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LA MARQUISE, JEANNE

LA MARQUISE

'renez place et causons : rien ne vous presse? JEANNE, s'asseyant.

Rien!

LA MARQDISE.

i'il fallait qu'avec vous j'eusse un long entretien?..

JEANNE

)h! tant que vous voudrez!.. Mais j'ai peine à com- ^uel sujet nous rapproche. [prendre

LA MARQUISE

Ah ! vous allez l'apprendre.

Il d'abord, votre nom est bien Jeanne Frémont?

JEANNE

)ui. Le premier, mon nom de fille, et le second, ]elui de mon mari.

LA MARQUISE, avec êtonnement Vous êtes mariée ?

JEANNE

[/■euve depuis deux ans.

LA MARQUISE

Vous m'aviez effrayée!

JEANNE

^urquoi donc?

LA MARQUISE

Voire cœur le concevra bientôt!...

v'ous êtes riche?

JEANNE, étonnée.

Mais...

LA MARQUISE

I Hélas ! ma chère, il faut

Ou'à l'importunité votre bonté pardonne.

Et vous me répondrez!... Vous paraissez si bonne!

JEANNE, souriant.

jjoit!... je suis riche.

LA MARQUISE

Li Et belle ! Et veuve!... Savez-vous

[pue de votre partage on peut être jaloux?

I JEANNE

.e ciel m'a donné mk\\ que tout cela, Madame, Ad naïve gaieté, le calme heureux de l'âme, bui sont venus souvent en aide à la douleur ; >r dans ce monde aussi j'eus ma part de malheur.

LA MAQUISE.

•'ous ?

JEANNE

Moi !

LA MARQUISE

Comment cela?

3 JEANNE

I Pardon !.. Je ne puis croire

Qu'on m'ait mandée ici pour conter mon histoire. D'ailleurs elle est bien simple, et vous m'excuserez...

LA MARQUISE

Non, je veux la connaître, et vous me la direz! Entière confiance!.. Il faut que je l'obtienne; J'ai besoin de la vôtre, et vous ofl're la mienne.

JEANNE

Vous l'exigez, Madame?

LA marquise;.

Oui, Jeanne.

JEANNE

J'y consens Sachez donc que je fus mariée à quinze ans ; Le bonheur qu'à cet âge on rêve ou l'on espère. Je ne le connus pas : un ami de mon père, Vieillard triste, grondeur, mais riche comme nous, Reçutde lui les droits, le nom de mon époux. Il n'avait qu'un besoin, qu'un espoir, qu'une envie. L'argent était son dieu, l'argent était sa vie; Moi, je dus obéir, et mon pauvre cousin Faillit, en me perdant, à mourir de chagrin.

LA MARQUISE, souriant.

Ah, oui-dà, nous avions un cousin?

JEANNE

Oui, Madame!

Avec plaisir alors j'aurais été sa femme ; Il s'engagea, partit, mais on le distinguait, Et Justin maintenant est officier du guet.

LA MARQUISE, souriant.

Et l'argent du défunt permet qu'on se marie Au bienheureux parent dont on était chérie?

JEANNE

Vraiment, non !

LA MARQUISE

Quel motif?

JEANNE

Ah! c'est que mon cousin A du malheur!

LA MARQUISE

Comment ?

JEANNE

Quand le pauvre Justin M'a dit : « Voici mon cœur! ma main attend la vôtre, « Je vous aime toujours ! » Moi, j'en aimais un autre.

LA MARQUISE, riant.

C'est être mal chanceux !

JEANNE

Mais je ne sais pourquoi J'ennuie ainsi Madame, à lui parler de moi.

LA MARQUISE

M'ennuyer? quelle erreur! Non, je vous le répèle. Il faut me dire tout! désolée, inquiète, C'est en vous écoutant que je pourrai juger Si j'ai trouvé le cœur qui doit me protéger.

JEANNK.

Vous protéger?., qui, moi?.. Se pourrait-il?

LA MARQUISE

Vous-même!

Celui que vous aimez, ma chère, et qui vous aime. Quel est-il?

JEANNE

Le cadet d'une noble maison,

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