SCÈNE V
' JUSTIN, seul.
Ouel délire ! L'orgueil a brouillé sa cervelle! , dais où sont aujourd'hui les gens plus sages qu'elle? .'aspect de tant de fous irrite mes chagrins. ^oi, qui pouvais ici couler des jours sereins, ju'un imprudent amour a peut-être perdue, eanne, depuis un mois, qu'es-tu donc devenue? ^as un seul souvenir à ceux qui t'adoraient, }ui souffrent de tes maux, et les adouciraient, ve prendre aucun souci d'un dévoûment si tendre, 1 Test mal!...
(// écoute vers la gauche du spectateur.)
Dieu ! quelle vois vient de se faire entendre?
C'est la sienne !
(Jeanne entre par la porte à gauche du spectateur ; elle est enveloppée dans une mante noire : elle s'avance rêveuse et va s'asseoir à gauche du public, sans voir Justin qui se tient un peu à l'écart de l'autre côté.)
SCÈNE VL JEANNE, JUSTIN, Jeanne été sa mante en s'asseyant. JEANNE, à elle-même.
En fuyant ces lieux où je pleurais Sur un bonheur suivi de si cruels regrets. Je croyais échapper aux chagrins!,.. Pauvre femme, Tu ne savais donc pas qu'on ne fuit point son âme*? Qu'on emporte avec soi, comme l'oiseau blessé, Le trait que le malheur dans la plaie a laissé ? Qu'importe dans quel lieu le trait fatal nous tue! Tous sont bons pour souffrir, et je suis revenue ! Mes yeux redemandaient ma maison !... La voici! Pourquoi l'ai-je quittée ?... Autant pleurer ici!
{Elle se retourne et aperçoit Justin.) Ah! Justin!...
JUSTIN, s'avançant.
J'attendais... mais si Jeanne l'exige, Je me retire.
JEANNE
Non!... Justin, je vous afQige?
Pardonnez!... Il est doux, quand seul on a gémi. De rencontrer le cœur et la main d'un ami.
{Elle lui tend lamain qu'il prend avec affection.)
JUSTIN
Eh bien ! pourquoi les fuir ?
JEANNE
J'étais si malheureuse !
■Vous la rappelez-vous cette soirée affreuse, Où tout brisait mon cœur et troublait ma raison? Ce faste, ces seigneurs, celte noble maison. Celte ûère marquise et sa dure parole?
Il l'aimait !... Ah ! j'ai cru que je deviendrais folle !
Il l'aimait!...
JUSTIN
Chère amie, oubliez tout cela.
JEANNE
Qu'a-t-il fait? qu'a-t-il dit? Justin, vous étiez là ; • Moi, je ne pouvais plus rieUiVoir et rien entendre. C'est elle qu'il aimait!... Je venais de l'apprendre !
JUSTIN
Sur un sujet cruel pourquoi s'appesantir ?
JEANNE
Fils du prince Dehorn !... Cacher son nom, mentir !
JUSTIN
Ne songez plus à lui.
JEANNE
Que j'étais insensée !
JUSTIN
Vers d'autres intérêts portez votre pensée.
JEANNE, avec indifférence et étonnement.
Lesquels ?
JUSTIN
Monsieur Rambeau, par de nouveaux efforts-