‹ Magasin théâtralChapitre 1336 sur 1475 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

BLANÇÂY,puis LA MARQUISE, Agioteurs, circulant, au fond, dans la rue, BLANÇAY, seul sur le devant.

De la baisse, dit-on, Law s'est épouvanté ; Le mouvement fatal déjà s'est arrêté, Attendons ! Quelle somme immense, incalculable, Vient de réaliser ce Rambeau!.., Que le diable Daigne me seconder jusqu'au bout, et demain La bienheureuse somme aura changé de main. {La Marquise entre par le fond et vient s'asseoir à gauche du public.

LA MARQCISi;.

Heposons-nous ici!,.. Mes regards s'obscurcissent, La force m'abandonne, et mes genoux fléchissent ! A tant démotions qui ne succomberait ?

BLANÇAY, s\i!.i)rochant.

Ciel! que vois-je? A quel (rouble^ à quel tourment Madame la Marquise est-elle condamnée? [secret,

LA MARQUISE

C'en est fait, Chevalier, et je suis ruinée !

BLANÇAY.

Ah bah !

LA MARQUISE

J'ai tout perdu dans cet horrible lieu. Tout, jusqu'à mon carrosse et mes chevaux !

BLANÇAY.

Bon Dieu ! C'est pousser un peu loin la fureur du négoce !

Quoi ! vraiment? Vendre même et chevaux ei carrosse?i Qui les possède ?

LA MARQUISE

Qui?,., madame Chopillard,

BLANÇAY.

Votre femme de charge ?.,. 0 fortune ! ô hasard !

LA MARQUISE

Quel supplice ! A l'espoir il faut que je renonce. Quand la chance a tourné, quand la hausse s'annonce.

BLANÇAY.

Ah! la hausse ! Bravo ! Law se réveille enfin !

LA MARQUISE, se levant vivement.

Et pourtant Dieu me garde un plus amer chagrin. j

BLANÇAY. j

Qu'est-ce donc ? J

LA MARQUISE

Savez-vous^ Chevalier, que le comte Veut partir ?

BLANÇAY,

Lui, partir?

{A part.)

Ce n'est pas là mon compte.

Je l'ai vu tout-à-l'heure : Un regard menaçant. Les mots que son courroux m'a jetés en passant. M'ont révélé ses vœux, m'ont dit son espérance : Il veut quitter Paris, et peut-être la France, Avec elle sans doute ?,. , Oui, je l'ai deviné ! Et l'ordre de Dubois n'est pas encor signé! Ils sont libres tous deux ; il peut voir cette femme S'ils fuyaient cette nuit ?

BLANÇAY, réfléchissant.

Cette nuit ?... Non, Madam^ D'autres soins importants l'arrêteront ici,

LA MARQUISE

Vous croyez, Chevalier ?

BLANÇAY.

J'en suis sûr.

LA MARQUISE

Ah! merci!

Nous devons l'arracher à cet amour étrange ; Qu'il soit ici demain, je le sauve,., et me venge.

BLANÇAY,

Double bonheur !

LA MARQUISE

Songez qu'il faut le retenir !

BLANÇAY, d'un ton ironique.

Et qu'à votre amitié la mienne doit s'unir Pour le sauver?,.. D'accord!... Fiez-vous à mon zèli Je vous réponds de lui,

L\ MARQUISE

Je veillerai sur elle.

*AV\VVWV\V*\V\\VVV\\VX^\V\*V^V\V'\\*V\\\VX\\V\\V\\\*V\V -v\x\v\v\vv%rti

LA RUE QUINCAMPOIX

Le scélérat d'abbé !... Je l'ai forcé de rendre !

J voulait m'en terrer?., moi je le ferai pendre !

3h ! de (|uels doux transports mon cœur est ciiivré î

l'ai plus d'un million! Quel bonheur!.. J'en mourrai,

rest sûr ?

BLANÇAY, à part.

Ses héritiers n'auront pas cette joie.

MADAME CHOPiLLAc.D, s' asseyant à droite du public. îienheurcuxuionsieurLaw.toi qu'un Dieu nous envoie îois à jamais béni !.. Dans mon futur hôtel, le veux à tes vertus élever un autel ! Elle aperçoit la Marquise , qui est assise et rêveuse

de l'autre côté.) tfaii^ que voisje? C'est vous, madame la Marquise!... i'^otre très humble !.. Ah! ah! le sort me favorise^ it vous... Il fallait bien qu'il nous vînt un beau jour ! Depuis assez longtemps n'est-ce pas votre tour ? \^e mien est arrivé !.. Mais je suis sans rancune, 'userai noblement des dons de la fortune ; vion carrosse m'attend, et j'allais y monter, 'our retourner chez vous je veux vous le prêter.

LA MARQUISE, SB levant.

Vssez!.. moins de pitié !.. J'aime mieux des outrages ! *our venir recevoir le reste de vos gages iardez votre carrosse.

Hein?

; LA MARQUISE

Chevalier, adieu !

e peux compter sur vous ?

BLANÇAY.

1 Comptez-y !

\U lui donne la main et l'accompagne jusqu'à la porte

ià gauche du public, en causant bas avec elle.) MADAME CHOPILLARD, ttu milieu de la foule.

Jour de Dieu!

■(es gages !... L'insolente a parlé de mes gages 1 1 moi qui peux avoir les plus beaux équipages, ^ moi qui maintenant possède un million ! ; arre qu'elle est marquise !.. Oh ! malédiction ! I apporter ses dédains sans pouvoir les lui rendre ?..

I i veux être marquise !... Un marquisat à vendre!., rachète un marquisat!.. Aujourd'hui, dans l'instant! } 5 ne marchande pas, et je paierai comptant !

'i tille disparaît un instant par le fond ; une portion l[ de la foule la suit ; Blançay estreveniien scène.)

II voix DANS LA FOULE QUI SUIT MADAME CHOPILLAD.

Jlh ! oh!..

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