MADAME DE CHANTREL'IL
Tout à fait au courant... je sais ce quemonsieur le colonel Broussard est venu chercher ici. LE COLONEL, d part.
Me voilà recommandé î
MADAME DE CHANTREllL.
Et quant à madame de Blavesje sais par quelle combinaison économique pour les finances de TÉ al Sa Majesté l'a portée en recette sur le budget de la guerre.
LE COLONEL
Vous avez de l'esprit, Madame?
MADAME DE CHANTREUIL.
El vous, Monsieur?
LE COLONEL
Ma foi non... pas si bêle... (Se reprenant ) Pas si dupe, veux-je dire.. L'esprit qu'on a ne sert qu'aux autres, il faut savoir où le placer... c'est trop de cherchera la fois ses mots et leur clienlèle.
MADAME DE CHANTREUIL, à part.
Eh! mais, ce n'est pas du tout ce que me disait madame de Blaves! {Haut.) Éliez-vous venu revoir noire châtelaine, Monsieur?
LE CDLONEL. tmbarrassé.
Non... c'est-à-dire, oui... si vous voulez... nous nous sommes quittés si complètement d'accord... elle m'a refusé avec un si parfait empressement, que, entre nous, tout a élé épuisé sur l'ariicle des égards... Cependant, au moment de monter a cheval...
MADAME DE CHANTREUIL.
A cheval! en cet équipage? Vous êtes donc comme les ambassadeurs qui mettent ce qu'ils ont de mieux pour leur audience de congé... mais Je vous préviens que madame de Blaves est enfermée chez elle. (A part.) Ça le contrarie.
LE COLONEL
Madame de Blaves esi bien la maUre<5se.. (Toujours embarrassé.) i'éla\s venu rapporter ces brochures, ces journaux que mon housard avait trouvés de bonne prise.
MADAME DE CHANTREUIL, montrant la table.
Placez-les là. (A part.) Ce n'est pjs ça du tout. Il est venu pour rester.... (Elle le salue comme pour prendre congé.)
LE COLONEL
C'est une chose bien nécessaire, que les journaux à la campagne, Madame.
MADAME DE CHANTRt.UIL.
Oui, Monsieur, mais je vois là cerlainsjournaux pour lesquels la campagne est bien nécessaire aussi... ça les fait lire.
LE COLONEL
C'est une occupation... et quandon y joint celle des beaux-arts... car j'en vois ici tous les attributs... Vous peignez des fleurs, vous, Madame; n)adame de Blaves est musicienne ; ce piano...
MADAME DE CHANTREUIL.
Nous en avons fourré partout... ici, dans ma chambre; même là-bas, au bout du jardin, dans le pavillon.
LE COLONEL, Vivement.
Qui touche au mur de clôture du voisin, un monsieur avec lequel on est en correspondance télégraphique. (Il désigne le bouquet, le prend, et le froisse avec une colère contenue.)
MADAME DE CHANTREUIL.
Ah! vous le connaissez?
LE COLONEL
Parbleu! un rival! (Se reprenant.) Du moins un concurrent... heureux... mais bah! vous faites semblant de ne pas être instruite... vous savez bien qu'il épouse ma future...
MADAME DE CHANTREUIL, SWprise.
Il l'épouse?
LE COLONEL
Eh! oui. . nous avons écrit à M. de Lucenay la nouvelle de son bonheur... nousiui avons dit que nous l'attendions, que nous l'épousions...
MADAME DE CHANTREUIL.
En verilé?
LE COLONEL
Comment donc! madame de Blaves y a même mis de la générosité, elle s'est donné l'agrément de livrer à ce monsieur toutes les pièces d'un, procès qu'elle aurait pu gagner, et cela , afin de renoncera lachance favorable de mettre son bonheur entre mes mains,
MADAME DE CHANTREUIL, à part.
Pourquoi donc m'avait-elle caché cela? (Haut.) Ah ! les choses sont si avancées ?
LE COLONEL, très-piqué.
Ne feignez donc pas d'ignorer ce qui s'est passé, car vous voilà ici pour quelque chose... vous êtesen ce moment la sœur Anne de l'aventure... on.
LE POUR ET LE CONTRE
s'est enfermée pour le colonel Broiissard , mais, pour vous, on saura bien entendre si vous ne voyez rien venir.
MADAME DE CHANTREUIL, à part.
Est-ce qu'il serait jaloux?
LE COLONEL
De ce salon, on voit ia grande route ; le courrier que nous avons envoyé va revenir avec une réponse empressée, qui sait /avec le bien-aimé, peut-être.
MADAME DE CHANTREUIL.
Oh ! le bien-aimé!..
LE COLONEL
Le bien-aimé... ab irato... car, enfin, l'Empereur ayant fait un choix, ceci a tout aussitôt donné des qualités à l'homme à qui l'on ne pensait guère. On épouse M. de Lucenay pour ne pas être infidèle aux grandes traditions... par amour du fruit défendu.
MADAME DE CHANTREUIL, sérieux covuque.
Prenez garde!., c'est peut-être en haine du fruit ordonné... mais qu'importe! puisque vous parlez. LE COLONEL, hésitaiit.
C'est vrai... je pars... mais... {S avisant tout à coup d'une idée.) Votre palette n'est pas montée comme il le faudrait pour cette nuance.
MADAME DE CHANTRKUIL, à part.
C'est un prétexte pour rester. (Haut.) Vous peignez donc. Monsieur?
LE COLONEL
Oui, quand j'étais maréchal-des-logis. . en m'occupant de travaux topographiques, et pour essuyer mes pinceaux je me suis fait peintre... Votre bouquet n'obéit pas comme vous avez semblé le vouloir... il est penché , il faudrait qu'il fléchit... vous avez supposé un peu de brise dans la plaine... Voilà une feuille qui a l'air de s'enfuir, il faut qu'elle se détache. {Prenant la palette.) Permettez!..
MADAME DE CHANTREUIL, à part.
Le voilà installé. (Voyaîit venir madame de Blaves.) Ah! ah!..
LE COLONEL, travaillant.
Vous ne savez peut-être pas l'effet de la brise. Madame?
MADAME DE CHANTREUIL, regardant tour à tour madame de Blaves et le colonel.
Mais si., et quand elle souffle de certain côté, elle peut pousser bien des choses sur le même chemin.
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