‹ Magasin théâtralChapitre 1354 sur 1475 · MADAME DE BI.AVES · texte numérisé non relu

MADAME DE BI.AVES

C'est juste, dès que le soleil se montre, on n'est plus seule... la lumière, c'est presque quelqu'un.

MADAME. DE CHANTU^IUIL.

Surtout quand on y ajoute un garde chasse.

MADAME DE BLAVES.

Ah! Dubois t'a accompagnée?

MADAME DE CllANTRECIL.

Et devine ce que nous avons trouvé là... juste à l'endroit où ce bruit de branches qui se brisaient nous a chassées.

MADAME DE BLAVES.

Quoi donc?

MADAME DE CHANTREUIL.

Ceci.

MADAME DE BLAVES, étonnée.

Une charmante tabatière!

MADAME DE CHANTREUIL.

Ça a bien fait descendre mon imagination, va !.. car, enfin, nous rêvions pour toi, ou pour moi, quelque romanesque aventure, quelque grand risque de cœur à courir... et trouver une tabatière ..

MADAME DE BLAVES.

Eh bien ! ça vous rassure.

MADAME DI-; CHANTREUIL, SOUj'irant.

Ça vous rassure trop.

MADAME DE BLAVES.

Bah ! csl-ce que l'Emprreur ne prend pas de tabac? Quel élégant, voulant se faire bien venir aux Tuileries, se refuserait de priser? {Mettant la tabatière sur une table.) Ceci ne prouve plus l'âge, ça prouve l'ambition.

C'est vrai; mais je ne t'eipas tout dit... Devine

quelle pensée cette trouvaille m'a fait venir?

c'est que mon mari était peut-être de retour de sa mission d'Amérique. Tu sais qu'il est furieusement jaloux?

MADAME DE BLAVES.

Parce qu'il est furieusement amoureux de toi et que tu es un peu coquette.

MADAME DE CHANTREUIL.

■ 11 laut bien faire les honneurs de sa maison.,. Enfin, comme M. de Chantreuil a un grand goût pour le tabac d'Espagne et que je lui connais une coreclion de ces bijoux-ci. je ne sais quoi, conmie

unerévélation subite, m'a faitpenserque l'homme aux apparitions, c'était mon mari.

MADAME DE BLAVES.

Qui l'épierait au lieu de le sauter au cou ! estce qu'il serait assez ennemi de lui-môme pour se donner ce relard-la?

MADAME DE CHANTREUIL.

Mon Dieu! il y a des caractères qui aiment à taquiner le bonheur.

MADAME DE BLAVES.

Eh bien ! je dois te rassurer... l'homme aux apparitions, comme tu dis, ce n'est pas M. de Chantreuil... c'est mon cousin.

MADAME DE CHANTREUIL.

Le jeune baron de Savinien? impossible!

Regarde ce bouquet... et cette carte.

MADAME DE CHANTREUIL,. elle lit.

Quoi ! l'inconnu?

MADAME DE BLAVES.

C'est mon cousin au procè.s.

MADAME DE CHANTREUIL.

L'inconnu y perd... et que vas-tu décider?

MADAME DE BLAVES.

J'ai déjà agité la résolution de partir pour Paris.

MADAME DE CHANTREUIL.

Paris ! oh si tu savais comme je le désire ! tiens, ceci me fournil l'occasion d'une explication que je cherchais.

MADAME DE BLAVES.

Une explication?

MADAME DE CHANTREUIL.

Je ne veux plus que lu restesdans celte solitude.

MADAME DE BLAVts, souriant.

A cause de ma santé?

MADAME DE CHANTREUIL.

A cause de la mienne... écoute... Je n'ai pas élé du[)e de mon mari; quand il est parti, s'il m'a confiée à loi , s'il a voulu que tu devinsses mon chaperon, pendant son absence , c'est qu'il a vu tes résolutions de retraite, après ton veuvage ; c'est qu'il a pensé que, de son départ à son retour, lu me reiiendrais dans ta Chartreuse et que sa jalousie trouverait ainsi son compte à ce que je ne visse personne.

MADAME DE BLAVES.

Et il paraîi que ce qui est le compte de ton mari, n'est pas le lien?

MADAME DE CHANTREUIL.

Dans son intérêt.

MADAME DE BLAVES.

Dans son intérêt? ceci est au-dessus de ma portée...

. MADAME DE CHANTREUIL.

Mon mari a pensé, par exemple , que la campagne était bonne à la fidélité conjugale.

MADAME DE BLAVES.

Il a raison ! les douces scènes de la nature, Tas^ pecl des riants paysages, les ruisseaux qui coulent si lentement, les solitaires et discrets sentiers et tous ces murmures des frais ombrages

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