BLANC A Y
Qui donc doit s'égayer, si ce n'est le chagrin ?
DEHORN.
S'égayer?... Quand on a le désespoir dans Tâcne?
BLANÇAY.
Le désespoir?... Pardieu, voilà ce que je blâme ! A quoi peui-il servir, cher coiiile ? N'est-ce pas Le (Jernier compagnon qu'il faut prendre ici-bas?
DEHORN.
J'en conviens, mais pourtant...
Vous avez des ressources, Et le diable n'a pas ■vidé toutes les bourses ! A l'agio d'ailleurs n'êtes-vous pas mêlé ?
DEHORN.
Oui, sur les bons d'Elat, Blançay, j'ai spéculé. J'en rougis !
BLANÇAY.
L'espérance ainsi n'est pas perdue.
DEHORN, se ranimant.
Tu dis vrai ! qu'aujourd'hui la baisse continue. Je suis sauvé !
BLANÇAY.
Mais Law redoublera d'efforts Pour conjurer l'orage ; il est hahile !
DEHORN, avec un geste de découragement.
Alors!...
BLANÇAY.
Je comprends ! Nous verrions, la tête la première, L'héritier des Dehorn sauter dans la rivière ? Mais moi qui sans nul doute irais vous repêcher. Je trouve plus prudent de vous en empêcher.
DEHORN.
El comment?
BLANÇAY.
A vos maux plus d'un cœur s'intéresse; Quelqu'un s'est pris pour vous d'une rare tendresse , C'est un millionnaire, et beaucoup mieux encor, Un de ces hommes sûrs, restes de l'âge d'or, Acceptez le secours que sa bonté vous offre, Ce soir, à pleines mains, vous puisez dans son coffre.
Déjà, t'en souvient-il, un jour tu me promis L'assistance et l'argent d'un de tes vieux amis ; Confiant et joyeux j'acceptai; mais cet homme Il ne se trouva pas.
BLANÇAY.
Vous avez eu la somme.
DEHORN.
Toi seul me l'as prêtée, et je te la dois.
BLANÇAY.
Bien !
Mais je suis moins heureux, comte, je n'ai plus rien : Une ressource échappe, on en renconlrc une autre, El j'ai dû la chercher, car ma vie est la \àtre.
DEHORN, lui prenant la main.
Je le sais, de loi je n'ai jamais douté.
BLANÇAY,
Un zèle trop ardent m'a peut-être emporté ;
J'appelais, quand sur vous allait fondre l'orage, La planche de salut après un grand naufrage : L'envie alors envain exhalait ses poisons. Votre blason brillait entre tous les blasons. Vos rivaux, admirant sa splendeur renaissante, Déposaient à vos pieds leur colère impuissante, Le lutteur terrassé se relevait vainqueur!.. Je l'avouerai, ce rêve était doux à mon cœur.
DEHORN, avec exaltation.
Oui, reprendre mon rang, ressaisir l'opulence, D'une orgueilleuse cour éblouir l'insolence. Rendre affront pour affront, et mépris pour mépris, El de mon luxe encore émerveiller Paris! Montrer, dans un carrosse éclatant de dorure, Belle de ses attraits, belle de sa parure, ,
Assise à mon côté, celle de qui l'amour Change les pleurs en joie, et la nuit en beau jour! L'élever au-dessus de ces femmes, si vaines D'un peu de noble sang qui coule dans leurs veines ! Quel prix pourrait payer un aussi grand bonheur? Quel triomphe !
BLANÇAY, à part.
Allons donc!.. Arrivez, Monseigneui
DEHORN.
Ne me disais-tu pas, Blançay, qu'à ma détresse Un homme généreux aujourd'hui s'intéresse?
BLANÇAY.
Oui! Pour vous secourir, il ne veut que vous voir
DEHORN.
Mais le trouverons-nous, celui-là?
BLANÇAY.
Dès ce soir.
DEHORN.
Son nom?
BLANÇAY.
Rambeau.
DEHORN, étonné.
Vraiment?
BLANÇAY.
Il vous plaint, il vous aime Mais chut!.. Voici quelqu'un.
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