‹ Magasin théâtralChapitre 1346 sur 1475 · ACTE V, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE IV

Non, tout est placé là!... Son active amitié

A réuni de l'or à payer des provincoi;!...

De l'or, plus que n'en ont ou n'en rêvent, des princes!

Antoine, mon ami, tout cela, c'est pour loi!

Pour loi qui me crois pauvre et veux fuir avec moi!..

Ah ! j'ai dû le tromper!., s'il avait pu connaître

Les trésors dont l'amour bientôt le rendra maître,

A son cœur généreux l'orgueil eût seul parlé.

Devant mon opulence il aurait reculé ;

Il fallait respecter son infortune, et feindre !

Demain son noble nom n'aura plus rien à craindre.

Ma richesse ignorée au bonheur le rendra,

Et je l'aurai sauvé quand il la connaîtra !

{Elle place le portefeuille dans le secrétaire quelle

referme.) Son bonheur! son amour! Doux rêves de ma vie, Vous seuls embellissez cet or que l'on envie, Et que je maudissais quand j'ignorais qu'un jour Pour moi tout serait là !

(Elle se lève et vient sur le devant.) Simple et triste séjour, Demeure de mon père, asile où je suis née. Où j'ai vécu vingt ans à l'ennui condamnée. Où mes yeux n'ont point vu ma mère me bénir, Tes murs ne m'offrent pas un heureux souvenir ! Tu n'as pas à mon âme un écho qui réponde? Oui, la part de bonheur, que me devait ce monde, L'amour d'Antoine seul me la donne aujourd'hui, Et je pars sans regret, car je pars avec lui. (Elle s'approche de la cheminée et regarde la pendule.) Onze heures!.. Que du temps la marche paraît lente A l'âme qui l'épie, inquiète et tremblante !.. Mais pourquoi craindre encore, et pourquoi m'affliger? L'heure emporte en fuyant une part du danger. Et si peu passeront avant que le jour naisse ! (Elle se reyarde dans la glace.) Je suis pâle !.. Ces yeux, où brillait la jeunesse, Ces traits que mon Antoine aimait à contempler, Un funèbre nuage est venu les voiler, Qu'il s'efface!.. Au repos redemandons encore L'incarnat dont le front des heureux se colore. Et que le bien-aimé me trouve, à son retour, Belle de mon bonheur, belle de son amour! (Elle prend la bougie allumée sur la cheminée et se

dispose à passer dans sa chambre.) Allons !.. Je sens déjà s'alourdir ma paupière : Cette nuit en ces lieux est pour moi la dernière; Venez, songes amis, caresser mon sommeil. Et préparer mon âme au charme du réveil ! {Elle sort par la porte à droite du public, en emportant la bougie, et laisse ainsi le théâtre dans l'obscurité.)

\\\\WW\V\\W\\\X\\^,rt/^/yft\/^^%^\\\\ K\\\\

Page 1