, le voici... prenez, mais prenez donc !

Mais, Monsieur...

DELMARRE.

Que je puisse avoir enlin le droit de me délivrer de voire présence.

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