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SCENE III

DEHORN, LE MARQUIS DE VERNÂGE, BLANÇA (De teinps en temps, Agioteurs reparaissant dans rue et se succédant au fond de la scène.)

BLANÇAY.

C'est k marquis!

LE MARQLIS. f

Moi-mômi Bien ému! bien tremblant!

BLANÇAY,

D'où vient cet air peui, :

LE MARQUIS

C'est que, dans cette foule, il court des bruits affriu Je vous ai vus de loin, et viens vous en inslruio.

BLANÇAY.

Pour vous troubler si fort que diable a-t-on nu tlif

LA RUE QUINCAMPOIX

LE MARQUIS

I l^oiis souvicnt-il,! Messieurs, d'un damné Piémontais •roont tout Paris naguère a connu les hauts faits?

'-' DEHORIV.

) 3ui ! l'on en parle encore, il se nommait Demille.

I Test de tous les coquins, dit-on, le plus habile ?

i 1 répandait partout ses nombreux affidés; .es coffresdes traitants un jour étaient vidés, 9ans qu'on pût deviner comment dé leurs saccoches

\l .es écus s'échappaient pour entrer dans ses poches ;

p <A l'on dit même aussi que l'adroit garnement

|,f)sait escamoter ceux du gouvernement.

[•1 BLANÇAY, riant.

îl )h! ma foi, c'est plus fort ! car ce que, d'ordinaire^

f, .e gouvernement tient, il ne le lâche guère.

|15. LE MARQUIS

ji !ah! rien n'était sacré pour ce rusé coquin.

[\i avait disparu de France, un beau matin^

I lais peut-on, dans Paris, vivre un moment tranquille?

ELANÇAT.

)u'est-ce donc?

LE MARQUIS

Apprenez que ce damné Demille [1 ''st revenu!

V, BLANÇAY, d'uTi loTi d' incrédulité.

Bon!..

LE MARQUIS

^ Oui! la police- le sait,

I It le cherche!

Ç BLANÇAY, riant.

■J Marquis, fermez votre gousset.

i' LE MARQUIS.

f,yfn devine aisément qu'un temps comme le nôtre jf |st propice aux fripons beaucoup plus qu'aucun autre; "■' es billets au porteur courant de main en main, ^•is trésors amassés du soir au lendemain, I' sont morceaux friands, chance presque infaillible, luels bons coups à tenter !

'p BLANÇAY, riant.

V'^ Au fait, c'est bien possible.

■ j LE MARQUIS.

,' e vols, d'assassinats, on parle tous les jours.

BLANÇAY.

j. vous VOUS effrayez de tous ces sots discours?

LE MARQUIS

n s'effraierait à moins! la police a beau faire, .Llle ne saisit pas cet enragé corsaire ; l'pgîisse entre les doigts de ses plus fins limiers. j|f BLANÇAY, riant.

ïtj^sa santé, pardieu, je boirais volontiers. '.; DEHORN, surpris.

jj/y^mmeni?

U LE MARQUIS

'I. Que dites-vous?

BLANÇAY, s'animant.

Est-ce un homme vulgaire, «jn'i- celui dont la vie est une longue guerre? jj.rui voit comblés de biens, choyéi et respectés, I:yét3ler au soleil les larrons brevetés, il t qui, sans autre âypvi't qu'une invincible audace,

Lutte seul contre tous pour se faire une place ?

LE MARQUIS

La place d'un voleur!

BLANÇAY.

Ah! voilà le grand mot.

Arme de l'impuissant, et bouclier du sot! Eh ! mon Dieu, le premier qui prit un coin de terre Dut s'appeler voleur, et non propriétaire, Car ce morceau de terre était le bien de tous.

LE MARQUIS

Raisonnement étrange !

BLANÇAY.

Et juste!., épargnez-nous Et les plats lieux-communs, et les phrases banales.

LE MARQUIS

Les vôtres, sur ma foi, sont fort originales. Mais rassurantes, non, pour qui veut posséder. Ou qui, gagnant du bien, désire le garder.

DEHORN, mécontent.

Il a raison, Blançay!.. ce langage...

LE MARQUIS

II plaisante, Et la chose pourtant n'est pas fort amusante! Il rôde par ici des faces de damnés Avec qui j'aime peu me trouver nez à nez ; D'autant plus que chacun me montre au doigt, m^affiche, On va criant partout que je suis riche, riche!.. Que je cache mon or!.. Et, ma foi, tout cela Est assez effrayant quand les voleurs sont là.

BLANÇAY.

Poltron !

LE MARQUIS

Soit !.. je conviens que je tiens à la vie ; Telle qu'elle est, je l'aime !.. et je n'ai pas envie D'être étranglé demain par les gens que j'ai vus... {A part.)

Et pour des millions que je n'ai jamais eus. (Haut.)

Adieu !.. je vous devais un avis salutaire. Vous êtes avertis !.. le reste est votre affaire : Gardez le calme heureux dont monsieur se targuait, Moi, je cours me placer sous les ailes du guet.

(// sort par le fond.)

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